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Mardi 6 juillet 1875
Presque toute ma gaieté est partie.Mon cousin Worth m’a envoyé une robe ravissante et d’une forme entièrement nouvelle. En batiste rose brodée. C’est charmant de simplicité et de grâce. Devant, le corsage est garni comme une gorge de pigeon.
Dina a reçu une robe blanche comme ma blanche et nous sortons habillées pareillement. Je me plais beaucoup.
On va au bain mais, au moment de descendre de voiture, on change d’idée. Dina ne veut pas se baigner. Les Sapogenikoff non plus.
Audiffret est en vilain chapeau, tout chiffonné d’habits et niçois. Le duc de Hamilton pouvait se négliger comme ça, mais cette audacieuse créature ne peut pas. Et encore le duc avait toujours une chemise irréprochable.
Mais qu’est-ce que je fais donc ? Je mets le Niçois à côté de l’autre, fi !
Il s’excuse disant avoir été depuis le matin occupé à des arrangements du jardin public pour la fête de samedi.
A la musique, il vient nous trouver avec Saëtone et dit entre autres, qu’il n’attend que cette fête, puisqu’il [est] du comité, pour partir.
Ecco ! Le peu de gaieté que j’avais se change en mécontentement. J’espère qu’il ne le dit que pour dire, comme avant. Voyez cette ignoble créature. Je l’ai dit et répète qu’il est ma seule distraction ici. Et cet oncle qui n’arrive pas !
Godard vient près de la voiture. Il est laid et il parle laidement. Mais il parle anglais et j’aime cela. Pour les nôtres c’est lui qui m’occupe et je le dis avec affectation.
J’ai rêvé toute la nuit de Girofla.
Il fait très chaud, je suis ennuyée.
Le soir Fiouloulou, d’Audiffret et son oncle sont chez nous. On ne rit pas comme avant. Le petit misérable est convenablement mis, c’est heureux.
Je ne dois rien penser, il a fait la cour à toutes les demoiselles jolies, c’est mon tour, voilà tout.
Je raisonne comme une bête, il ne me fait pas du tout la cour et c’est ce qui m’intrigue. Il est au contraire timide. Jamais avec moi une familiarité comme avec Giroflé.
Je suis habillée comme à la Promenade, c’est-à-dire en ma longue robe blanche, seulement au lieu du corsage blanc j’ai mis la casaque de ma mère dans laquelle on voit mon cou et ma poitrine si blancs que c’est un charme. Je suis triste au fond mais n’en laisse rien paraître. Je fais les cartes à Girofla et à Fiouloulou, puis je leur dis la bonne aventure en examinant les lignes de la main.
Saëtone reste dans la salle à manger avec Marie, Dina et Olga et Audiffer fait des tours d’adresse avec les cartes, Fiouloulou regarde et ma tante reste sans rien dire et sans s’occuper de nous.
S’il est amoureux qu’il le dise car je commence à m’impatienter. Ce qui pourrait me le faire penser c’est justement qu’il ne me fait pas la cour.
Ce soir j’ai récolté deux ou trois compliments mais toujours dits, à moi seule, comme en cachette et, après les avoir dit il est comme effrayé.
En me montrant un tour de cartes il mit sa main sur la mienne mais je lui dis froidement pardon et il se mit à rire, embarrassé.
A table on a parlé d’amoureux, j’ai vanté ceux des anciens temps et pour la première fois j’ai entendu Audiffer dire quelques mots sérieusement car toujours il plaisante et fait rire.
Il a de l’esprit, je n’en ai rien dit jusqu’à présent pour ne pas me tromper.