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Dimanche 12 mars 1882
Je rentre déjeuner et trouve Etienne et ma tante en larmes. Geroges est mort.Voilà qui était presque désiré par tous ceux qu’il a martyrisés en se rendant lui-même si malheureux mais l’effet n’en est pas moins horrible.
Maman et ma tante criaient au martyre et s’accusaient presque de sa mort oubliant qu’il nous avait rendu à tous la vie si pénible. Du reste moi-même je suis restée tellement troublée de cette mort misérable dans une mansarde et sous un faux nom que toutes les choses dites dans des moments d’exaspération me sont revenues à l’esprit comme des crimes.
Pendant une heure je me suis presque reprochée ce que je faisais pour qu’il ne reste pas ouvertement chez nous avec une fille de la rue... Vous savez tout ce que je sais et bien Rosalie vient de me confesser que je ne connais que la centième partie de ce que ces dames ont souffert, tellement on se cachait de moi; vous vous rappelez que je criais très fort pour qu’il ne vienne plus et pour qu’on ne se mêle plus de ses sales affaires... Mais malgré cela maman est toujours aller le délivrer dans les endroits les plus affreux. Mais tout s’efface devant la mort...
Ah ! quelle horrible chose que de se reprocher quelque dureté envers un être mort !... Il me faut me souvenir de tout ce qu’il nous a fait pour m’excuser de ne pas avoir comme maman protégé ss infamies... Et encore j’en arrive à me dire qu’il n’était que fou, malade, mais bon, mais aimant, mais malheureux... Je le vois sous la porte cochère... Il paraît qu’il a pleuré quand on lui a dit que j’étais très malade... Et si malhereux toute sa vie ayant tout pour être un des heureux de ce monde. Saccagé sa vie pour des niaiseries, sali toute sa famille; enfin recevant une grosse fortune de son père et se faisant voler, piller faute d’aller en Russie, de peur d’affronter la police correctionnelle n’ayant jamais commis que des vilenies légères et toujours se cachant comme un criminel... Il faut espérer qu’il en reviendra quelque chose à Dina, il n’a pu tout mangé, loin de là bien qu’on reçoive tous les jours des appels désespérés pour de l’argent, on lui en envoyait continuellement et malgré cela maman crie qu’il est mort de faim peut-être, la tendance exagérative de la famille a Oh que tout cela est triste. Mais cette pauvre Dina... Vous savez que Georges a épousé une veuve plus âgée que lui et que Etienne a épousé la fille de cette veuve, ce qui n’est pas permis en Russie, il a eu un long procès et comme Etienne s’est montré plus remuant, c’est le mariage de Georges, antérieur à celui d’Etienne de dix années qui a été annulé. Voilà les choses qui peuvent arriver en Russie.
Il y avait trois enfants, Dina, Lola et le frère âgé de seize ans, brillant écolier et promettant d’arriver aux plus hautes destinées lorsqu’il a appris qu’il n’avait pas de nom sans nom en Russie est bien autrement affreux qu’ici, il s’est tué.
Vous vous rappelez cette affreuse chose il y a sept ans.
Donc le mariage étant nul, les enfants n’héritent pas à moins que les frères se désistent en leur faveur mais ce cher Alexandre est là... Ah ! que c’est triste. Et moi qui me plains encore quant à côté de moi cette pauvre Dina est si malheureuse sans parler de la fortune même.