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Friday, 13 July 1883
Accounts to settle with myself. A need to plunge back into the bosom of something — anything at all — or rather, no.Vendredi 13 juillet 1883 Des comptes à régler avec moi. Besoin de se replonger dans le sein de n’importe quoi, c’est-à-dire non.
To collect myself. Write letters to Russia. Paul and his wife are behaving like swine toward Maman, and I write Paul five pages of abuse — perfectly merited. I am so revolted by Paul’s ingratitude and his ignoble wife’s that I tremble as I write. Dirty scoundrel, go on!
Me recueillir. Ecrire des lettres en Russie. Paul et sa femme se conduisant comme des cochons avec maman et j’écris à Paul cinq pages d’injures parfaitement méritées. Je suis si révoltée de l’ingratitude de Paul et de son ignoble femme que je tremble en lui écrivant. Sale individu, va !
So the afternoon will be devoted to taking stock of the nothings that... do not occupy me. The void. The Void. And in that void, trivialities swell to idiotic proportions.
Donc l’après-midi va être consacrée à me rendre compte des riens qui...ne m’occupent pas. Le vide. Le Vide. Et dans ce vide les futilités prennent des proportions bêtes.
Am I given to romantic fancies? In the ridiculous sense of the word? Or am I truly above the common run, since my feelings accord only with what is most elevated and pure in literature — and Balzac admits that writers deck themselves in it like make-up? Then???
Serais-je romanesque ? Dans le sens ridicule du mot ? Ou bien serais-je vraiment au-dessus du commun car mes sentiments ne s’accordent, qu’avec ce qu’il y a de plus élevé et de plus pur dans la littérature, et Balzac avoue que les écrivains s’en parent comme d’un fard ? Alors ???
In short... And Love?
Enfin... Et l’Amour ?
What is it? I have never felt it — those passing, vain infatuations do not count.
Qu’est-ce que c’est ? Je ne l’ai jamais éprouvé car ces entraînements passagers, vaniteux, ne comptent pas.
I preferred certain people because my imagination requires an object; they were thus preferred because it was a need of my “great soul,” not because they imposed themselves.
J’ai préféré des gens parce qu’il faut un objet à mon imagination, ils étaient donc préférés parce que c’était un besoin de ma « grande âme » et non pas parce qu’ils s’imposaient.
That is the whole difference. It is enormous. Example: I need a hat and go looking for one. Or I pass by and go mad over a head-dress and want it at any price... As for physical love — I should be very curious to know it, and I believe it must contribute to establishing the balance of one’s existence. But—
Voilà toute la différence. Elle est énorme. Exemple: J’ai besoin d’un chapeau et je vais en chercher un. Ou bien je passe et deviens folle d’une coiffure et veux l’avoir à tout prix... Pour ce qui est de l’Amour physique je serais très curieuse de le connaître et je crois même que cela doit contribuer à établir l’equilibre d’une existence. Mais-
Mme Presseq replies to a polite note from me with a billet that ends: “and I assure you that no one in the world has more sympathy for you than your devoted etc.” This means she believes in a shared misfortune. She thinks me the victim of her great Paul. That too is rather stupid — for the past few days he has been making a great noise, an ultra-scandalous incident in the Chamber and articles in which he converts himself to some Orleanist compromise. It is absurd and leaves me entirely cold. And that mad Presseq imagines I am stirred by this uproar, which leaves me as cold as the hearthstone on which Coco stretches out during the great heat.
Mme Presseq répond à un mot de politesse de moi, par un billet qui se termine ainsi: « et je vous asure que nulle au monde n’a pour vous plus de sympathie que votre bien dévouée etc. » Ça signifie qu’elle croit à une infortune commune. Elle me croit victime de son grand Paul. C’est encore assez bête, depuis quelques jours il fait beaucoup parler de lui, un incident ultra-tapageur à la Chambre et des articles où il se convertit à un pis-aller orléaniste. C’est absurde et ne m’empoigne pas du tout. Et cette folle Presseq qui me croit probablement remuée par ce tapage qui me laisse aussi froide que la plaque de la cheminée ou se couche Coco pendant les grandes chaleurs.
Without transition, let us pass to Art. I do not see where I am going in painting. I follow Bastien-Lepage and it is deplorable. One always lags behind. One is never great until one has discovered a new path — one’s own nature, one’s own means of rendering particular impressions.
Sans transition passons à l’Art. Je ne vois pas ou je vais en peinture. Je suis Bastien-Lepage et c’est déplorable. On reste toujours en arrière. On n’est jamais grand tant qu’on n’a pas découvert une voie nouvelle, sa propre nature, le moyen de rendre des impressions particulières.
My art does not exist. I glimpse it a little in the Holy Women... and even then? In sculpture it is different. But in painting... I imitate Bastien-Lepage, and it is such a shame that I turn red when I think of it. In the Holy Women I imitate no one, and I believe in a great effect — for I want to put great sincerity into the material execution, and all the emotion I feel on that subject. And since along with that I shall not commit faults of drawing, arrangement, or costume... For emotionally-driven painters generally cannot draw, and dress their Madonnas in Louis XV style or 1883.
Mon art n’existe pas. Je l’entrevois un peu dans les Saintes femmes... et encore ? En sculpture c’est différent. Mais en peinture... J’imite Bastien-Lepage et c’est une si grande honte que je deviens rouge quand j’y pense. Dans les Saintes femmes je n’imite personne et je crois à un grand effet car je veux mettre une grande sincérité dans l’exécution matérielle et puis toute l’émotion que j’éprouve à ce sujet. Et comme avec cela je ne ferai pas de fautes de dessin, ni d’arrangement, ni de costume... Car les peintres émus ne savent généralement pas dessiner et habillent les madones en Louis XV ou en 1883.
The urchins make one think of Bastien-Lepage, though I took the subject from the street and it is a very common, very true, very everyday subject. And... Besides, that painter always gives me some indefinable unease. The newspapers have set us at odds, and then I have praised his work so extravagantly that he thinks himself rather my sovereign — and I seethe at the idea that he believes I imitate him servilely, and see no further. He has reasons to think so, alas. Moreover I feel he has an antipathy toward me; I feel myself before him as a base creature before one who has seen through its baseness.
Les gamins font penser à Bastien-Lepage bien que j’ai pris le sujet dans le rue et que c’est un sujet très commun, très vrai, très journalier. Et... Du reste ce peintre me cause toujours je ne sais quel malaise. Les journaux ont fait que nous sommes en défiance et puis j’ai tellement dit mon admiration pour lui qu’il se croit un peu mon souverain et je bous à l’idée qu’il croit que je l’imite servilement et ne vois pas au delà. Et il a des raisons pour le croire hélas. En outre je sens qu’il a de l’antipathie pour moi, je me sens vis-à-vis de lui comme un être vil vis-à-vis de celui qui aurait pénétré sa vilenie.
For I feel he does not like me. And such things afflict me coming from anyone. But from this moment I resolve to pay it no more attention — in words above all — and I shall even say everywhere that we know mainly the brother.
C’est que je sens qu’il ne m’aime pas. Et ces choses-là m’affligent venant de n’importe qui. Mais je prends dès cet instant la résolution de ne plus du tout m’en occuper, en paroles surtout, et je dirai même partout que nous connaissons surtout le frère.
No matter — he will not believe it; just yesterday his brother came in and there lying open on the piano was the photograph of Love in the Village, a studio parody Jules sent me: two young people posing, surrounded by lettuce. Quite funny. He went right through to greet the Maréchale and ran into the photograph of Sarah Bernhardt’s portrait.
C’est égal, il ne croira pas, encore hier son frère entre et devant lui sur le piano s’étale la photographie de l’Amour au village, une charge d’atelier que Jules m’a envoyée. Deux jeunes gens ont posé et entourés de salade. C’est assez drôle. Il pénétré jusqu’au fond pour saluer la maréchale et se heurte contre la photographie du portrait de Sarah Bernhardt.
A little more and he would have found the English pamphlet with the biography and portrait of his brother. I shall have to work hard to make people believe that is all over.
Encore un peu et il découvrait la brochure anglaise avec la biographie et le portrait de son frère. J’aurai fort à faire pour qu’on croit que c’est passé.
I have just had a visit from M. Carriès, the famous sculptor of the other day. He did not bring his busts; I was alone, but I received him because he lives very far away and a cab is an expense... And then to the studio. There, by chance, are my five clay sketches — he is astonished. “You were born to sculpt.” He looks at everything with great naturalness, saying aloud what pleases or displeases him. What pleases dominates — his admiration and astonishment have such a sincere air that I am very pleased. It puts us so entirely at ease that most naturally in the world I play him the mandoline; he had heard me playing on arrival and asked what the instrument was. This visit delights me! A sincere compliment is worth forty-nine thousand social admirations.
Je viens d’avoir la visite de M. Carriès, le fameux scultpeur de l’autre jour. Il n’apportait pas ses bustes, j’étais seule mais je l’ai reçu parce qu’il demeure très loin et c’est une dépense de fiacre... Et puis dans l’atelier. J’ai là justement mes cinq esquisses en terre, il en reste très étonné. Vous êtes née pour faire de la sculpture. Il regarde tout avec une naïveté très grande disant tout haut ce qui lui plaît ou ce qui lui déplaît. Ce qui lui plaît domine, son admiration et son étonnement ont un air si sincère que je suis très contente. Cela nous met tellement à l’aise que le plus naturellement du monde je lui joue de la mandoline, il m’avait entendue jouer en arrivant et m’a demandé quel était l’instrument. Cette visite m’épanouit ! Un compliment sincère vaut quarante-neuf mille admirations de société.
The architect asserts, affirms, swears that his brother holds my abilities in very high esteem. That is not possible — or else it is mere indulgence... I believe myself now a genius and now a nothing. That is to say: I believe I am going to have talent, but I despair of the present result.
L’architecte assure, affirme, jure que son frère a mes capacités en très haute estime. Ce n’est pas possible ou bien c’est de l’indulgence... Je me crois tantôt un génie et tantôt un rien. C’est-à-dire que je crois que je vais avoir du talent mais je suis désespérée du résultat actuel..
The Engelhardts and Mme Bogdanoff to dinner. Yesterday it was Bojidar and Dusautoy. Always more or less the same thing.
Les Engelhardt et Mme Bogdanoff à dîner. Hier c’était Bojidar et Dusautoy. Toujours à peu près la même chose.
The article in the Novoye Vremya has been reprinted in all the Russian newspapers, and the reverberations are great. The Maréchale said she would have Wolff brought to me by Francesqui!
L’article du « Nouveau Temps » est réimprimé dans tous les journaux russes et voilà un grand retentissement. La maréchale a dit qu’elle me ferait amener Wolff par Francesqui !