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Friday, 16 May 1884
Vendredi 16 mai 1884
We go to the Salon.
Nous allons au Salon.
A fair number of acquaintances. Bertier, with whom we exchange predictions about the medal. Ducros. The Faleyeffs — they bore me — and so on.
Pas mal de connaissances. Bertier avec lequel nous échangeons des prédictions de médaille. Ducros. Les Faleyeff, ils m’embêtent, etc. etc.
Mme Abbema tells me that her brother-in-law M. Paul Mantz (of Le Temps, you know) thinks I have great talent. A little later we meet a paintress1 named Mlle Arosa whom Maman has seen at Abbema’s; she is with a lady who gets herself introduced in order to say that she is the daughter of M. Paul Mantz, and so forth. It seems rather foolish to go on repeating all the flattering things here. When they are merely society people I never mention it, since politeness requires these compliments.
Mme Abbema qui me dit que son beau-frère M. Paul Mantz (du Temps, vous savez bien) me trouve beaucoup de talent. Un peu plus tard nous rencontrons une peintresse [sic] nommée Mlle Arosa que maman a vue chez Abbema, elle est avec une dame qui se fait présenter pour dire qu’elle est la fille de M. Paul Mantz etc. etc. Ça me paraît un peu bête de répéter ici toutes les choses flatteuses. Quand ce sont simplement des gens du monde je n’en parle jamais, car la politesse exige ces compliments.
But Abbema and Paul Mantz’s daughter, in telling me what this great critic thinks of me, insist on making me understand what an enormous thing it is to have the opinion of a man like him.
Mais Abbema et la fille de Paul Mantz en me disant ce que ce grand critique pense de moi insistent pour bien me faire comprendre quelle chose énorme est l’opinion d’un monsieur comme lui.
There has apparently already been an article in Le Temps. And I have already received twenty-two or twenty-three cuttings from various newspapers.
Il y a eu déjà paraît-il un article dans « Le Temps ». Et j’ai déjà reçu vingt-deux ou vingt-trois extraits de divers journaux.
We also meet the Clovis Hugues. He looks very unhappy. It is that dreadful affair from a few months ago.
Nous rencontrons aussi les Clovis Hugues. Lui a l’air très malheureux. C’est cette affreuse affaire d’il y a quelques mois.
You know that an agency and several newspapers said that Mme Hugues, before her marriage, had had a liaison. It was false — it was proved so. Everyone sided with Hugues, but something always remains from these slanders, and who knows — perhaps even a suspicion lodged at the bottom of the husband’s heart.
Vous savez qu’une agence et des journaux ont dit que Mme Hugues avant de se marier avait eu une histoire. C’était faux on l’a prouvé. Tout le monde a pris parti pour Hugues, mais il reste toujours quelque chose de ces saletés et qui sait peut-être même un soupçon au fond du cœur du mari.
We are to go tomorrow to a celebration they are giving in honour of Mistral. I had Emile Bastien invited several days ago already.
Nous devons aller demain à une fête qu’ils donnent demain en l’honneur de Mistral. J’ai fait inviter Emile Bastien il y a quelques jours déjà.
I wrote to him this morning asking him to tell me exactly the state of Jules’s illness. There is, apparently, at Sonmy in Russia a woman who cures diseases of the stomach, and the doctors of Kharkov have even given her a diploma permitting her to practise medicine. She is said to work miracles. Why not try?
Je lui ai écrit ce matin pour qu’il me dise exactement comment Jules est malade. Il y a paraît-il à Sonmy (Russie) une femme qui guérit les maladies de l’estomac et les médecins de Kharkoff lui ont même donné un diplôme pour qu’elle ait le droit d’exercer la médecine. Elle fait dit-on des miracles. Pourquoi pas essayer ?
If it is cancer... the great doctors can do nothing. And yet — thirty-five, a man of genius, and to die! It would be monstrous.
Si c’est un cancer... Les grands docteurs n’y feront rien. Et pourtant trente-cinq ans, du génie et mourir ! Ce serait monstrueux.
Mme Mackay certainly has something to do with it.
La Mackay y est bien pour quelque chose.
As for me... I make myself laugh. My painting is looked at a great deal, and I am looked at a great deal. Some people know who I am. This beginning of... And in Paris it is a pleasure.
Moi... je me fais rire. On regarde beaucoup mon tableau et on me regarde beaucoup. Il y en a qui savent qui je suis. Ce commencement de... Et à Paris fait plaisir.
I was wearing grey for the first time — a very dark grey wool dress, very simple and very smart. A black straw hat in the Watteau style.
J’avais mis pour la première fois du gris. Une robe de laine grise très foncée, très simple et très chic. Un chapeau de paille noire genre Watteau.
And what dreams! To take Bastien-Lepage to Russia and cure him! Once cured he falls in love with me, and I would love him only as a mother would. Since he has been so ill every prick of wounded vanity has vanished; I no longer think about how indifferent he was towards me, and I regard him as a very dear friend. I am no longer in awe of him, and there is a kind of pleasure in that — imagine an emperor whom one greeted from afar with humiliating deference, who falls into a ravine, breaks both legs, and whom one is free to go and help.
Et des rêves ! Emmener Bastien-Lepage en Russie le guérir ! Une fois guéri il devient amoureux de moi et moi je ne l’aimerai que comme une mère. Depuis qu’il est si malade toute pique d’amour-propre a disparu, je ne pense plus qu’il s’est montré assez calme à mon égard et je le considère comme un ami bien cher. Je ne le crains plus et il y a là une espèce de plaisir; supposez un empereur qu’on saluait de loin avec une humiliante réserve, qui tombe dans un ravin, se casse les jambes et qu’on peut aller secourir.
Poor dear — would I kill Coco to save him? Yes. But would I, by any chance, kill Coco for anyone else — for Engelhardt, for Missak? Well... I don’t know — no — I would scream and run away with my eyes shut and my ears stopped. But for Bastien I would do it myself.
Pauvre petit, voyons est-ce que pour le sauver je tuerais Coco ? Oui. Mais est-ce par hasard je ne tuerais pas Coco pour n’importe qui, pour Engelhardt, pour Missak ? Eh bien... Je ne sais pas, non, je crierais et je m’enfuirais en fermant les yeux et en me bouchant les oreilles. Mais pour Bastien je le tuerais moi-même.
And for Dina, for my aunt, for Maman, for Paul... even for whom else? No — definitely not for Engelhardt, not for Missak — oh! no. Unless their mothers cried out, and then I tell you I would run away leaving it to happen — no, taking Coco with me.
Et pour Dina et pour ma tante et pour maman et pour Paul... même pour qui encore ? Non décidément ni pour Engelhardt ni pour Missak, oh ! Non. A moins que leurs mères poussent des cris et alors je vous dis que je m’enfuierais laissant faire, non en emportant Coco.
You see, a sacrifice can be made in two ways — for one’s own pleasure, or for something great and just. For Bastien, it would be for my pleasure at the same time as for something great and just.
Voyez-vous on peut faire un sacrifice de deux façons, pour son plaisir ou bien pour quelque chose de grand, de juste. Bastien, ce serait pour mon plaisir en même temps que pour quelque chose de grand et de juste.
Poor Coco. If you knew how sweet he is. He is smaller than a poodle — white with black patches, black head with a white tip. Long, uneven fur, neither curly nor flat; sometimes he loses half of it and looks wretched. His tail is like a plume. Beautiful eyes. He is not handsome, but so pampered, so sweet, and always looking either bewildered or very sad — except when I come home; even if I were to come home four times a day, there is ten minutes of delirium: he cries until I speak to him.
Pauvre Coco. Si vous saviez comme il est gentil. Il est plus petit qu’un caniche, blanc avec des taches noires, la tête noire avec le bout blanc. Un long poil irrégulier, ni frisé, ni plat, parfois il en perd la moitié et a l’air misérable. La queue est comme un plumet. De beaux yeux. Enfin il n’est pas beau mais si gâté, si gentil et toujours un air confus ou très triste excepté quand je rentre alors, quand même je rentrerais quatre fois par jour, c’est du délire pendant dix minutes, il crie jusqu’à ce que je lui parle.
When Rosalie puts on my shoes, he sits on Rosalie’s back.
Quand Rosalie me chausse, il est assis sur le dos de Rosalie.
Then he retreats under the dressing table and does not emerge until I am ready to go downstairs — it is quite settled.
Puis il rentre sous la toilette et ne sort que lorsque je suis prête à descendre; c’est réglé.
He understands when I say: sit down — go under there — explain yourself! He explains himself by throwing himself into my arms. And when I say: what have you done? He hides his head under my skirt, or in my bodice if my dress is loose-fitting. And if I say: you are not going, he fidgets and implores me, then Maman, then everyone in turn.
Il comprend quand je dis: assez-vous, allez là-dessous... -expliquez-vous ! - Il s’explique en se jetant dans mes bras. Et quand je dis: qu’avez-vous fait ? Il se cache la tête sous ma robe ou dans mon corsage si j’ai un vêtement large, enfin, si je dis: tu n’iras pas, il s’agite et supplie tour à tour moi, maman, tout le monde.
He gives his paw, and when I say: paws on the shoulder, he places them on my shoulder.
Il donne les pattes et quand je dis: les pattes sur l’épaule, il les met sur mon épaule.
Only the words go away are poorly understood. The more I say go away, the more he presses himself against me — climbs onto my lap, puts his head on my arm or in the crook of my neck, as if to protect himself from some terrible fate. He has a very lively imagination. I hold him by the paws and slap the floor with all my strength right beside him, and he screams blue murder. I have made him as supple as a clown from playing with him since his tenderest infancy — for, as you know, he was born here from Pincio, who brought him into the world in a hat from Virot’s. I roll him into a ball, take him by the tail and spin him round on the floor, and he is delighted. He is a unique dog. he loves me with
Seulement le mot: va-t-en est mal compris. Plus je dis va-t-en, plus il se presse contre moi, il me monte sur les genoux, se met la tête sur le bras ou dans le cou comme pour se garantir de choses épouvantables. Il a une imagination très vive. Je le tiens par les pattes et frappe de toutes mes forces à côté de lui et il crie comme un perdu. Je l’ai rendu souple comme un clown à force de jouer avec lui depuis sa plus tendre enfance. Car vous savez qu’il est né ici de Pincio qui l’a mis au monde dans un chapeau de chez Virot. je le roule en boule, je le prends par la queue et le fait tourner par terre et il est ravi. C’est un chien unique. il m’aime de
And I would kill him to cure Bastien.
Et je le tuerais pour guérir Bastien.
Notes
Marie’s word: peintresse [sic]. ↩