Sunday, 27 June 1880
Dimanche 27 juin 1880
J'ai fait du modelage le matin.
Madame Engelhardt a dejeuner apres quoi chez les Gavini. Madame critique mon chapeau. Elle a peut-etre autant assez de moi, que moi assez d'elle.
La Pernety, les Daveau, Nervo, etc... Je suis aussi bas que possible, mais il faut avoir l'air gai, et cette misere rentree me rend vieille et bete. Je ne sais plus rien dire, ris par force, ecoute, dis des banalites et voudrais pleurer.
Chez Mme de Brimond ou nous allons apres, c'est la meme chose; je me sens vieille, fletrie.
Misere de misere !
En dehors de mon art, que j'ai commence par fantaisie et ambition, que j'ai continue par vanite et que j'adore maintenant, en dehors de cette passion, car c'est une passion, je n'ai rien ou la plus atroce des existences ! Ah ! misere de misere. Il y a pourtant des gens heureux sur la terre. Heureux, c'est trop, une existence supportable me suffirait, avec ce que j'ai, ce serait le bonheur. Je ne suis pas gatee. Des larmes et un cheveu blanc.
Madame de Quincy est venue nous presenter Gaillard comme son futur mari. Ils sont gentils et heureux.
Je sortais de lire "Seraphita" de Balzac quand on m'apporte cette lettre de Soutzo. Je la relie deux fois, a la seconde fois, elle me parait moins bien, mais elle n'est pas mal tout de meme. Et apres en avoir relu une moitie pour la troisieme fois, j'ai envie de lui ecrire ceci, mais j'attendrai demain. J'ai relu la lettre, qui n'est pas bien, si on l'epluchait l,[Raye : aimer a petit feu] Un amour qui n'a aucun epanchement vrai, et s'il perd la tete ce n'est pas d'aimer, c'est de ne pas etre aime comme La Palice.
Pourtant c'est une reponse a mon manuel stupide.