❦
Monday, 7 October 1878
Lundi, 7 octobre 1878
I paint in the mornings and draw in the afternoons.
Je peins le matin et dessine l’après-midi.
If I am writing this evening it is because I have found in Balzac a M. d’Arthez who: Though he had reached the serious age of a man at thirty-eight, he retained a flower of youth due to a sober life, etc., and like all men of study, like statesmen, he had attained a reasonable embonpoint... dark eyes, thick dark hair... She had then at last encountered that superior man whom all women desire — if only to play with that power to which she would consent to submit, if only for the pleasure of mastering it; she found at last the greatness of intelligence united to the naïvety of heart, etc. — and then she saw, by unheard-of good fortune, all these riches contained in a form that pleased her... To that noble simplicity that adorned his imperial head, d’Arthez joined a naïve expression, the naturalness of children, and a touching benevolence.1
Si j’écris ce soir c’est que j’ai trouvé dans Balzac un M. d’Arthez qui : Quoiqu’il arrivât à l’âge grave de l’homme à trente-huit ans, il conservait une fleur de jeunesse due à la vie sobre etc. et comme tous les gens de cabinet, comme les hommes d’Etat, il atteignait à un embonpoint raisonnable... aux yeux noirs, à la chevelure épaisse et brune... Elle avait donc enfin rencontré cet homme supérieur que toutes les femmes désirent, ne fut-ce que pour le jouer cette puissance à laquelle elle consentirait à obéir, ne fut-ce que pour avoir le plaisir de la maîtriser; elle trouvait enfin les grandeurs de l’intelligence unies à la naïveté du cœur, etc. puis elle voyait, par un bonheur inouï, toutes ces richesses contenues dans une forme qui lui plaisait.... A cette noble simplicité qui décorait sa tète impériale, d’Arthez joignait une expression naïve, le naturel des enfants, et une bienveillance touchante.
How I should like to know what Balzac would say about... the Deceased.
Que je voudrais donc savoir ce que dirait Balzac de... du Défunt.
Without elegance, without wit, without skill, with commonplace words I demolish and vulgarise people. Upon my word! It is always easy to find the wretched side of a man — at bottom, at least the ordinary side, which one then further vulgarises and debases. One listens to the gossip of a human veterinarian; one sees no one; one forms false ideas from barely perceptible data... It is as if one wished to paint a portrait from a small photograph.
Sans élégance, sans esprit, sans adresse, par des mots communs je démolis et vulgarise les gens; Pardieu ! Il est toujours facile de trouver le côté misérable d’un homme, au fond au moins le côté ordinaire qu’on vulgarise encore, qu’on avilit. On écoute les on-dit d’un vétérinaire humain, on ne voit personne, on se fait des idées fausses d’après des données à peine perceptibles... C’est comme si on voulait peindre un portrait d’après une petite photographie.
Everything I can say lies within the domain of conjecture — and that is truly wretched. Do you know why I express myself so badly? Because I am afraid to write words as they come to me — they seem to me either too tender, or too serious, or — in short, through a stupid false shame, I seek to write like M. de Villemessant’s Figaro, in that bantering tone which, fearing mockery, forestalls it.
Tout ce que je puis dire ne sort pas du domaine des conjectures or,., c’est bien misérable. Savez-vous pourquoi je m’exprime si mal ? C’est parce que je crains d’écrire les mots tels qu’ils me viennent, ils me semblent ou trop doux, ou trop sérieux, ou bref, par une fausse honte stupide je cherche à parler comme le Figaro de M. de Villemessant, de ce ton badin qui les craignant, prévient toute moquerie.
The fools will tell themselves I intend to go on writing like Balzac — no. But do you know what permits him to be so admirable? He pours onto paper everything he conceives in his mind, quite naturally, without fear, without affectation. (Almost all intelligent people have thought what he knew how to describe — but who has been able to express it as he does?) That faculty given to another mind would certainly have produced nothing similar — but suppose Balzac writing the same things the way other writers do.
Les bêtes vont se dire que j’ai l’intention de continuer Balzac, non;mais savez-vous ce qui lui permet d’être si admirable ? C’est qu’il verse sur le papier tout ce qu’il conçoit dans son esprit, tout naturellement sans crainte, sans affectation. (Presque toutes les personnes intelligentes ont pensé ce qu’il a su décrire mais qui a pu l’exprimer comme lui ?) Cette faculté donnée à un autre esprit n’eut certainement produit rien de semblable, mais supposez Balzac écrivant les mêmes choses comme les autres écrivains.
To be complete I must praise or criticise antediluvian things.
Pour être complète il faut que je fasse l’éloge ou la critique de choses antédiluviennes.
No — not quite all people have thought thus, but in reading Balzac they were so struck by his truth, his naturalness, that they believed they had thought it themselves! But in my own case it has happened a hundred times, in speaking or thinking of something, that I was horribly tormented by ideas I could feel there — yet lacked the strength to write to disentangle and extract from the appalling chaos of my mind. I too have another pretension: when I say something good, a fine very fine observation, an expression like the one just now about “permitting” — it seems to me that no one will understand.
Non, presque, toutes les personnes n’ont pas pensé ainsi, mais en lisant Balzac elles ont été tellement saisies du côté vrai, du côté nature, qu’elles ont cru l’avoir pensé ! Mais moi il m’est arrivé cent fois en parlant ou pensant à une chose d’être horriblement tourmentée par des idées que je sentais là et que je n’avais pas la force d’écrire de débrouiller et de retirer de l’épouvantable chaos de ma tête. Moi j’ai aussi une autre prétention, c’est lorsque je dis quelque chose de bien, une observation fin très fine, une expression comme le permet de tout à l’heure, il me semble qu’on ne comprendra pas.
Perhaps they truly will not understand as I mean it.
Peut-être vraiment ne comprendra-t-on pas comme je l’entends.
Good night, good people.
Bonsoir bonnes gens.
Robert-Fleury and Julian are building a whole edifice upon me. They are grooming me like a horse that might win the Grand Prix. Julian keeps gesturing that it will spoil me — but I assured him that it encourages me enormously, which is the truth.
Robert-Fleury et Julian bâtissent sur ma tête tout un édifice. Ils me soignent comme un cheval qui peut gagner le grand prix. Julian n’a que des gestes disant que cela me gâtera, mais je lai assuré que cela m’encourage énormément, ce qui est la vérité.
Notes
The passage quoted is from Balzac’s Les Secrets de la princesse de Cadignan (1839). Daniel d’Arthez is the idealised intellectual hero of the Comédie humaine — brilliant, pure-hearted, and nobly simple. ↩