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Wednesday, 22 September 1875
Mercredi 22 septembre 1875
Yesterday as the day before, after staying some while in bed, I got up — but this time not to write verses, however poor they might be; I got up to have supper.
Hier comme avant-hier, après être restée quelque temps dans mon lit, je me levai mais cette fois pas pour faire des vers quelque mauvais qu’ils soient, je me levais pour souper.
I wake in a most peculiar state, like the morning after the Niceois’s departure. I am furious! I only stooped to him in the certainty of picking him up — and now he flies away like a leaf carried off by the wind! One draws closer, one thinks one has him — but not at all! He is already far away. This chase has set my nerves on edge.
Je me réveille toute drôle comme le lendemain du départ du Niçois. Je suis en colère ! Je n’ai abaissé ma main jusqu’à lui que dans la certitude de le ramasser et voilà qu’il s’envole comme une feuille emportée par le vent ! se rapproche, je crois le tenir, mais point ! il est déjà loin. Cette chasse m’a énervée.
I am furious at having pursued something unworthy — and without success. Does one understand my meaning? If I had been beaten in a serious contest, I should have been distressed, very distressed, but I should have resigned myself in the end. But here! I only took any interest in it in the certainty of success. Oh! if only I had known! I thought I had only to give a sign — not even that, less still if possible!
Je suis furieuse d’avoir poursuivi une chose indigne, sans succès. Comprend-on bien ma pensée ? Si j’étais abattue dans une lutte sérieuse, je serais chagrinée, très chagrinée, mais je me résignerais à la fin. Mais ici ! Je ne m’en suis occupée que dans la certitude du succès. Ah ! si j’avais su ! Je croyais n’avoir qu’un signe à faire, pas même cela, moins si c’est possible !
“One should never make plans!”
« Il ne faut jamais faire de plans ! »
And what shame before everyone, before all those close to me!
Et quelle honte devant tous, devant tous les miens !
Fie, what a humiliating position. Good God! How I detest him for it!
Fi, quelle position humiliante. Bon Dieu ! Que je le déteste donc pour cela !
I am dazed, and a new fear pursues me. The change in the Sapogenikoffs. Could they too, in order to follow the current… Oh! it would truly be extraordinary! To say nothing of their poverty — let us speak only of Yourkoff. Everyone looks askance at the arrangement; they refused to receive Paris at the club at first, and a remonstrance was made to the consul because he had introduced “a male kept-woman.”
je suis hébétée et une nouvelle crainte me poursuit. Le changement des Sapogenikoff. Est-ce qu’eux aussi, pour suivre le flot... Oh ! vraiment ce serait étrange ! Sans parler de leur pauvreté, parlons seulement de Yourkoff. Tout le monde regarde cela de travers, on n’a pas voulu recevoir Pâris au cercle dans le commencement, et on a fait une remontrance au consul parce qu’il a présenté « une cocotte masculine ».
They who left Geneva because after the disaster the girls had been ill, and because in Geneva people were saying that they… — Oh! I cannot bear to repeat such infamy — that both of them had had a child! People said this! People said this of two little girls of sixteen and seventeen! Of two angels!
Eux qui sont partis de Genève parce qu’à la suite de la catastrophe les filles ont été malades et qu’à Genève on a dit qu’elles... - Oh ! j’ai horreur de répéter une pareille infamie -que toutes les deux ont un enfant ! On a dit cela ! On a dit cela de deux petites filles de seize et dix-sept ans ! de deux anges !
They whom we welcomed as our closest family. It would truly be too ugly!
Eux que nous avons accueillis comme des parents les plus proches. Vraiment ce serait trop laid !
And who knows? To do as Madame Howard, or to deserve an invitation from Madame Tutcheff, they will do it! It would set me against the whole of humanity — not as one usually means that — it would make me desire wealth and power three times over: to see all these people crawl at my feet, to crush them with my goodness and my haughty benevolence, to make them feel that — oh! no reproaches from me toward them!
Et qui sait ? Pour faire comme Mme Howard, ou pour mériter une invitation de Mme Tutcheff, ils le feront ! Cela me brouillerait avec le genre humain mais pas comme on l’entend, cela me ferait triplement désirer la richesse et la puissance pour voir tous ces gens ramper à mes pieds, pour les écraser par ma bonté et ma bienveillance hautaine, pour leur faire sentir que, oh ! de moi à eux pas de reproches !
But why am I so crushed!
Mais pourquoi suis-je si accablée !
What have I done to this world? Why does it persecute me from my very birth? It will kill me — for at such thoughts I become stupid, my eyes take on an idiotic expression, I want nothing, I am nothing, I am annihilated, annihilated — and I do not even weep.
Qu’ai-je fait à ce monde ? Pourquoi me poursuit-il dès ma naissance ? Cela me tuera, car à ces pensées je deviens stupide, mes yeux prennent une expression idiote, je ne veux rien, je ne suis rien, je suis anéantie, anéantie et je ne pleure pas.
Is that not shameful, my girl? Another would blush for it her whole life! And you — you are pleased! This refers to the evening.
N’est-ce pas honteux ma fille ? Une autre en rougirait toute sa vie ! Et toi, tu es contente ! Ceci se rapporte à la soirée.
But let us go first to the Promenade. First by carriage, then on foot with my aunt. She tired after half an hour and we sat on a bench — immediately Fiouloulou appears, saying that yesterday he and d’Audiffret had come to call, but seeing all the windows dark they dared not enter. A few minutes later arrives the magnificent fool, dressed as for the Bois, coming from the harbour where he has bought pottery jars for his olive oil. He is going to settle down. I could not help smiling at this, I who had said “an earthenware pot” as a joke — and now it turns out I had guessed it. I resolved immediately to clarify another point in my little song.
Mais allons d’abord à la Promenade. D’abord en voiture, puis à pied avec ma tante. Elle s’est fatiguée au bout d’une demi-heure et nous nous assîmes sur un banc, aussitôt vient Fiouloulou disant qu’hier avec d’Audiffret ils étaient venus chez nous, mais voyant toutes les fenêtres noires n’osèrent pas entrer. Quelques minutes plus tard arrive le superbe imbécile mis comme au Bois, il vient du port où il a acheté des poteries pour son huile. Il va être sage. Je ne pus m’empêcher de sourire en entendant cela, moi qui ai dit « un pot en terre cuite » par bêtise, et voilà que j’ai deviné. Je pris immédiatement la résolution de m’éclaircir sur un autre point de ma chanson.
Cresci, the director of the Opera, passes by; Girofla seizes him and makes the introductions, talks of Italy, has me speak Italian, extols my voice to the maestro, declares that I must take lessons, etc., etc. Cresci, who already greeted me with bows before he knew me, will bow all the deeper now that his lord and master has introduced us.
Passe Cresci le directeur de l’Opéra, Girofla le saisit et le présente, parle Italie, me fait parler italien, exalte ma voix au professeur, dit qu’il faut que je prenne des leçons etc. etc. Cresci, qui me saluait et me faisait la révérence avant de me connaître, va s’incliner maintenant puisque son seigneur et maître l’a présenté.
The poor wretch was twenty thousand francs short of taking over the directorship of the theatre, and Girofla lent them to him on condition of repayment when profits allowed. So he is the god of this man.
Il manquait vingt mille francs au pauvre diable pour prendre la direction du théâtre et Girofla les lui a prêtés à condition d’être remboursé quand il y aurait des bénéfices. De sorte qu’il est le dieu de cet homme.
The young man knows what is said of him, and before the Italian he conducted himself so as to confirm everyone in this impression.
Le garçon sait ce qu’on dit et devant l’Italien il s’est conduit de sorte à affermir tout le monde dans cette idée.
— What does it matter to me, since I am leaving Nice?
— Qu’est-ce que ça me fait, puisque je m’en vais de Nice ?
— Then you will begin giving lessons to Mademoiselle, who has a magnificent contralto voice — then, turning to me:
— Alors vous commencerez à donner des leçons à Mademoiselle qui a une magnifique voix de contralto, - puis vers moi:
— When shall it be, Mademoiselle?
— Quand Mademoiselle ?
This creature puts on airs of intimacy — but bah…
Cette créature prend des airs d’intime, mais bah...
— First teach Monsieur to sing, I said to Cresci — and then we shall see. And I went off to join my aunt, who was already in the carriage.
— Apprenez d’abord à chanter à Monsieur, dis-je à Cresci, et puis nous verrons. Et je m’en allai rejoindre ma tante qui était déjà en voiture.
This evening they come to us. How people tell each other everything — Cresci already knew from Saëtone what sort of voice I have and how I sing.
Ce soir ils viennent chez nous. Comme on se raconte tout ! Cresci savait de Saëtone quelle voix j’ai et comment je chante.
I dress in white — Empire gown (not too Empire; that would be bold for my sixteen years), pink stockings, and Russian-leather mules. Before my mirror I nearly changed — I was afraid of being too adorned, for my face was so white and pink that it lent a particular brilliance to everything else. I do not change, and go down to the drawing room, where my aunt and the two Niceois are waiting.
Je me mets en blanc, robe Empire (pas trop Empire, ce serait leste pour mes seize ans), bas roses et mules cuir de Russie. Devant ma glace je voulais changer, j’avais peur d’être trop parée, car ma figure était si blanche et rose qu’elle donnait un éclat particulier à tout le reste. Je ne change pas et descends au salon où sont ma tante et les deux Niçois.
— Is it true, Monsieur, that you have a particularly fine wardrobe mirror?
— Est-ce vrai, Monsieur que vous avez une armoire à glace particulièrement belle ?
— Who told you that?
— Qui vous a dit ça ?
— Someone. But tell me — is it true?
— Quelqu’un, mais dites est-ce vrai ?
— I do not know; I have a wardrobe mirror like any other wardrobe mirror — there is nothing extraordinary about it.
— Je ne sais pas, j’ai une armoire à glace comme toutes les armoires à glace, elle n’a rien d’extraordinaire.-
— Perhaps in your father’s apartments? said Gaïuia.
— Peut-être dans l’appartement de votre père ? dit Gaiuia.
— Ah! yes, that is true — he has enormous wardrobe mirrors.
— Ah ! oui, c’est vrai, il a des armoires à glace immenses.
— There, you see — I was quite right.
— C’est cela, vous voyez bien que j’avais raison.
There is my other point clarified — and I take myself off from the drawing room to laugh at my leisure, while he remains there understanding nothing.
Voilà mon autre point éclairci, et je m’en vais du salon pour rire à mon aise et lui reste là ne comprenant rien.
Each of them stole a medallion photograph — the Three Graces together — after many unsuccessful attempts.
Ils ont volé chacun une photographie médaille, les trois Grâces ensemble, après bien des tentatives infructueuses.
We spoke of Smirnoff and his caricature, and as they absolutely insisted on seeing it, instead of sending the canvas downstairs I bring them up to my private study.
On a parlé de Smirnoff et de sa caricature et, comme ils voulurent absolument la voir, au lieu de faire descendre la toile je les fais monter dans mon cabinet d’étude.
— It will be simpler, I said — you, Monsieur Gaïuia, take one candle, and you, Monsieur, another, and we shall go up.
Ce sera plus simple, dis-je, vous, M. Gaiuia, prenez une bougie et vous, monsieur, une autre et nous monterons.
And up we go — the staircase being covered in dust and fragments of plaster, the first floor being overrun by the masons — I lift my train, which does not displease me in the slightest; my feet and my Russian-leather mules demand eyes: they received four.
Et nous montons et comme l’escalier est couvert de poussière et de fragments de plâtre, puisque le premier est envahi par les maçons, je relève ma traîne ce dont je ne suis pas du tout fâchée, mes pieds et mes mules de cuir de Russie demandent des yeux: ils en eurent quatre.
Après avoir examiné tout en se promenant par la chambre avec leurs bougies, Girofla ouvre une armoire et le premier livre dont il lit le titre est: « Mémoires du maréchal duc de Richelieu ». Bigre ! voilà ce que je ne voulais pas.
— Oh! ho! he said, in an expressive tone.
— Oh ! ho ! fit-il d’un ton expressif.
We go back down to the drawing room; at tea the man begins to tell — or rather, I make him tell — about his 1871 campaign.
Nous redescendons au salon, à thé l’homme raconte ou plutôt je lui fais raconter sa campagne de 1871.
He tells us how he stole bacon and geese from the peasants — the geese by seizing them by the beak to stop them from crying out.
Il nous raconte comment il volait le lard et les oies aux paysans. Les oies en les saisissant par le bec pour les empêcher de crier.
I cannot picture him as a soldier, and I kept asking him the same things over and over, and he repeated them, and I laughed, and he laughed at my scant faith in his courage.
Je ne puis me le figurer soldat et je lui demandai à plusieurs reprises les mêmes choses et il répétait et je riais et il riait de mon peu de confiance en sa valeur.
It seems he killed a Prussian. Just one!
Il paraît qu’il a tué un Prussien, un seul !
I have recovered all my presence of mind; I am no longer stupid — I laugh, I even jest; I have recovered my familiar yet haughty manner; I am enchanted!
J’ai repris toute ma présence d’esprit, je ne suis plus bête, je ris, je plaisante même, j’ai repris mon air familier et hautain, je suis enchantée !
This morning I erased the tower, the horns and the tail, meaning to redo the man from life — but I could not manage it. This evening I have him put on his top hat and make him pose in every possible way.
Ce matin j’ai effacé la tour, les cornes et la queue voulant refaire l’homme en face, mais je ne pus réussir. Ce soir je lui fais mettre son tube et le fais poser de toutes les façons.
— You will lose nothing by waiting — tomorrow you shall be in your place. Do not laugh — come now, close your mouth! And naturally he opened it, laughed, then closed it — only for it to open again.
— Vous ne perdrez rien pour attendre, demain vous serez à votre place. Ne riez pas, Ah ! mais fermez donc la bouche ! Et naturellement il l’ouvrait, riait puis la fermait et elle se rouvrait encore.
In profile now — full face — no, lower — push the hat down further.
En profil à présent, de face, non plus bas, enfoncez davantage le chapeau.
— Have you seen La Belle Hélène? Fiouloulou interrupted.
— Avez-vous vu « La Belle Hélène » ? interrompit Fiouloulou.
— No, I say without turning, tilting my head first to one side then the other to better judge this face I have such difficulty copying — and also in order to look at him, for he is handsome.
— Non, dis-je sans me tourner et en penchant la tête tantôt d’un côté tantôt de l’autre pour mieux me rendre compte de cette figure que j’ai tant de mal à copier et aussi pour le regarder, car il est beau.
— The thing is, the little one continued, there is in the first act an absolutely identical scene.
— C’est que, continua le petit, il y a au premier acte une scène absolument pareille.
He is quite right. This is the place for the unflattering verdict on myself. I who was furious this morning am enchanted this evening. What do you expect me to do about it, since he amuses me, since I find him adorable! I hope I am at least being frank.
En effet, il a raison. C’est ici la place de l’apostrophe peu gracieuse pour moi. Moi qui étais furieuse ce matin, je suis enchantée ce soir. Que voulez-vous que j’y fasse, puisqu’il m’amuse, puisque je le trouve adorable ! J’espère que je suis franche.
I no longer recall on what occasion he said:
Je ne sais plus à quel propos il dit:
— For my father, at the slightest noise, fires pistol shots at once.
— Car mon père, pour le moindre tapage, il tire de suite des coups de pistolet.
— It must be dangerous to come to your house, I said.
— C’est dangereux de venir chez vous, dis-je.
— One evening I myself was received with a gunshot — I arrived without warning and, having the keys, let myself in, whereupon the gardener fired. For I had distributed old hunting rifles to all the servants.
— Un soir moi-même j’ai été reçu par un coup de fusil, je suis arrivé sans prévenir et comme j’avais les clefs, je suis entré et le jardinier a tiré. Car j’ai distribué à tout le monde de vieux fusils de chasse.
How frightful.
C’est effrayant.
I had meant to recount the English ladies affair, but that will be for later.
Je voulais raconter les Anglaises, mais ce sera pour plus tard.
Then we speak of singing, and again:
Puis on parle chant et de nouveau:
— You absolutely must take lessons. I shall send you Cresci — are you free the day after tomorrow at ten o’clock? And we shall sing duets, etc., etc., etc…
— Il faut prendre des leçons, absolument. Je vous enverrai Cresci, êtes-vous libre après-demain à dix heures ? et nous chanterons des duos etc. etc. etc...
Well — why not, indeed?
Enfin pourquoi pas ?
Tomorrow he is going to look with his Cresci and will tell me at the concert what they have found.
Demain il va chercher avec son Cresci et à la musique me dira ce qu’ils auront trouvé.
I, singing with d’Audiffret! For any other girl it might be dangerous — but I, armoured as I am!
Moi chantant avec d’Audiffret. Pour toute autre ce pourrait être dangereux, mais moi, cuirassée comme je suis !
No — it is very amusing.
Non, c’est très amusant.
Let us note here that there is always the jolt —
Notons ici qu’il y a toujours la secousse
Notes
Mémoires du maréchal duc de Richelieu — “Memoirs of the Marshal Duke of Richelieu”; the title is kept in French. Memoirs of the duc de Richelieu (1696–1788), Marshal of France and a notorious libertine, published after his death (1790–93) by the abbé Jean-Louis Soulavie and of doubtful authenticity: no reading for a young girl. ↩
In French in the original: Bigre ! ↩