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# Mercredi 7 décembre 1876
Mercredi 7 décembre 1876
On a rendu la visite à Mme Souvoroff et on a été chez Mmes de Ballore et Wykersloovth qui sont venues chez nous. Jeanne est pour le moment avec son effrayant mari et sa belle-mère la princesse de la Tremoille1.
Pour la première fois je suis marraine. Bihovetz est le parrain. L’objet est la fille d’une femme russe mariée à un nègre. La petite fille est noire; la mère va être femme de chambre chez maman.
J’ai dû m’embrasser avec Bihovetz, c’est l’usage. Maman en est contrariée et ne fait que s’écrier et s’indigner en riant. Ah ! si elle savait...
Pelikan et Broussais, Broussais est un effroyable blagueur, mais un type, rude, quelquefois inconvenant, mais un type assez curieux. C’est un ami à Pelikan, ils ont servi ensemble. Pelikan grâce à sa haute position en Russie... je ne sais ce que je voulais dire je suis fatiguée.
Ah ! ce procès, toujours ce procès... juste au moment où j’aurais dû avoir un cadre brillant.
Mon Dieu acceptez cette prière et croyez qu’elle vient du fond du cœur et après de sérieuses réflexions: Faites que je meure ou bien faites que je vive comme je veux...
La vie telle que je la veux ou la mort... J’accepterai la mort sans un murmure... seulement que cela change oh nom du Ciel.
Personne ne devinera pourquoi je suis de mauvaise humeur ce soir. C’est justement pour cela que je vais vous le dire. Je suis furieuse parce que je suis trop bien faite. Et j’ai raison. Il est ridicule d’avoir un pareil corps pour soi toute seule. Il est ridicule d’avoir un pareil corps dans une époque comme la nôtre. Aussi- oui, je vais voiler toutes mes glaces, je m’irrite trop à force de me voir.
Lisez l’article de la Chambre ci-attaché . voir p, 221 J’ai écrit à Olga-Giroflé une lettre sur du papier rayé.
Une bonne demoiselle, un pauvre ouvrier sans travail, un malheureux qui aurait pu être père de famille vient se recommander à votre bon cœur espérant qu’en souvenir du temps où il a brillé d’un si vif éclat à la promenade des Anglais, vous aurez pitié de lui.
Après avoir vendu mes habits je me suis vu forcé de me tailler une robe de chambre du drapeau que vous avez vu flotter si victorieusement sur les créneaux de ma plus haute tour. Il ne flotte plus ! Il s’est usé à recouvrir ma malheureuse carcasse !
J’ai emprunté un pantalon et une jaquette à mon vieux concierge et je vais exercer les fonctions d’ouvreur à l’Opéra pour rester dans le grand monde.
Si vous pouviez, bonne demoiselle, m’envoyer quelques peaux de mouton et une paire de bottes je prierais le bon Dieu pour vous.
En attendant une prompte et favorable réponse j’ai l’honneur d’être votre dévoué serviteur.
Audiffret, Emile.
Poznámky
The Trémoille — one of the oldest noble families of France, with continuous history from the medieval period. ↩