Sunday, 4 July 1880
Dimanche 4 juillet 1880
J'ai envoye hier a Soutzo la dissertation copiee par un ecrivain public. Mais je puis bien le dire c'est uniquement pour moi, il ne comprendra pas et je ne jouirai que du plaisir d'avoir fait un chef-d'oeuvre. En voila un etre nul et qui n'a pas plus laisse de trace que je ne sais quoi. Pourtant je suis mecontente d'avoir ete maternelle et d'avoir permis qu'en proie a tous ses sots desespoirs, il mit sa tete si ordinaire sur mon epaule.
La petite Miranda vient me voir et nous l'emmenons au Bois et apres vers sept heures chez les Gavini mais cela m'assomme. Mais j'ai besoin de billets pour la Chambre demain.
Je fais un petit portrait de Wodzinski. C'est un brave garcon et il est amoureux de Mlle Konchine qui est en Russie depuis quelques jours avec toute la famille. J'ai facilement decouvert le sentiment par mille choses presque insaisissables et comme je le lui raconte en plaisantant doucement, il se devoile encore plus et prend quelque confiance en moi. Il a trente-deux ans mais est comme un enfant en m'entendant lui raconter et qu'il n'a pas eu besoin de dire. Mais il parait que les parents ne veulent pas, pourtant je crois que les jeunes gens sont d'accord et je lui predis que cela se fera. Il faut voir alors l'air heureux, le rire fane, la rougeur, pourtant il n'est ni enfant ni bete. On admire beaucoup sa beaute, il est beau en effet.
Il est toujours fourre chez les Konchine, aussi on le plaisante beaucoup sur cet amour mais cela ne serait encore rien; ou on voit qu'il est amoureux c'est dans tout ce qu'il dit, quand meme il parle d'autre chose. Et puis ce plaisir enfantin et irresistible qu'on a a parler de l'Objet ou de ce qui le touche.