Середа 26 квітня 1876
Mercredi 26 avril 1876
J'attends avec une impatience énorme l'heure de sortir... Dans le mien j'ai déjà placé mon propre portrait.
D'ailleurs c'est la loi, on ne pourra porter que sa propre face...
Je n'ai pas encore de corde et mon cœur est suspendu par un ruban bleu...
Il pleut toujours et on annonce le baron Visconti. Ce charmant homme si spirituel malgré son âge.
Peu à peu on nomma Antonelli tout en parlant du mariage d'Odescalchi.
- Eh Madame, dit Visconti, le petit Antonelli... Et Pierre Antonelli sera par conséquent millionnaire.
- Mais le cardinal a une fille.
- Oui... mais la fille est archi-placée, elle [n'a ] donc rien à voir là-dedans. Ce sont les neveux qui hériteront.
- Vous savez, baron, on m'a dit que le petit était entré au couvent, dit maman.
- Quel petit ? demanda Visconti presque vexé.
- Mais le petit, vous savez...
- Pierre Antonelli, dis-je.
- Ah ! non, il songe à tout autre chose je vous assure.
Puis on parla de Rome, et j'ai dit combien je l'aimais et combien il me coûtait de le quitter.
- Eh bien, restez-donc.
- Je le voudrais bien.
- J'aime à voir que votre cœur aime notre ville.
- A propos de cœur, avez-vous vu le mien ?
- Comment ?
- Regardez, et je lui montrai le cœur.
- C'est un bon cœur, dit-il.
- Un cœur de religieuse, vous savez, ajoutai-je en riant, on va me laisser à Rome dans un couvent.
- Oh ! dit Visconti en riant aussi, j'espère que vous y resterez autrement, nous trouverons un moyen.
- Lequel ?
- Voulez-vous que je le trouve ? ce ne sera pas difficile.
- Je veux bien, cherchez.
- Cherchez, répéta maman.
- Et je trouverai, dit Visconti en me pressant fortement la main.
Que vous en semble, fichus lecteurs ?
Maman rayonne, je rayonne. C'est une aurore boréale.
Nous faisons presque des projets. Maman s'inquiète de la rude façon dont j'ai traité hier son favori. Je ris...
Le soleil se montre comme pour consacrer ma gaieté et nous sortons.
Bon ! Les Muliterno et Odescalchi sur le Corso ! Il fait si beau que je ne peux me retenir de chanter doucement.
Et voilà Petruccio, je salue en souriant.
Comment diable ai-je pu dire tant de bêtises hier ?... produit un galimatias énorme.
Nous étions arrêtés près d'un magasin, quand s'approcha Rossi et j'étais aimable comme moi seule sais l'être...
Dieu, que mon cœur est plein ! Pas celui en argent, mais le vrai.
Je crains tant, je crains tout. Il est près de neuf heures, je commence à m'agiter.
Ce soir contre toute attente, assez nombreuse réunion. Plowden, Simonetti, Botkine et Pastmikoff, et Antonelli sans doute.
J'ai fait les honneurs avec beaucoup d'entrain et mon cœur d'argent est commenté de toutes manières.
Ce fut Simonetti qui resta le plus longtemps... ce qui n'est pas bien car bien des choses se pensent et souvent ne sont pas très agréables à entendre.
Les paroles de Visconti me sont présentes et je me conduis en sorte.
Enfin on se dit bonsoir... Ecoutez, je vous conseille de ne pas aller avant car vous serez désappointés sur mon compte et voilà tout.
Je ne sais pas comment cela a commencé, mais au bout de cinq minutes nous n'étions plus en querelle. Ah ! oui je me souviens.
- Bonsoir, lui dis-je.
- J'attends le docteur pour qu'il me donne une cigarette.
- Je vais vous donner une et j'allai dans la chambre de Walitsky...
Il me suivit donc, je ne sais pas ce qui fut dit, mais au bout de cinq minutes nous n'étions plus en querelle, nous nous sommes expliqués, que le diable m'emporte si je sais comment.
- Tu as tort de ne pas lui dire que tu l'aimes, me dit maman après la visite de Visconti, après tout cela n'engage à rien.
J'étais donc sous l'influence de ce conseil... je ne me rappelle plus de rien de ce qui a été dit.
Il était tout près de moi et m'ayant rassurée tout à fait il s'approcha encore plus près et me prit les mains et la taille.
- Je ne dirai plus jamais de bêtises... d'ailleurs vous l'avez deviné vous-même, vous le saviez très bien, n'est-ce pas ?
Je ne répondais rien mais ne le repoussais pas.
- M'aimez-vous, demanda-t-il ?
Même vilenie... J'ai été pour la première fois dans les bras d'un homme !
- Vous m'aimez ? demandai-je alors.
- Oh ! oui et je vous aimerai toujours.
- Non, laissez-moi, ce que je vous permets est mal; je fais mal... Allez-vous-en.
Mais loin de me lâcher il me pressait dans ses bras et me regardait de telle façon que je dis:
- Vous savez ce que je vous ai dit sur cela, encore l'autre soir... personne, pas même...
- Oui, mais moi c'est autre chose, je vous aime et... vous m'aimez ?
- Eh ! si je ne vous aimais pas, vous permettrais-je tout cela !
Ne pas dire que je l'aime serait s'accuser plus que de légèreté.
Dieu que tout cela est difficile à dire !... lui s'est engagé à se marier, lui du moins, moi je me taisais pour la plupart du temps.
- Vous partez jeudi ?
- Oui, et vous m'oublierez.
- Ah ! ça non ! Je viendrai à Nice.
- Quand ?
- Aussitôt que je pourrai.
- A présent.
- Je ne puis pas.
- Pourquoi ?
- Ah ! vous ne savez pas tout cela.
- Eh bien dites, dites à l'instant, je veux.
- Mon père ne me laisserait pas.
- Mais vous n'avez qu'à lui dire la vérité et alors il ne pensera pas que vous allez à Monaco.
- Sans doute, je lui dirai que je vais pour vous... mais je n'ose encore rien demander.
- Parlez demain.
- Je n'oserai pas, il est bon mais je n'ai pas encore de confiance, pensez-donc depuis trois ans il ne me parlait plus ! Dans un mois je serai à Nice.