Saturday, 26 June 1880
Samedi 26 Juin 1880
Tony a ete tres gentil, des conseils, des exhortations, des encouragements; mon portrait n'est pas mal du tout, les cheveux sont bien. Enfin !
J'ai vingt-et-un ans et je me suis trouvee ce matin un cheveu blanc et je suis blonde.
Madame Boyd invite Mme Bashkirtseff a une matinee pour aujourd'hui. Ayant recu cette carte j'ecris a Berthe pour demander ce qu'il y aura et pourquoi une invitation a maman tandis que (une ligne et demie cancellee) je suis seule avec ma tante. Berthe me repond que sa mere croyait maman de retour et m'invitait avec elle, mais n'avait pas invitee ma tante ne la connaissant pas. D'abord cela n'est pas vrai, elles ont fait connaissance il y a deux ans, elles ne se sont pas revues, mais se connaissent et ensuite cela ne signifie rien puisqu'on a invite beaucoup de personnes que Berthe seule connaissait.
Dans ces conditions la, je ne veux pas y aller mais Mme Gavini arrive et se fache parce que je lui ai faire faire toilette en vain. Ennuyee, tourmentee, mecontente, vexee, pitoyable, j' y vais. Voyez-vous ce sont de ces choses qui vous rapetissent. On m'a recue comme d'habitude, lord Paget, le gendre de Mme Boyd qui a herite depuis peu d'un titre de marquis d'Anglesey et de plusieurs millions de rente se tient dans le premier salon aupres de sa nouvelle femme (le mariage a eu lieu a trois heures a l'ambassade ). La tres belle Mme Woodhouse, une assistance nombreuse et tres belle. Mme Woodhouse est de la haute societe de Londres. Madame Gavini trouve des connaissances et me dit qu'il faut que cela soit grand pour que Mme de Rothschild (Adolphe) se derange, et viennent. En fait de connaissance les Martelet, Fargman, je ne me rappelle plus.
Je ne suis pas contente d'etre allee, c'est a cause de la Gavini... Qui m'embete. Les loges et les petits cadeaux... amitie de caprice, de fantaisie, j'ai assez de cela. Cette amitie me pese... d'autant plus que cette dame ne parait vraiment pas assez sur et elle ne m'a pas ete utile pour le monde de Paris. Elle m'emmene a l'Opera en grande loge, nous l'emmenons au Bois. Elle presente ses habitues, d'anciens prefets, ou d'autres bonapartistes degommes ou des jeunes gens comme Multedo... encore en fait d'hommes cela va... pas trop mais citez moi un salon dont elle m'ait ouvert les portes. Aucun. C'est la baronne de Poilly qui est une bonne amie, elle a fait tout au monde pour Mme de Bernardaki et si elle n'a pas reussi, c'est que la Benardaky est vraiment trop belle. Et les Audiffret, c'est encore a Mme de Poilly qu'elles doivent presque tout et Mme de Poilly est posee, est tres riche et le fait par bonté. Ces Audiffret me feront toujours bouillir.
Le soir au Cirque, cela m'embete, ce n'est pas ennui, c 'est embete qu'il faut dire avec Saint Amand et la Cerny. Toutes ces cocottes. C'est sale. Mais cela amuse ma tante, la pauvre femme n'a deja pas ete trop heureuse pour que je la prive de ces rares et archi-enfantins plaisirs comme le Cirque ou le Bois. L'autre jour, j'ai voulu rentrer de bonne heure et elle aurait voulu se promener encore, j'ai insiste mais apres cela m'a fait de la peine.
Saint Amand nous reconduit, entre avec nous et fait le cheval, le clown, le gymnaste, recite, chante et ahurit Coco qui aboie a chacun de ses mouvements brusques.
Les Gavini a la sortie du Cirque.