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Mercredi 11 avril 1877
Depuis hier à quatre heures du matin je me suis renouvelée, c’est comme un changement de temps. Je m’habille en chantant très heureuse de tout et nous allons à l’Exposition des Beaux Arts inaugurée il y a quelques jours par le Roi.Zunica se rencontre et nous conduit. Je suis pâle et un grand tableau me rappelant la Piccolellis je deviens nerveuse. J’ai été ridicule en faisant cette espèce de scène de jalousie ! Car enfin de quel droit ? Il fallait bien qu’il y répondît et me remit dans mon bon sens. Oui, c’est cela. Tant mieux ! Je n’ai que moi à accuser. Il m’a rendue honteuse [Mot effacé] repoussant. Tant mieux que ce soit ma faute, je n’aurai rien à lui reprocher. Mais quel malheur qu’il ne m’aime pas. Il a agit bien follement, s’il ne m’avait pas provoquée je n’aurais rien fait. Enfin, laissons cela, c’est très bien expliqué dans ces dernières phrases.
Melissano nous rencontre au Toledo comme nous étions arrêtés, toujours avec Zunica, près d’une boutique.
Marcuard dîne avec nous et puis Doenhoff, on parle des Mirafiore et des Larderel. Marcuard est trop bienfaisant, il noircit Larderel autant que possible en racontant des histoires d’emprunts monstrueux, de tricheries avec des usuriers. Tout le monde sait que Larderel est interdit, qu’il reçoit dix mille par mois et qu’avec le reste on paye ses dettes. Marcuard prétend que non, qu’il ne paye rien du tout, qu’il trompe les usuriers, qu’il a fait un procès à sa mère et qu’il n’a pas le sou.
Fort bien.
- Quand on a deux millions de dettes, dit-il, on s’est fait une réputation quelconque, d’élégance ou d’extravagance, on a eu les plus beaux chevaux, les plus belles maîtresses, et bien Larderel a toujours fait mauvaise figure avec tout cela.
Ce dernier est en partie vrai.
Démollissez-le Marcuard, vous n’y ferez rien, vous resterez toujours un illustre descendant de Guillaume Tell bien rangé, bien propre, bien gentil, amateur de porcelaines etc. etc.
Oui, j’ai été trop vite...
Oh ! s’il m’avait aimée ça ne serait rien...