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Samedi 11 mars 1882
Paul et sa femme sont partis, nous sommes tous allés jusqu’à Monaco, Savine aussi, il est devenu de la famille, du reste il est le neveu de M. Meineux beau-frère de papa. Pauvre Paul, si encore j’étais sûre qu’il est content de son sort...Elle n’est ni jolie, c’est-à-dire très jolie de profil et se taisant, mais autrement... je n’ai jamais vu une jeune femme si peu soigneuse de sa personne, toujours échevelée avec ses mèches noires et raides sur le front, les ongles noirs bien souvent, les dentelles déchirées et sales, des taches de bougie, et même les vêtements... Enfin elle est sale, elle geint toujours... et avec cela la ferme conviction qu’elle est belle, élégante et ravissante et que Poltava est l’endroit le plus chic de la terre. [C’est encore la provinciale déplorable], j’aimerais mieux la voir plus bête encore mais moins confiante et désirant s’approprier les bonnes façons qu’elle voit mais pas du tout.
C’est surtout ces soupirs éternels, si encore il y avait de quoi soupirer mais vraiment tout le monde est parfait pour elle, dans une famille ou elle est entrée de force, tout le monde est aussi gentil que possible, elle a un mari qu’elle dit qu’elle aime, un enfant, de la fortune... et malgré cela des soupirs... Ce dernier temps c’était l’impatience de revoir le bébé qu’ils ont laissé âgé de six semaines pour aller voyager. Et à Gavronzi pourquoi ces tristesses ? Mais parce que je ne voyais plus mon père, ma sœur... Or je vois à quoi m’en tenir sur les tendresses imaginaires de son papa...
Enfin c’est un type regrettable mais bonne femme... Oui, elle est très bonne, c’est-à-dire oui patiente et douce et... de quatre mois de nouveau, le bébé n’en a que cinq, c’est se presser.