Monday, 12 July 1880
Lundi 12 juillet 1880
Ce matin j'ai justement montre a Julian ma reponse a Soutzo et le soir en rentrant de la promenade, avec ma tante et Oelsnitz nous trouvons le-dit Soutzo qui vient de Lille.
Comme il a l'air content et se permet de nouveau de parler politique et de faire comme les grandes personnes, je me montre mecontente et lui fait un petit discours sur la necessite de l'humilite quand on est mediocre et meme bete. Il n'y a rien a en faire ! ce sera toujours un bonhomme qui se gobera et qui ne fera rien de bon. Et puis des sentiments, des plaisanteries, si bas si ordinaires ! Je m'etais etendue sur la peau d'ours derriere le bureau, voila qu'il arrive s'asseoir en face et, comme je fermais les yeux, il me chatouille le nez avec un papier.
C'est d'un gout pitoyable, c'est bete a faire pleurer et c'est une preuve meme qu'il ne m'aime pas. Du reste... ces gens-la n'aiment pas comme nous autres. Nous autres nous sommes plus delicats que ca et nous regarderions comme un crime un acte vulgaire vis-a-vis de l'Objet. Mais ces sales betes ! Baste. Enfin je n'ai pas voulu lui tendre la main et il joue au piquet avec ma tante.
Et puis il raconte des enfantillages, un soir qu'il a danse avec moi chez les Lesseps il m'a vole un mouchoir.