Четвер 27 квітня 1876
Jeudi 27 avril 1876
Il est de nouveau deux heures du matin quand je me mets à écrire, mais qu'importe.
Je ne me sens pas du tout honteuse de ce que j'ai fait hier...
Non, écoutez je ne le comprends pas...
Je n'ai jamais rien entendu de pareil...
Encore ce soir la même chose... mais d'abord finissons avec la journée.
Au Pincio on cause avec Simonetti...
Je suis très gaie et je fais part à Pietro de mon amour pour Larderei...
Pietro s'étonne, et qui ne s'étonnerait pas ?
Il dîne avec nous et puis nous nous mettons à emballer ensemble...
Potechine arrive, mais il ne nous gêne pas; puis V'sconti.
- Je veux contribuer, dit-il, à vous faire tout à fait romaine.
Mais on découvre tout à coup qu'il n'y a pas de train le soir...
On s'arrête au café Grec d'où l'on prend Walitsky...
[Annotation: 1881. Je ne m'aurais jamais crue si sale I]
Il fait noir comme dans un four, maman ne descend pas de voiture...
Pietro dit qu'il est un jeune homme perdu...
On prend du thé et on barbouille du papier avec de l'encre.
- Comme on serait bien, dit Pietro en se mettant à genoux devant moi...
Je ne répondis rien et n'avais rien à répondre.
[En travers: Je croyais n'accorder rien parce qu'intérieurement je n'y attachais aucune importance...]
Je suis très bête dans cette affaire, mais aussi Pietro est bien étrange.
- Je vois que vous ne m'aimez pas, je le vois par votre air !
Il est révolté par mon air indifférent, glacial...
Il me demande si je l'aime, je fais oui de la tête ou du bout des lèvres...
A propos de raisonnements ce cher garçon m'a prouvé clairement...
Pour faire mouvoir la machine, il faut une force, cette force c'est l'âme...
Enfin, voilà. Potechine s'en va et je reste encore longtemps avec Pietro près de ma porte.
Lasse de cet état flottant des choses, je suis allée jusqu'à lui dire...
- Ah ! dit-il, comme dans une demi-heure vous sentirez que vous venez de dire une chose maladroite...
Mais je vois que vous ne pouvez pas m'aimer !
- Ce n'est pas vrai !
- Je le vois, comment croire que vous aimez avec un pareil air...
- C'est à moi de vous le dire !
- Savez-vous que nous avons une bien étrange façon d'agir tous les deux ! dit-il.
- C'est-à-dire vous, Monsieur !
- Non, vous !
- Mais je ne puis donc pas vous demander en mariage, voyons !
Et on se met à rire, puis je me mets en colère.
Vous parlez de mariage, dit-il, comme d'une bêtise de vingt-quatre heures...
- Mais non, c'est vous !
- Ah ! par exemple !
Et comme cela pendant une heure ! C'est à en crever, ma parole d'honneur.
Cet état des choses est impossible !
Il m'est dur, je vous assure, de penser qu'il ne fait que jouer...
Demain je pars ! Et tout va être fini !
Je vous assure que ce barbouillage, ce balancement, ce flottement m'est insupportable...
Il me dit qu'il m'aime pour toujours.
- J'ai besoin d'être aimé, dit-il doucement, m'aimez-vous ?
- Oui, répondis-je froidement, ce qui le mit en fureur.
Il veut m'écrire et il veut que je lui écrive !
- Je ne le peux pas, Monsieur, que dirait ma mère !