Jeudi 22 février 1877

Il pleut.
Je me mets au piano à deux heures et demie après la visite d’Altamura. Je prends une fileuse de Litolff, et je me dis de la jouer cinquante fois, une bagatelle de douze pages, avec une main droite des plus fatigantes. Si tu la joues, tu auras Larderel, mais pas d’interruptions.
Je ne me suis levée qu’à sept heures et demie sourde jusqu’à ce moment aux questions qu’on me faisait et aux : Le dîner est servi. J’ai dîné seule et les mains me font encore mal, mais j’aurai Larderel ! Je fais trente-six choses pour des semblables superstitions.
Doenhoff a envoyé sa carte disant qu’il est indisposé; et maman m’a fait les cartes et m’a prédit l’arrivée de Larderel.
Ah ! sans cela je crève de tristesse ! J’adore l’Italie et j’y suis si mal !
Confusion indescriptible dans la tête... je voudrais rester ici jusqu’aux courses, aller ensuite à Sorrento et aussi à Trouville et à Aix et aux bains de mer en Angleterre, le temps manque, la vie est si courte ! Ma gorge me désespère.
On m’envoie de Nice la carte de Rossi avec condoléance... voilà que je reçois des compliments sur ma mort !

Poznámky

Henry Litolff (1818–1891) — Franco-British pianist and composer; his fileuse (spinning-wheel étude) was a parlour-favourite of virtuosic difficulty, requiring relentless right-hand figuration. ↩