Lundi 21 juin 1875

J’ai reçu la caisse de Worth. C’est une charmante robe de mousseline de laine blanc-jaune, drapée devant comme une robe de statue; à longue traîne et, çà et là, des nœuds rose tendre d’une forme exquise.
Je suis impatiente de sortir. Je renvoie Brunet une demi-heure plus tôt.
Enfin nous sortons, moi et ma tante, Audiffret est devant le bain.
Ma tante fait aller au port et nous ne venons au bain qu’après une demi-heure de promenade. Il y entre derrière nous. Il est pâle et triste.
Marie et Olga nous viennent rejoindre. Elles ont des manières déplorables. Olga racontait je ne sais plus quelle chose avec tant de gestes et en des termes si peu choisis que nous nous sommes regardés en souriant, moi et Audiffer. Saëtone est là. Il part ce soir, il me parle toujours. Si tu crois que tu m’amuses, vieux chien !
Girofla est bien pâle, pas jaune, il ne le sera jamais parce qu’il a un joli teint et qu’il se porte bien, mais, en comparaison de ses couleurs d’autrefois, il est pâle. Il a l’air malheureux et il me fait tant de peine que je rentre toute pensive intérieurement. Je dis intérieurement parce que je ris et parle haut. Je me coiffe et m’habille avec un certain soin pour le dîner et le soir tout le monde vient me voir sur ma terrasse.
Cette pauvre terrasse a l’air d’un omnibus. Elle n’est bonne que pour deux ou trois personnes, et ce soir elle contient nous tous et les Sapogenikoff.
Ce vilain Russe Smirnoff est ici, il fait un feu d’artifice au jardin mais je rentre chez moi et regarde à peine par la fenêtre. Le superbe Saëtone a passé devant nous, devant la terrasse à neuf heures du soir dans la diligence qui sort tous les soirs pour Puget-Théniers. Il y restera quelques jours.
Je suis rêveuse, le matin au lieu d’étudier je composai tout un roman sur le duc, assise dans mon fauteuil dans le cabinet d’étude.
Je suis impatiente de dormir, pour me lever demain, sauter par-dessus la journée, et aller à la musique pour voir Audiffer. Il a parlé d’aller à Milan pour huit jours.
On a été froid avec lui, pas moi, ma tante. Je suis comme toujours, non, moi aussi.
Il m’intéresse, il est très gentil.