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Jeudi 7 septembre 1876 (26 août)
Le costume de tous les jours d’une Petite Russienne consiste en une chemise en grosse toile, avec de larges manches bouffantes, brodées de rouge et de bleu, et d’un morceau de drap noir, fabriqué par les paysans, dont on s’enveloppe à partir de la ceinture. Ce fourreau est plus court que la chemise dont on doit voir la broderie du bas. Ce morceau de drap n’est retenu que par une ceinture de laine de couleur.On met un tas de colliers au cou et un ruban autour de la tête. Les cheveux sont tressés en une tresse au bout de laquelle pend un ou plusieurs rubans.
J’ai envoyé acheter un pareil habillement chez des paysans, je m’en habillai et accompagnée de nos jeunes gens je m’en allai par le village. Les paysans ne me reconnaissaient pas, car je n’étais [pas] costumée comme une demoiselle, mais j’étais bel et bien habillée en paysanne, en fille, car les femmes mariées se mettent autrement. Quant à mes pieds, ils étaient chaussés de souliers noirs à talons rouges.
Je saluais tout le monde et, arrivée près du cabaret, nous nous assîmes près de la porte.
Ce fut mon père qui a été surpris... mais enchanté.
- Tout lui va ! s’écria-t-il et nous faisant monter tous quatre dans son chariot d’excursion, il nous promena par les rues. Je riais aux éclats, au grand ébahissement des braves gens qui se demandaient quelle était cette jeune libertine promenée par “le vieux seigneur” et “les jeunes messieurs”.
Rassurez-vous, papa n’est pas vieux.
Un tam-tam chinois, un violon et une boite à musique firent les frais de la soirée. Michel tapait dans le tam-tam, je jouais du violon, (jouais, Seigneur Dieu !) la boîte joua toute seule.
Au lieu de se coucher de bonne heure comme c’est son habitude, l’auteur de mes jours resta jusqu’à minuit avec nous. Si je n’ai pas fait d’autres conquêtes, j’ai fait celle de mon père. Il cherche mon approbation en parlant, il m’écoute avec attention, il me laisse dire ce que je veux de la Tutcheff et me donne raison.
en travers
En voilà un jésuite !
La boite à musique est son cadeau à la Princesse, nous avons tous donné quelque chose, c’est sa fête.
Mon costume me permettait d’être libre et même canaille, j’en profitai.
On tira des fusées, je m’excitais à regarder de près le feu, à cheval on tira sur un canon, entre la calvitie de mon père et la lune du ciel.
Peu à peu, sans rien faire pour cela, je deviens la maîtresse de maison. Les domestiques sont enchantés d’être délivrés “des français”, peu à peu je commande... même le dîner.
Et dire que mon père me faisait peur ! Et dire qu’il me semblait être dans une maison étrangère, et j’avais peur des usages, des heures fixes !
On m’attend comme à Nice et c’est moi qui fixe les heures.
Le tam-tam et le violon donnaient des secousses nerveuses à Pacha, ce qui me faisait rire jusqu’aux larmes, et ma gaieté gagnait tout le monde. Mon père adore la gaieté et il n’y est pas habitué par les siens.
A minuit il me reconduisit jusqu’à l’escalier.
- Un vrai Papa ! s’écria Michel.
- Eh ! hé, mon cher, une fille comme moi mérite des égards.
- Je crois bien, fit mon père, si elle n’était ce qu’elle est je ne m’en ficherais pas, mais je suis un vrai père parce qu’elle est belle et... hum, tout enfin, oui, c’est vrai.
Alexandre de Macédoine, Napoléon premier, l’architecture et les ornements intérieurs, sont des choses qui me donnent des frissons et m’enthousiasment jusqu’aux larmes. C’est pour vous dire qu’enthousiasmée par la lecture d’une poésie sur Napoléon, le grand et le martyr, par notre poète Lermontoff, je lus aussi celles de Pouchkine, et me voilà avec l’idée d’en faire des traductions.
Ah ! le pourrai-je ? J’ai fait des chansons mais c’est bien différent, enfin nous verrons.
C’est bizarre, voilà trois jours et plus que je pense à Cassagnac.
J’ai fait un mauvais rêve quant à maman et les autres. “Le Figaro” ne dit rien du cardinal que je hais, que j’exècre, que je voudrais pulvériser ! C’est qu’il n’est pas mort, il vivra deux ans et six mois. Il sera pape.
Et je ragerai.