# Mercredi 21 février 1877

Mercredi 21 février 1877

Il pleut, le soleil se montre pour éclairer l’arrivée du prince de Prusse; comme nous nous étonnions Dina et moi de ne pas voir le comte de Doenhoff, il nous salua de son balcon qui est au-dessus du nôtre. Je lui fis signe de venir et le reçus presque en sautant de joie. Il me dit les choses les plus aimables et d’un air convaincu; c’est vrai j’ai embelli et c’est tout naturel à mon âge.
Un peu plus tard est venu Altamura et comme d’habitude je ne lui ai parlé que de mon amour pour Larderel.
Le soir nous avons encore eu Doenhoff, que maman a reçu dans son lit, tandis qu’Altamura entrait au salon et restait avec Dina; naturellement je préférai Doenhoff. On a causé un peu de tout, beaucoup de moi qu’on trouve très à son goût.
Le paisible et gras Prussien se retire à dix heures; le saccadé Altamura reste jusqu’à onze. Une heure presque entièrement passée en enfantillages sur Larderel.
- Mo-o-onsieur Altamura !
- Ma-a-a-a-demoiseolà Maouie ! (avec des contorsions).
- Donnez-moi des nouvelles de Larderel.
- De Larderel ?
- Poua vous serouiar !
- Télégraphiez-lui qu’il se trouve un ange prêt à payer ses dettes.
- Absoouiment !
et puis
- M... onsieur Altamura !
- Ma-a-a-a-a-demoiseoù Maouie !
- Combien a-t-il de dettes ?
- Est-ce cinq cent mille francs ?
- Je ne sais vouement pas.
- A ou aou i o on.
- Si c’est moins de cinq cent mille francs je ne payerai pas.
Et bien, mais, et Larderel est-ce qu’il ne revient pas ?
Que je suis donc heureuse de ce qui arrive à Clemente Torlonia ! La princesse Mechtchersky qu’il a tant recherchée se marie avec Fabrizio Spinosa des princes Ruffo. C’est son deuxième fiasco, le premier ce fut sa cousine, fille du prince Alexandre Torlonia.
C’est bien fait. Les méchants ne méritent pas autre chose. Et dire que je me suis imaginée quelque chose pour cet être venimeux, petit, blond, gras, ivre ! D’ailleurs ils me dégoûtent tous pour le moment, outre Doria qui n’a jamais cessé de m’être sympathique et... naturellement Larderel ou pour dire comme Rosalie, Ladreréel beau-frère de Mirafiol.
Il est une heure... le vent siffle des airs sinistres comme je n’en ai entendu qu’en Russie dans mon enfance, en automne. Mais je suis radieuse en comparaison avec hier.

Poznámky

Altamura's comically exaggerated pronunciation, rendered phonetically by Marie; likely "Pour vous servir!" (At your service!). ↩
Altamura's dialect gibberish, reproduced phonetically by Marie. ↩