Jeudi 24 juin 1875

Quel temps délicieux !
Je suis mise en hiver, bien coiffée, et enchantée de moi j’ai besoin de me faire voir. Aussi vais-je à la musique, où on rencontre les restes. C’est misérable, mais que faire.
Audiffret me manque bien un peu mais je suis tellement gaie que je chante en voiture, le peu de monde qu’il y a eu à la musique.
Bihovetz a été chez nous et a dit du bien de moi à ce qu’on dit. C’est un pauvre homme malade mais, on dit qu’il cause bien.
En étudiant mon piano l’idée me vint tout à coup que je serai reine de Bavière.
On sait que le roi est jeune, beau, et qu’il imite en tout Louis XIV mon idéal, le Roi-Soleil. Cette idée m’est venue si clairement que j’ai laissé échapper un bigre formidable.
En honneur de Girofla (pourquoi écrivais-je Girofla avec deux f? that is the question). J’ai appris des chansons niçoises. Elles me rappelleront toujours ce temps bienheureux.
Maman et ma tante ne font que parler de l’homme, surtout depuis qu’il est parti. Moi-même j’en parle avec plaisir.
dans la margeannotation ultérieure de Marie, 1877 et 1881
[Annotation: 1877. Toujours !!
1881. Toujours les chansons et pas du tout Audiffret.]
Aujourd’hui j’ai joué du piano comme un ange. Je fais tout par élans. Un jour tout me réussit un autre rien. Il en est de même de ma figure. Je suis la plus journalière créature du monde.
Hérodote commence à m’amuser sérieusement, je trouve dans lui des naïvetés incomparables. Il comprend une multitude de choses, c’est un charme.
J’ai feuilleté les chansons populaires de France et me suis arrêtée à M. de La Palice.
Savez-vous une chose ? Ma main commence à embellir et à prendre une forme.
Je me coiffe de façon à mettre en évidence mes cheveux les plus dorés. De sorte que ce soir je suis rousse.
Maman en parlant de Gioia m’a dit « ta rivale », elle le dit pour le petit Niçois. C’est bête, elle ne peut être ma rivale, il l’a eue pendant un an ou deux et s’en est défait ensuite très sagement voyant que sa fortune ne pouvait tenir. J’ai rêvé que j’épousais un commis-voyageur.
Quand donc arrivera mon oncle !