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Samedi 15 juillet 1876
C’est ce pauvre Rémy qui écrit cela en me laissant sur la table un gardénia, [la lettre manque]J’ai emmené Mmes de Mouzay et de Mertens chez Laferrière, me voir essayer mes robes.
Il fait chaud à en mourir. Nous avons été au Bois boire du lait puis chez Binder, j’ai cherché à faire comprendre à cet homme qu’il fallait inventer du nouveau. Car chez Caroline je ne fais qu’inventer des façons, et aujourd’hui j’ai essayé une robe si charmante que Caroline a appelé Hortense et lui a ordonné de la reproduire en velours, en laine et en soie, de lancer ce corsage.
rayé[une ligne rayée]
Après déjeuner, je vins trouver Rice sur le balcon et lui racontai l’histoire d’hier. Vigier était là qui écoutait. Ça doit l’intéresser, à cause de sa femme, la célèbre Sophie Cruvelli.
Je commence à me demander si Antonelli va me répondre. Oh ! oui, s’il est à Rome. Mais il n’y a en ce moment personne à Rome. Tout le monde est à la campagne. Voilà un doute importun. Je voulais m’assurer une fois pour toutes et je ne le puis.
J’ai là sa lettre. Qu’avait-il besoin d’écrire s’il n’aimait pas ? Et surtout une pareille lettre, car elle vient du cœur.
D’ailleurs il n’est pas comme les autres, il ne m’a jamais suivie à Rome, il ne m’a jamais dit des fades douceurs, il s’est toujours moqué des gens « qui écrivent des lettres ».
— N’est-ce pas que c’est absurde ? me demandait-il.
— Sans doute, répondais-je.
Est-il à Rome, ou n’est-il pas à Rome ? That is the question.
Chocolat est arrivé ! Ce charmant Noir me manquait... il me rappelle Rome.
Ah ! que je regrette mon journal ! Comme je voudrais relire mon séjour à Rome, le carnaval !
Ne nous consumons pas en élans et en regrets inutiles. Je déteste faire des choses inutiles. Pour moi chaque chose a un but, quand elle n’en a pas, je m’en invente un pour tranquilliser ma conscience. Je me demandais l’autre jour à quoi me servirait mon amitié pour Mme de Mouzay. C’est révoltant ! Bah ? Elle me sert à me donner l’amitié de cette dame. Mais son amitié à quoi me sert-elle ? A cela que Mme de Mouzay dit le plus grand bien de moi, elle me juge telle que je suis, telle que je me montre ; et le bien qu’on dit de vous n’est pas une marchandise à dédaigner. Sans compter que souvent ce qu’on dit en bas est entendu en haut.
C’est ce matin qu’elle a été surprise en m’entendant dire que j’avais de la bonté pour tout le monde en général, par mépris pour le genre humain.
« A man thoroughly great, dit Bulwer en parlant de Rienzi, has a certain contempt for his [illisible] while he aids them. Their [illisible] or their [illisible] are all: their applause, their blame are nothing to him. He walks forth from the circle of birth and habit ; he is deaf to the little motives of the little men... until the dark swallows up the star thirsting for no sound from the earth it illumines, anxioux for no companionship in the path through which it rolls, conscious of its own glory, and contented, therefore, to be alone. »
Est-ce que je n’ai pas dit à peu près la même chose il y a de cela quelques jours, à Nice ? Cap de Diou1 ! Je ne sais donc rien de nouveau ! On a donc tout dit !
Ah ! si je pouvais savoir si Antonelli est à Rome. Cela m’occupe plus que vous le pensez.
Notes
En niçois dans l’original : juron du pays niçois, « tête de Dieu ». ↩