Deník Marie Bashkirtseff

Ce matin j'ai justement montré à Julian ma réponse à Soutzo et le soir en rentrant de la promenade, avec ma tante et Oelsnitz nous trouvons le-dit Soutzo qui vient de Lille.
Comme il a l'air content et se permet de nouveau de parler politique et de faire comme les grandes personnes, je me montre mécontente et lui fait un petit discours sur la nécessité de l'humilité quand on est médiocre et même bête. Il n'y a rien à en faire ! ce sera toujours un bonhomme qui se gobera et qui ne fera rien de bon. Et puis des sentiments, des plaisanteries, si bas si ordinaires ! Je m'étais étendue sur la peau d'ours derrière le bureau, voilà qu'il arrive s'asseoir en face et, comme je fermais les yeux, il me chatouille le nez avec un papier.
C'est d'un goût pitoyable, c'est bête à faire pleurer et c'est une preuve même qu'il ne m'aime pas. Du reste... ces gens-là n'aiment pas comme nous autres. Nous autres nous sommes plus délicats que ça et nous regarderions comme un crime un acte vulgaire vis-à-vis de l'Objet. Mais ces sales bêtes ! Baste. Enfin je n'ai pas voulu lui tendre la main et il joue au piquet avec ma tante.
Et puis il raconte des enfantillages, un soir qu'il a dansé avec moi chez les Lesseps il m'a volé un mouchoir.