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Mardi 16 janvier 1877
La lettre que j’ai envoyée à Angelini le jour de mon départ de Rome, était copiée par Katorbinsky et contenait ce qui suit :Io sapessi come mi starabbe bene al piede la scarpa rossa bonbonnière che si trova da Spillman.
Trovi un galantiamo per la prima volta nella tua vita... e mandemelo à San Remo, villa Rocca, Principessa N.E. Non ti pentirai al Carnaval.
Ce matin j’ai enfin reçu la pantoufle, elle est en satin rouge et plus grande que mon pied.
Ensuite vint Emilie, la couturière russe, comme on la nomme à Nice, m’apporter une robe à laquelle elle a été chargée de mettre un volant et me débiter tout ce qui se fait à Nice.
La robe est faite par Laferrière pour le Skating, elle est en matelassé blanc avec une large bande de plumes défrisées représentant une merveilleuse fourrure de neige, posée en châle croisée devant et descendant jusqu’aux pieds. Des manches collantes avec un gros revers de la même plume faisant comme un manchon mignon à chaque poignet. Un chapeau grand posé sur le front avec deux plumes partant du front dessous un nœud, et allant retomber sur les cheveux derrière.
Incontestablement adorable et incontestablement nuisible car plus on me voit plus cela me fait du tort.
C’est-à-dire que ce que j’imagine sur ce qu’on doit dire... Mais que peut-on dire ? demanderez-vous... Est-ce que je sais ! Seulement ce que je sais c’est qu’une jeune fille attirant tous les regards est exposée à toutes les langues dans ma position déplorable.
Il est vrai que sauf les Howard et le consul, tous ils ne nous ont jamais connus et nous ne sommes jamais allés chez eux mais nous avons pour ainsi dire accepté un mépris général, nous ayant retirés [sic] en toute hâte, peut-être était-ce sage, mais aussi cela rend tout démarche impossible à présent.
Alors pourquoi s’habiller ainsi? Parce que je suis trop fière et surtout trop attachée. Parce que si je me mettais pauvrement on inventerait quelque chose de nouveau.
Je vois le désespoir de mes mères avec une rage enchantée, et je...
Dessous mon capuchon de moine je vomis les plus grosses injures, je les traite d’infâmes et je pleure, et pour garder une sorte d’impassibilité vis-à-vis d’elles je tiens mon capuchon rabattu jusqu’au menton.
Que Dieu me pardonne ces injures, Il voit que je ne les dis pas par perversité mais que je les emploie à contrecœur comme un moyen pour arriver à quelque chose en poussant mes mères à agir.
Je suis restée ensuite sans mot dire la tête appuyée sur la table jusqu’à deux heures et demie de la nuit.
En me découvrant le visage je vis que j’étais seule et qu’il faisait sombre. [Trois lignes cancellées]
J’ai traversé le jardin éblouie par un ciel étoilé comme je n’ai jamais vu.
Par habitude j’ai regardé le château. Pas une lumière, de même que le jour jamais personne à la fenêtre. Ceci est pour dire que j’avais raison de m’attribuer les lumières et les apparitions
Le Surprenant n’était pas au Skating mais il y eut Belle-de-jour et Lewin qui vinrent me parler... Maman était avec M. et Mme Zoubaloff et Collignon, puis Bihovetz, ce dernier a lancé dans le monde inspecteur des chiens. On n’appelle pas autrement Belle-de-jour et Broussais le croit un vrai inspecteur de chiens et s’indigne qu’un homme dans une telle position sociale ose faire sa cour aux dames. Walitsky lui a persuadé que le Vautour vendait des chiens.
J’ai peur de tout !
La réalité travaillée par une imagination telle que la mienne prend des proportions colossales et des formes monstrueuses.
J’ai peur de tout !