Субота 6 травня 1876
Samedi 6 mai 1876
C'est aujourd'hui l'ouverture de l'exposition de fleurs à la villa Borghése.
C'est une pitié d'être là seule devant mon miroir quand on a un teint d'ange...
Savez-vous à quoi j'ai employé tout ce jour ?
Fi ! Non, écoutez, il m'est bien permis de lire Dumas...
Je ne sais si l'intérêt que je prends aux livres que je viens de dire...
Et puis j'aime à lire "Les trois mousquetaires"...
Vous savez, une idée ? Je voudrais follement voir Pietro monsignor...
Je ne sais si c'est le roman qui me monte la tête mais bien positivement j'ai cette envie.
Après tout, l'affaire avec le cardinalino a mal fini...
Moi qui y avais mis, non... j'étais si effrayée que je n'y avais rien mis que beaucoup d'amour...
Et figurez-vous les contacts que ce malheureux habit a dû subir.
Tout cela ne serait rien s'il m'aimait...
A propos, les Olives, sont les femmes de deux capitaines anglais...
Et cette consolation m'a manquée aujourd'hui et j'avais faim...
Mais ce soir je donne une fête comme on n'en a plus vu depuis des années à la rue de France.
Vous savez qu'à Nice existe l'usage de tourner le mai...
Eh bien, moi, je leur donne un Rossignou...
J'ai fait préparer d'avance et suspendre au milieu de la rue une grande *machine* en feuillages et fleurs...
Toutes ces splendeurs sont accompagnées d'une harpe, d'une flûte et d'un violon...
J'ai chanté et tourné avec tout le monde à la joie des bons Niçois...
Ne pouvant faire autre chose je fais de la popularité !
J'ai regardé les danses et écouté les cris, toute rêveuse...
Puis on vint m'appeler du pavillon et quand je descendis on m'a retenue sur le perron par un chœur d'Hernani...
Mais cela commençait à m'ennuyer et je suis allée rejoindre les autres au pavillon.
C'est dommage de se quitter, j'aime beaucoup Nina et Giro qui m'aiment aussi.
Tout en nous promenant par le jardin, moi et Giro, nous nous rappelions nos escapades nocturnes...
— Chaque place dans ce jardin, disait Olga, nous rappelle quelque chose.
Pour elle surtout, qui laisse ici son amour incompris, peut-être trop bien compris.
— Ce sont peut-être des bêtises, continuait-elle, mais nous nous en souviendrons toujours avec plaisir...
— Je crois bien !
— Tu as été à Rome, tu t'es amusée et pourtant tu n'as rien oublié, pas la moindre bagatelle d'ici ?
— Pas la moindre.
- Nous nous retrouverons bien un jour ?
- J'espère, mais qui sait ?
- Oh I j'espère bien que oui.
- Oui, ma fille, espère, c'est ce qu'il y a de mieux.
- Merci pour l'amitié, me dit Nina en m'embrassant.
- Merci à vous, Madame, mais soyez tranquille je vous verrai bientôt à Pétersbourg.
Et les voilà tous en voiture, Nina, son mari, Marie, Olga, Louba...
Et me voilà seule chez moi, en Béatrice Cenci, moins le turban.
Si vous croyez que je suis gaie, vous vous trompez tout à fait.
C'est mardi ou mercredi que je dois recevoir la dépêche de Pietro s'il ne l'a pas oubliée.
Tiens ! j'ai tout à fait oublié le frère Emile...
Je m'ennuie et je suis chagrinée.
- Sans doute, dit ce matin maman, tu ferais bien de passer à tes autres parents...
Eh ! pardieu, je vais passer à mon père, car je n'en peux plus.
Il faut que ma mère aille vivre avec son mari, car en prenant le père, je renie et accuse la mère...
Ah ! je vous assure que ma position n'est pas des plus commodes. Chien de chien qui m'en tirera !
DIEU.
Aussi je ne néglige pas de l'en supplier chaque soir à genoux...