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Friday, 2 August 1878
Vendredi, 2 août 1878
They are still talking about it at Soden; it will be told to next season’s visitors.
On en parle encore à Soden, on le racontera aux étrangers de la saison prochaine.
I had prepared myself to be kind and not to mock; well, entirely in spite of myself I was insolent... hopelessly so... and as with kindly intentions I glanced to the right now and then, but, checking myself at once, I turned away and threw out a few more of those jibes that tire me so and amuse our circle, so that I seemed to be laughing at my neighbours... all the more as we were in fact talking about them.
Je m’étais préparée à être bienveillante et à ne pas railler, eh, bien tout à fait malgré moi j’ai été d’une insolence... désespérante... et comme avec une intention bienveillante, je regardais quelquefois à droite mais me reprenant aussitôt je me détournais et lançais encore quelques unes de ces moqueries qui me fatiguent tant et qui amusent notre monde, de sorte que j’avais l’air de rire de mes voisins... d’autant plus que nous nous en occupions.
I went for a walk in the morning, and after dinner, seeing the princes go out, I went out too, and we circled round one another until the arrival of the German woman, who managed to make the acquaintance of the two treasures. She must be a cocotte. Be that as it may, I felt rather piqued at this abduction, and now here I am without my balancing pole until one o’clock tomorrow afternoon, for at Soden one dines at one. And all this because of a word from a chambermaid; if I had not been told that, I should give them no more thought than Dourassoff.
Je me suis promenée le matin et après dîner voyant sortir les princes je suis sortie et nous avons tourné les uns autour des autres jusqu’à l’arrivée de la femme allemande qui est parvenue à faire la connaissance des deux trésors. Ce doit être une cocotte. Quoiqu’il en soit j’ai été comme vexée de cet enlèvement et maintenant me voilà sans balancier jusqu’à demain une heure de l’après-midi, car à Soden on dîne à une heure. Et tout cela pour un mot de femme de chambre, si on ne m’avait pas dit cela je ne m’en occuperais pas plus que de Dourassoff.
The Antonskys already know this from the chambermaid Céline, and told me that somebody longed to speak to me but did not dare.
Les Antonsky savent déjà cela par la femme de chambre Céline et m’ont dit que l’on avait envie de me parler mais que l’on n’osait pas.
How silly.
Est-ce bête.
Have you read Multedo’s new song! Verses, dreadful verses. The man is mad.
Avez-vous lu cette nouvelle chanson de Multedo ! Des vers, d’affreux vers. Cet homme est fou.
Copied letter · Poème d’A. Multedo à Marie, «Dona Juana», [31 juillet 1878][Wednesday, 31 July] Dona Juana Your age is pitiless, and that is what excuses you, But it is a cruel game, the one that amuses you... Child, you know nothing of love and pain, Of the hurt a flower’s thorn can cause, Of the irresistible allure of those charming lips From which you make intoxicating notes spring forth. Fountain of coral with jets of diamonds! And you cannot guess the torments That it pleases you to inflict on a sudden whim To make me pay for one moment of delight, When, ceasing to sing, with a mocking glance And your shrill laughter you pierce my heart. Faust’s counsellor mingled song with laughter, And you too would mock, faithless husband of Elvira, When you sighed out your song so tenderly While your fingers made the instrument snigger. Do not, like them, make this horrible mixture. They were the demons, and you are an angel... No doubt you suffer when you see others suffer, Above all when your hand can bring no help. Do not mock the tears your charms make flow. See my tears pouring out at your feet. Dispel my sorrows. With one word you can. But if nothing touches you... Very well! Then laugh!
[Mercredi 31 juillet] Dona Juana Votre âge est sans pitié c’est ce qui vous excuse, Mais c’est un jeu cruel celui qui vous amuse... Enfant, vous ignorez l’amour et la douleur, Les maux que peut causer l’épine d’une fleur, L’irrésistible attrait de ces lèvres charmantes D’où vous faites jaillir des notes enivrantes. Fontaine de corail aux jets de diamants ! Et vous ne pouvez pas deviner les tourments Qu’il vous plaît d’imposer par un soudain caprice Pour me faire expier un instant de délice, Quand cessant de chanter, par un regard moqueur Et votre rire aigu vous me percez le cœur. Le conseiller de Faust mêlait le chant au rire, Et tu raillais aussi, perfide époux d’Elvire, Lorsque tu soupirais ta chanson tendrement Et que tes doigts faisaient ricaner l’instrument. Ne faites pas, comme eux, cet horrible mélange. Ils étaient les démons, et vous êtes un ange... Sans doute vous souffrez si vous voyez souffrir, Surtout quand votre main ne peut pas secourir, N’insultez pas aux pleurs que font verser vos charmes. A vos pieds regardez se répandre mes larmes Dissipez mes chagrins. D’un mot vous le pouvez. Mais si rien ne vous touche... Eh bien ! Alors riez !
When everyone had gone I had an impulse to write that I am in love with the dark Prince... not seriously, merely to prove I am fickle... Besides, since two Germans are mad about me, I am quite entitled to fall in love with a third. His sister — married to Prince Reuss — has arrived. This vexes me; he will no longer come to dinner.
Lorsque tout le monde s’en fut de chez nous j’eus envie d’écrire que je suis amoureuse du Prince noir... pas sérieusement, mais seulement pour prouver que je suis volage... D’aileurs comme il y a deux allemands qui sont fous de moi il m’est bien permis de devenir amoureuse d’un troisième. Sa sœur mariée au prince Reuss est arrivée. Cela me contrarie, il ne viendra plus dîner.
They say his eyes are not dark but blue... That may be; in any case they are superb.
On dit qu’il n’a pas les yeux noirs mais bleus... C’est possible dans tous les cas ils sont superbes.
When Pincio was lost, I would not let anyone look for him for twenty-four hours, and if he had been looked for at once he might perhaps have been found. I flew into a temper whenever anyone spoke of searching, and I allowed it only the next day... I could not tell you why; it is a perfectly absurd feeling, and it led me in just the same way in the Cassagnac affair... if I had looked for Pincio at once he would be with me now... If I had been stirred by Blanc’s first words, Cassagnac would not be lost...
Quand Pincio a été perdu, je n’ai pas voulu qu’on le cherche pendant vingt-quatre heures, et si on l’avait cherché de suite on l’aurait peut-être retrouvé. Je me mettais en colère quand on parlait de faire des recherches et je ne les ai autorisées que le lendemain... je ne saurais vous dire pourquoi, c’est un sentiment tout à fait absurde qui m’a menée ainsi dans l’affaire Cassagnac... si j’avais cherché Pincio de suite il serait avec moi... Si je m’étais émue aux premiers mots de Blanc, Cassagnac ne serait pas perdu...
That is what warms my heart and sends a chill down my spine; what is more, it makes me say that I have two ounces of tenderness for Auguste... the name begins with an A, that is already a sign...
Voilà ce que me donne chaud au cœur et froid dans le dos, au surplus cela me fait dire que j’ai deux onces de tendresse pour Auguste... le nom commence par un A, c’est déjà un signe...
Audiffret, Antonelli, Alexandre, Alfred... a sign not that I am in love with him, but that I may have something to do with him. For... Alfred I loathe so much that I cannot touch his letters without wrapping my fingers in a handkerchief. Verses, songs.
Audiffret, Antonelli, Alexandre, Alfred... un signe non que j’en sois amoureuse mais que je puis avoir affaire à lui. Car... Alfred je l’exécre au point que je ne touche pas ses lettres sans m’envelopper les doigts dans un mouchoir. Des vers, des chansons.
To compare himself to Tasso! Why, such verses I should scarcely forgive an eighteenth-century gallant; I should scarcely forgive them a great poet, who at least has the right to write bad verses... but he, Multedo! Lord!
Ce comparer au Tasse ! Mais de pareils vers je les pardonnerais à peine à un galant du XVIIIe siècle, je les pardonnerais à peine à un grand poète qui lui a le droit d’écrire de mauvais vers... mais lui, Multedo ! Seigneur.
My prince has a pencil shaped like, like a screw; Madame Rembelinsky has a brooch just like it, and she is lending it to me for tomorrow... if only he comes to dinner... What good are my feet to me, which I look after as if it were for Cassagnac! My aunt has spoken to Prince Ouroussoff about Cassagnac’s decoration... I have been thinking of Audiffret these last few days... I was sixteen, and how pretty I was; my figure, my feet, my hands were perhaps not yet formed, but my face was ravishing... it has never been so since... I had only one year... When I came back from Rome, Count Laurenti almost made a scene... your face has changed, he kept telling me, the features, the colouring, everything is as before, but it is no longer the same thing... you will never again be as you are in that portrait... he meant the portrait of August 1875, in which I have my elbows on the table and my cheek resting on my hands.
Mon prince a un crayon fait comme, comme une vis, Mme Rembelinsky a une broche pareille, elle me la prête pour demain... pourvu qu’il vienne dîner... A quoi me servent mes pieds que je soigne comme si c’était pour Cassagnac ! Ma tante a parlé au prince Ouroussoff pour la décoration de Cassagnac... je pense à Audiffret ces derniers jours... j’avais seize ans et comme j’étais jolie, ma taille, mes pieds, mes mains n’étaient peut-être pas formés mais ma figure était ravissante... depuis elle ne l’a jamais été... je n’ai eu qu’une année.. Revenue de Rome le comte Laurenti m’a fait presque une scène... votre figure a changé me disait-il, les traits, la couleur tout est comme avant mais ce n’est plus la même chose... vous ne serez plus jamais comme sur ce portrait... il parlait du portrait de 1875 août, où j’ai les coudes sur la table et la joue appuyée sur les mains.
— You look as though you had just arrived there and leaned on your elbows, your eyes fixed on the future, half frightened to be asking yourself: is this what life is? — Laurenti also said.
- Vous avez l’air d’être arrivée là, de vous être appuyée, vos yeux fixés sur l’avenir et moitié effrayée de vous dire : c’est là la vie ?- disait encore Laurenti.
At sixteen I had something of the child in my face, which I had neither before sixteen nor since. And that expression is the most ravishing thing in the world... I am going to say something that will sound mad: Cassagnac has that very expression in his dark, bold, strong, insolent face; it is what gives him that extraordinary charm which people put down to something else. But if in a man it is not followed, backed, by a great mind and a great deal of moral and physical strength, it is a deplorable charm.
A seize ans j’avais de l’enfant dans la figure, ce que je n’ai eu ni avant seize ans ni après. Et cette expression est tout ce qu’il y a de plus ravissant au monde... je vais dire une chose qui paraîtra folle; Cassagnac a cette expression là dans sa figure noire, hardie, forte, insolente, c’est ce qui lui donne ce charme inouï qu’on attribue à autre chose. Mais si chez un homme ce n’est pas suivi, doublé, d’un grand esprit et de beaucoup de force morale et physique, c’est un charme déplorable.
I will tell you... I should be very proud of conquering the dark prince, for I want numbers as much as quality... but no doubt it is a folly I must put out of my head. It was hinted to me; for one day I almost believed it; now I hardly believe it any more... let us not think of it...
Je vais vous dire... je serais très fière de la conquête du prince noir car je veux le nombre autant que la qualité... mais sans doute c’est une folie qu’il faut m’ôter de la tête. On me l’a insinué, je l’ai presque cru un jour, je n’y crois presque plus... n’y pensons pas...
I have discovered walks in Soden... I do not mean the common walks up which every visitor feels obliged to climb, but avenues and woods where there is nobody... I adore this calm. Either Paris or the wilderness. I do not mention Rome; that would make me cry at once.
J’ai découvert des promenades dans Soden... je ne parle pas de promenades vulgaires où chaque étranger se croit obligé de grimper, mais des allées et des bois où il n’y a personne... J’adore ce calme. Ou bien Paris, ou bien le désert. Je ne parle pas de Rome cela me ferait pleurer tout de suite.
Old Livy tells a story so well, and when in certain passages one feels that he is disguising a defeat or excusing a humiliation... it is almost touching... You see, until now I have never loved anything but Rome! Imagine my delight when I hear these ladies chatting about their nerves, their acquaintances, their doctors, their dresses, their children! But I go off alone, I go into the woods, I close my eyes, and I am wherever I wish.
Le vieux Tite-Live raconte si bien et lorsque dans certains passages on sent qu’il travestit une défaite ou excuse une humiliation... c’est presque touchant... Tenez jusqu’à présent je n’ai jamais aimé que Rome ! Imaginez-vous mon plaisir quand j’entends causer ces dames de leurs nerfs, de leurs connaissances, de leurs docteurs, de leurs robes, de leurs enfants ! Mais je m’isole, je vais dans les bois, je ferme les yeux et je suis ou je veux.
I sing and the princes play downstairs; we converse every day in the language of music, we play the same airs to one another.
Je chante et les princes jouent en bas, dans le langage musical nous conversons tous les jours, nous nous jouons les mêmes airs.