Dimanche 16 juillet 1876

Le soleil brûle, on craint de s’habiller, de toucher quoi que ce soit, tant les objets paraissent chauds.
Chocolat, avec sa livrée chocolat, entre en fonctions. C’est un garçon merveilleux, à Paris il semble déjà comme chez lui.
Quand donc vivrai-je comme j’aime !
Je me suis fait de telles idées de grandeur que partout je me trouve à l’étroit et pauvrement.
Il n’y a que deux hôtels dans les Champs-Elysées que je voudrais avoir. Celui du baron Roger à droite, et l’ancienne ambassade italienne à gauche. Et encore je ne les voudrais avoir qu’en attendant. En attendant quoi ? Je ne sais mais en attendant, car j’attends.
Nous devions aller à Versailles mais la chaleur était accablante, nous nous sommes contentées d’une promenade au Bois. Je pris quelque plaisir de savoir que Chocolat voyait pour la première fois Paris.
Ce petit être vient d’avoir treize ans je lui en croyais dix. Je me forme un domestique pour l’avenir. Je déteste les domestiques qui ont servi ailleurs que chez moi. — « Rien avant, rien après ». Seulement à neuf heures et demie nous nous levions de table. Sur le perron on rencontre le baron de Mertens et sa femme, qui sont là avec une Mme Square, et un monsieur que j’ai vu partout. On nous le présente : M. Marx. Cet être voulait me persuader que je ne continuerais ni le chant ni la peinture, que je finirais comme toutes les jeunes filles du monde. Et je lui répondais que je voulais dans dix ans être couronnée au Capitole.
Comme il fait chaud !
Quand je pense au bonheur de Mlle Kechko, princesse de Serbie, tous les mauvais instincts se réveillent en moi, c’est-à-dire l’envie ! Cette fille si misérable, si commune avec ses joues rouges et son gros nez moldave ! Elle est belle, mais c’est une beauté que je voudrais avoir pour femme suivante, habillée d’un costume bizarre, une femme pour me chausser et pour me rafraîchir avec un grand éventail. Et la voilà reine, et reine dans un moment de trouble, c’est-à-dire dans un moment inappréciable pour les ambitieux. Certes sa place est marquée dans l’histoire.
Et moi ! ! !