# Mardi 13 février 1877

Mardi 13 février 1877

Il me semble que j’ai rêvé tout cela.
Je recommence à me détester et à croire qu’on nous prend pour un tas d’aventurières.
Lorsque je ne parle pas d’un homme c’est que je n’y pense plus. C’est pour vous dire de ne pas vous imaginer ayant lu ce que je disais du Surprenant et de Pietro, que cela dure encore. Quand cela vient je le dis.
Larderel ne s’attendait pas à me voir à la gare et il avait mes violettes fanées dans sa boutonnière. C’est une surprise agréable, pour moi.
J’ai prédit à Antonelli dans les premiers temps et après qu’il allait mourir dans un an et deux mois. Le délai expire .... Je n’en suis pas fâchée.
Je me suis levée à deux heures de l’après-midi pour me traîner de chaise en fauteuil jusqu’au soir.
Et le soir au lieu d’aller voir les cavalcades, illuminations, feux, musiques, je parle de Larderel en écoutant une sérénade.
Rosalie vient raconter que le cocher a reçu une dépêche, que M. le comte est à Florence, un tas de choses par rapport aux chevaux. Et surtout... Ah ! cela fait vraiment plaisir, sachez-donc que depuis le premier soir de notre arrivée il savait que nous étions ses voisines, et la preuve c’est qu’il passait des heures à genoux, l’œil collé à la serrure, et lorsqu’il fallait faire sa toilette il mettait là son cocher.
- Charles, regardez et dites ce qu’on fait.
Charles racontait ces scènes à Rosalie avec gestes et Rosalie m’en vient faire la répétition.
- Et le cocher me dit : Oh ! Monsieur il était comme fou, il rentrait, il jetait son chapeau et il allait là tomber à genoux, comme ça et puis il disait que cette demoiselle est si jolie et puis enfin, et vous savez Mademoiselle, il dit :
- Qui ?
- Monsieur le comte, donc, il dit qu’il voudrait vous épouser, il a dit que le cocher m’épouserait moi et... qu’il en ferait son intendant et ils ont parlé d’argent, et alors naturellement j’ai dit un tas de choses.. Et puis le cocher a dit que Le comte pour faire savoir qu’il est là criait: donnez-moi ça ou ça quand il n’avait besoin de rien, et qu’il était toujours à genoux devant la porte, et puis il a dit qu’il ne restera pas longtemps, qu’il va revenir a Naples parce qu’il est tout comme ça.
Je me faisais répéter vingt fois la même chose. La fille riait parce qu’il parait que le cocher racontait cela d’une façon si amusante.
- Oh ! écoutez-donc Mademoiselle criait Rosalie, depuis l’premier soir [sic] quand nous sommes arrivés.
Alors c’est lui qui a commencé !
- Et puis, continuait Rosalie, quand le soir du bal masqué vous avez mis le rideau, il était là comme ça furieux, encore un peu il demandait qu’on l’enlève ce rideau. Mais Mademoiselle, j’ai ri, car j’ai pensé à vous qui regardiez aussi, seulement vous avez commencé et il n’y a pas longtemps, avant vous ne saviez pas qu’il était là.
Vous comprenez que j’en ai assez pour avoir de quoi parler jusqu’à onze heures.
Il y a deux choses que je n’oublierai jamais, c’est le costume d’Apollon du Belvédère et l’hésitation adorable devant le wagon.
J’étais là au milieu du compartiment ne sachant s’il y avait deux places ou trois, un pied levé pour monter, un paletot sur le bras et des yeux si sérieux et si sincèrement interrogateurs que j’ai peut être à dessein prolongé cette douce perplexité. Cette entente tacite me plaisait, un mot aurait déchiré le voile et le charme serait rompu.
Je suis souple, prévenante envers les miens, je suis gaie et nous parlons de Larderel et c’est comme un enchantement léger et aimable.