Thursday, 1 July 1880
Jeudi 1er juillet 1880
Mademoiselle Marie del Sarte, celle qui m'a donne les premieres lecons de sculpture, et sa soeur ont dine ce soir avec nous. En payant pour les lecons, j'ai donne une petite bague a la demoiselle, je lui devais bien cela, elle a compte vingt francs pour quatre lecons. J'avais honte de lui donner une somme si minime. Ce sont deux adorables filles, je crois qu'elles voient du monde bien, leur pere a ete une celebrite, le professeur de chant Real del Sarte.
L'ainee a trente-deux ans, tres grande, assez forte, brune aux yeux admirables et au teint eclatant mais un air de modestie et de devotion lui enleve le brillant que sa beaute devrait avoir. Magdeleine a vingt-sept ans, on lui en donnerait vingt-deux. Adorablement blonde aux cheveux qui tombent jusqu'aux genoux. Des yeux noirs, un front pur, un teint delicieux, frais et adouci par des tons gris. Un nez altier et ces cheveux d'un blond cendre tout a fait remarquable. Toutes les deux bien elevees, charmantes, bonnes filles. J'ai passe une bonne soiree. Quelles ravissantes natures honnetes, elles m'ont raconte de Julian des traits de bonte et de generosite qui ne devraient pas surprendre chez un homme aussi fin et ayant un esprit aussi delicat. C'est egal, c'est une bonne note pour le R. P. Julian. Je leur ai donne des billets pour la Chambre hier.
Elles connaissent les Audiffret et m'ont fait bouillir en disant que Mme Audiffret a enormement de relations et va beaucoup dans le monde. Il n'y a que moi d'enfermee, je sais. Cela changerait maintenant qu'il serait trop tard, comme jeune fille, je ne puis plus rien. [Noircie : une demie ligne]