Sunday, 19 November 1876
I went to bed with Maman and, instead of tender words after so long an absence, nothing but a torrent of complaints escaped my lips. The thing is... while undressing I caught sight of myself by chance in a mirror.# Dimanche 19 novembre 1876
— Voyez les belles épaules, dis-je, et quand on pense que je suis condamnée à jamais me décolleter... je me couchai enragée et hors de moi et commençai à voix basse des plaintes qui cessèrent bientôt d'ailleurs car je m'endormis .
Nous étions au salon et mon père dans la chambre à côté, on nomma Antonelli, on dit qu'après avoir joué à Monaco il s'en fut en Serbie.
— Je le saurai, dis-je, chez la diseuse de bonne aventure ou chez Alexis.
Sur ce maman me dit qu'il ne fallait pas s'occuper de "cet être", de ce "cochon de lait", de "cette saleté", de "cet enfant".
Enfant... et d'autres choses qu'elle dit, veulent dire clairement qu'Antonelli est un enfant sans importance, un blanc-bec dépravé qui s'est mal conduit et auquel j'attachai trop d'importance...
On ne pouvait me dire rien de plus blessant. Et pour la centième fois, je suis humiliée !
Il fait mauvais temps, j'ai mal à la tête et je me sens comme dans un rêve pesant et détestable.
Mes parents semblent pas trop chien et chat. Mon père s'imagine qu'il suffit de baiser la main pour faire tout oublier, aussi fait-il l'aimable.
Vers le soir on s'accorde même si bien qu'un spectateur, s'il pouvait y en avoir un, aurait pu voir sur ces immenses lits du Grand Hôtel, Monsieur, Madame, moi et Dina et même Prater.
Prater a été si content de me voir !
Après dîner on parla de me conduire dans le monde. Je suis trop paresseuse ce soir pour raconter tout. Il suffit de dire que mon père est un assez vilain monsieur qui a l'air de consentir, de s'arranger et qui a bonne envie de filer et de ne s'inquiéter de rien. Il fait l'empressé auprès de sa femme malade., ça ne coûte rien surtout pendant deux jours
Georges nous a honorés d'une visite. Dina s'est tenue enfermée pour ne pas le voir, je crois bien après toutes ces infamies.
Le cardinal est mort.
La plus grande injure qu'on puisse me faire c'est de dire qu'Antonelli est un jeune garçon dépravé, léger, sans importance.
Tout n'a donc été qu'une moquerie !!!
Encore et pour la centième fois je répète mes cris d'indignation ! Il me faut la vie ou l'honneur de cet être.. Si je pouvais seulement croire qu'Antonelli est un homme et non un *rien-du-tout,* je serais déjà soulagée.
Je pense plus que jamais à Pacha, je suis prête à le prier à genoux de m'exterminer cette créature infâme... Oh non, pas infâme, mais méprisable, odieuse, dégoûtante !
Quelle honte et comme je suis punie... punie pourquoi ? Pourquoi ? Parce que j'ai voulu aimer ? Parce que j'ai touché de mes lèvres les lèvres de l'homme dont je pensais faire mon mari et auquel j'étais prête à rester toujours fidèle sinon par amour éternel du moins par respect de Dieu et de moi-même !
Et vous voulez qu'il y ait des femmes honnêtes, vous autres tas d'idiots, de monstres, dépravés et infâmes !
En vérité le saligaud ne vaut pas ces belles colères et plus je me fâche, plus cela m'enrage... parce que je me fâche.
Je vivrai à Rome entre les études et les rêveries. Je ne sortirai pas, je ne verrai personne.
Enterrée vivante.
Vivante, jeune, ardente, avide de plaisirs et de vie ! Enterrée, oui plutôt que d'être comme j'ai été jusqu'à présent... remarquée et ternie et humiliée à chaque instant.
En vérité cela vaut la peine d'être ce que je suis de corps et d'esprit pour vivre en réclusion !
O mon Dieu puisque Vous me condamnez à ce supplice... non, c'est que je le mérite.
Pardonnez-moi.