❦
Sunday, 1 September 1878
Dimanche, 1er septembre 1878
Is it possible, when one reads things like the piece you will read in today’s Le Pays!
Est-ce possible quand on lit des choses comme celle que vous lirez dans « Le Pays » d’aujourd’hui !
What does it matter that this man is ugly, married, contemptible even in private life — before all Europe he is admirable; he has the talent of a devil, he speaks like an angel... Read this trial and admire how he takes them all in, how great, honest, true he is. And how the public, the judges, the lawyers — all are swept along by his words of fire. I wish I were something of account, so that in bowing before him I might pay him a homage worth a great deal.
Qu’importe que cet homme soit laid, marié, méprisable même dans la vie privée, il est admirable devant l’Europe entière, il a du talent comme un diable; il parle comme un ange.. Lisez ce procès et admirez comme il les met tous dedans, comme il est grand, honnête, vrai. Et comme public, juges, avocats tous sont entraînés par sa parole de feu. Je voudrais être quelque chose qui compte pour lui rendre un hommage qui vaille beaucoup en m’inclinant devant lui.
There is no finer talent than eloquence in a man, or song in a woman. A man who knows how to speak is all-powerful, great, honest, beautiful.
Il n’y a pas de plus beau talent que l’éloquence pour l’homme, le chant pour la femme. Un homme qui sait parler est tout puissant, est grand, est honnête, est beau.
crossed outIf it were not so common I
In spite of whatever vulgarity it may seem to have, I declare myself an admirer of Cassagnac. I know well enough the adroit mockery that might be thrown at my head... Upon my word, I have the courage of my opinion.
En dépit de ce que cela peut avoir de vulgaire je me proclame admiratrice de Cassagnac. Je sais bien les moqueries adroites qu’on peut me jeter à la tête... J’ai ma foi, le courage de mon opinion.
What serious people reproach this man for is precisely what enchants me — I say it at the risk of sharing this feeling with the fishwives of Les Halles and the petty bourgeois ladies of Paris. But no, dear readers: those ladies admire physical beauty and coarseness, while I admire what escapes them, and I do not dislike what they admire either. I swear to you that these insults compel a certain admiration — because they are deserved, because they are honestly sustained, and because by insulting greatly one defends and protects greatly as well.
Ce que les gens sérieux reprochent à cet homme, c’est justement ce qui m’enchante, je le dis au risque d’avoir ce sentiment de commun avec les dames de la Halle et les petites bourgeoises de Paris. Mais non, chers lecteurs, ces dames admirent la beauté physique et les grossièretés, moi j’admire ce qui leur échappe et je ne déteste pas non plus ce qu’elles admirent. Je vous jure que ces insultes forcent une certaine admiration, parce qu’elles sont méritées, parce qu’on les soutient honnêtement et parce qu’en insultant beaucoup on défend, on protège beaucoup aussi.
What we have in common is this: our impertinence is not the effect of our vivacity but of our reasoning, and we are thought heedless when in fact we are calculating. I compare myself on a far lower level, of course. Multedo judged him rightly the other day — so rightly that I would bet a hundred to one he heard it somewhere and was merely repeating the words of a clever man. Oh well, what does it matter? Is he worth less for not being the reckless man people take him for? I say it again: on the contrary, he is worth more. One adores heroes — without reflection, but one admires them far more on discovering some cunning in their game. You grow wary, and they grow greater in your mind. I am rambling — I was thinking of the valiant knights of the Middle Ages and of Ulysses, losing sight of those I was speaking of, through so much... nonsense; I am talking nonsense in earnest.
Il y a cela de commun entre nous c’est que notre impertinence n’est pas un effet de notre vivacité mais bien de notre raisonnement et qu’on nous croit irréfléchis tandis que nous sommes calculés. Je me compare à un degré fort inférieur bien entendu. Multedo l’a bien jugé l’autre jour, si bien que je parierais 100 contre 1 qu’il l’a entendu quelque part et qu’il n’a fait que répéter les paroles d’un homme d’esprit. Oh bien qu’est-ce que ça fait ? Pour ne pas être le téméraire que l’on croit, vaut-il moins ? Je le répète. Au contraire, il vaut plus; on adore les héros - sans réflexion mais on les admire bien plus quand on découvre de la malice dans leur jeu. Vous vous méfiez et ils grandissent dans votre esprit. Je divague, je pensais à des preux du moyen âge et à Ulysse, perdant de vue ceux dont je parlais, à force de... bêtises, je déraisonne sérieusement.
written across the page
They say I am mad and lively, whereas I am only abrupt and violent.
en travers On dit que je suis folle et vive tandis que je ne suis que brusque et violente.
We had to go to church for the funeral service; we arrived late on purpose — but a quarter of the mass remained, and one of the young deacons found us a place in front, so that in spite of ourselves our mourning caused a sensation. I am very striking in black; my dress resembles that of Marie-Antoinette at the Conciergerie1 — I appear more slender — in short, all that being in no way extraordinary, even the two Grand Dukes noticed her who, with the profoundest respect, dear readers, signs herself the most fervent admirer of Paul de Cassagnac.
Il a fallu aller à l’église pour le service funèbre, nous sommes arrivées tard exprès; mais il restait encore le quart de la messe et un des petits diacres nous fit place en avant de sorte que malgré nous notre deuil a fait sensation; je suis fort intéressante en noir; ma robe ressemble à celle de Marie-Antoinette à la Conciergerie, je parais plus mince, bref, tout ça n’étant aucunement extraordinaire, les deux grands-ducs eux-mêmes ont fait attention à celle qui avec le plus profond respect, chers lecteurs, se dit la très-fervente admiratrice de Paul de Cassagnac.
I was going to bed... I am bored, disgusted... You know... no. I was being particular because Paul de Cassagnac had lied about dinner invitations from people who bored him! I am absurd. I do not know what to do. My jests amused me. I am humiliated before myself; my two letters were stupid. I tried to prove too much — a few simple words would have been worth a thousand times more... And I am nothing, and cannot in any way approach him, and he may mock me as I mock myself.
J’allais me coucher... je suis ennuyée, dégoûtée... Vous savez... non. J’ai fait la difficile parce que Paul de Cassagnac avait menti pour des invitations à dîner chez des gens qui l’ennuyaient ! Je suis absurde. Je ne sais que faire. Mes plaisanteries m’amusaient. Je suis humiliée devant moi-même; mes deux lettres ont été bêtes. J’ai voulu trop prouver; quelques mots simples vaudraient mille fois mieux... Et je ne suis rien et je ne puis en rien me rapprocher de lui et il peut se moquer de moi comme moi-même.
And I see nothing... nothing — except that painting would be a rehabilitation, a divine compensation. I should have the right to have feelings, opinions (before myself) — I should not despise myself in writing all these miseries! I should be something... I could have been nothing, and I would be happy to be nothing but loved by a man who would be my glory... but now one must be someone in one’s own right... otherwise, otherwise I am lost... And God will have no pity?! If at least I could find a suitable marriage.
Et je ne vois rien... rien, que la peinture ce serait une réhabilitation, une compensation divine. J’aurais le droit d’avoir des sentiments, des opinions (devant moi-même) je ne me mépriserais pas en écrivant toutes ces misères ! Je serais quelque chose... Je pouvais n’être rien et je serais heureuse de n’être rien qu’aimée d’un homme qui serait ma gloire... mais à présent il faut être quelqu’un par soi-même... autrement, autrement je suis perdue... Et Dieu n’aura pas de pitié ?! Si au moins je trouvais à me marier convenablement.
I am weary of so many small miseries — for three years now I have not ceased to suffer. For eight months life has been sweeter, but still sad enough that I want no more of it! If this must continue, let me die, my God. I have truly had enough. This is not living. It is not even a matter of Cassagnac — but this is not living! Truly it is not living! Alone, always alone. Never to see anyone! To be nothing, to go nowhere, and to be bored at home! And this youth, this freshness, this divine body...
Je suis lasse de tant de petites misères, voilà trois ans que je ne cesse de souffrir. Depuis huit mois la vie est plus douce mais encore assez triste pour que je n’en veuille plus ! Si cela doit continuer faites que je meure, mon Dieu. J’en ai vraiment assez. Ce n’est pas vivre. Il ne s’agit même pas de Cassagnac mais ce n’est pas vivre ! Vraiment ce n’est pas vivre ! Seule, toujours seule. Ne voir jamais personne ! n’être rien, n’aller nulle part et s’ennuyer chez soi ! Et cette jeunesse, et cette fraîcheur, et ce corps divin...
What is the use?! It is a crime to waste me! If I were to die, the worms would have their share! But to vegetate in this fashion! To have all these aspirations and this NOTHINGNESS!!!
A quoi bon ?! C’est un crime de me perdre ! Si je mourais les vers en auraient leur part ! Mais végéter de la sorte ! Avoir toutes ces aspirations et ce NEANT !!!
Notes
Marie-Antoinette was held in the Conciergerie prison from 2 August 1793 until her execution on 16 October, dressed in widow’s black for Louis XVI. ↩