Вівторок, 15 лютого 1876
Pauvre Galula, Troili veux-je dire, en retournant avec sa lettre il a trouvé tous les volets fermés.
Quelle sale histoire, cet homme qui ose envoyer dire toutes sortes de choses !
Mais ce n'est pas pour cela que j'ai ouvert le cahier.
Tout le monde est allé à la promenade, mais je n'ai envie de rien...
Je voudrais pouvoir aller à Nice.
Et à présent... à présent la Russie...
Dieu, quelle impatience ! Pour me distraire de ces tourmentantes pensées...
Animoù !
Doun es la sina anima ? Las venduta per 10 sous...
Lou carnaval sera pas ben perche noun si seis pas fare padre de Cimiès...
As ancora mandate iou sacrestan de la ilea russa. Qura vendras pia la tina anima ?
Pouiriras !
Le padri de Cimiès
Traduction: [Où est ton âme ? Tu l'as vendue pour dix sous...]
Le carnaval ne sera pas beau parce que tu ne t'es pas fait moine de Cimiez.
Elle a encore convoqué le sacristain russe. Quand reviendras-tu reprendre ton âme ?
Tu pourriras !
Les moines de Cimiez]
Je ne sais encore à qui adresser cette charmante épître.
Ah ! quelle tristesse, je vais du piano à mon journal et de mon journal au piano.
Je m'en vais lire l'histoire romaine, ça me distraira peut-être.
Je suis habituée de sortir, de voir du monde, je me meurs à la maison !
Grâce à Dieu je suis rose et bien portante, sans cela ce serait à en crever.
J'ai le mal du pays !
Et j'osais confondre le jeune homme du théâtre avec le vil ami de Troili !
Soroka et Galula étaient en bas quelque part.
Rossi vient nous voir et de suite on lui demande qui est ce monsieur.
Le comte Antonelli ressemble à Gautier...
Ah ! n'oublions pas de dire que Visconti a été chez nous avant le théâtre.
Mais revenons au jeune homme, le mot Soroka a changé de signification...
J'ai donc regardé Antonelli et je l'ai bien vu.
Il m'a lorgnée, mais convenablement...
— Je vous ai demandé qui est ce Monsieur, dit ma mère à Rossi...
— C'est un charmant garçon, répondit Rossi, c'est un peu un *pazzerello*...
Je suis ravie en entendant cela.
— Il ressemble beaucoup à mon fils, a encore dit ma mère.
— C'est un charmant garçon, dit Rossi et si vous voulez je vous le présenterai.
— Je serai charmée.
— La prochaine fois que je le verrai je le lui dirai.
Et dire que notre lettre pour le cardinal a manqué son effet !
Plus de salons blancs, je me plonge dans les noirs jusqu'au cou...
Un instant j'ai cru qu'il était allé au bal que donne ce soir le prince de Borghése...
Tout est manqué pour moi à cause de...
Bah ! je retrouverai encore cent Antonelli.
Toujours réduite à des coquetteries de théâtre !
Je maudirais volontiers tout et tous !
Voir tout me contrarier, tout me manquer, à cause de cette affaire...
Oh !... en attendant je vais m'endormir en me composant des contes...
Demain je sortirai, il faut voir cet homme.
Ah ! ce n'est pas lui qui irait rester des heures sous ma fenêtre !
Comme tout d'un coup le mal du pays a disparu...
Quel dommage que ce ne soit pas lui qui parle, mais moi !
Je suis enchantée d'être allée à l'Opéra au lieu d'aller chez la Soukowkine...
Comment nommerai-je l'homme ?
Maman le nomme pazzerello. Je ne me décide pas encore.
Il est adorable, j'en ai la tête remplie, bonsoir !