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Mercredi 23 juin 1875
Jamais on ne se croirait au 23 juin à Nice. Il fait délicieusement frais et vers sept heures du soir on sentait le besoin d’une jaquette de drap. Je suis très gaie à cause de cette fraîcheur charmante.Nous nous promenons et maman en voyant Danis etc. a dit très justement: « Voilà les beaux restes. »
J’accomplis une belle action à dîner, je bois une bouteille entière de Saint-Emilion. C’est pour la première fois que je bois une bouteille de vin, à moi toute seule. Aussi après dîner je monte chez moi et me déshabille mais craignant de laisser penser des bêtises à maman et tante (qui ont seules vue combien j’ai bu) je redescends à l’instant et passe une heure avec elles et les Sapogenikoff dans la salle à manger à écouter des discussions sur la manière de traiter les domestiques. On me reproche de plaisanter avec Léonie. Je plaisante avec elle mais sans m’abaisser d’un doigt.
D’ailleurs je suis la mieux servie de la maison.
Je ne suis pas grise, je comprends et entends tout, seulement je me sens un peu vague.
La mer est mauvaise, il n’y avait personne au bain et je n’y suis pas descendue.
Léonie m’a dit un jour qu’elle avait servi les Audiffret et que le vieux était très bon.
- Ah ! ha ! vous étiez sa bonne amie ! lui dis-je.
Depuis ce temps je ris de ce que le vieux Girofla a été son bon ami et elle le dit pour m’amuser.
Hier elle m’a fait les cartes. Encore des bonheurs inouïs et l’amour d’un brun qui pense à moi nuit et jour.
Voyez-vous cela. On a parlé de Hamilton. Je me suis bien tenue. D’ailleurs je n’ai pas besoin de me cacher. On sait qu’il me plaisait, seulement on ne sait pas comment, on ne sait pas qu’il me plait jusqu’à présent, que je ne l’ai pas oublié.