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Thursday, 15 August 1878
Jeudi, 15 août 1878
I am a Christian — alas!
Je suis chrétienne hélas !
I have done what I intended: I met Schwarz and accosted him. “Monsieur,” said I, “yesterday a disagreeable misunderstanding occurred; M. Dourassoff wished to introduce you, thinking it for the best; you did not wish it. And I have come to tell you that had M. Dourassoff consulted me, I would not have wished it either. We make acquaintances among Russians — but with foreigners it is different. I have not the slightest desire to make your acquaintance. And when you next address a lady, I advise you to remove your hat.”
J’ai fait ce que je voulais, j’ai rencontré Schwarz et je l’ai accosté. Monsieur, lui dis-je, hier il est arrivé un désagréable malentendu; M. Dourassoff a voulu vous présenter croyant bien faire; vous ne l’avez pas voulu. Et je viens vous dire que si M. Dourassoff m’avait consultée c’est moi qui n’aurait pas voulu. Nous faisons connaissance entre Russes mais quant aux étrangers c’est différent. Je n’ai pas la moindre envie de faire votre connaissance. Et quand vous parlerez une autre fois à une dame, je vous conseille d’ôter votre chapeau.
He looked utterly furious — those ugly short-sighted eyes that seem so beautiful behind blue lenses, I saw them plainly now, and those thin cheeks and that sickly complexion. Several times he interrupted to say it was M. Dourassoff’s fault, that “among us it is not the custom either,” that he did not wish to disturb us, etc.1
Il avait l’air tout à fait en colère, ces vilains yeux myopes qui paraissent si beaux sous des verres bleus, je les ai bien vus et ces joues maigres et cette peau maladive. Plusieurs fois il a interrompu pour dire que c’est la faute de M. Dourassoff que « chez nous non plus ce n’est pas l’usage », qu’il ne voulait pas nous déranger etc.
Then, while I was taking tea with the others, they called Dourassoff over and told him in crude terms that if I directed any further impertinences their way they would take their revenge. Dourassoff came to repeat this to me. In short, it is quite simply a scandal. What an idea, too, to imagine a narrow-minded German to be an intelligent Frenchman. I am so thoroughly unhinged by all of this that I tremble with rage and shame... didn’t I tell you that My God would come to my aid to administer some correction or other...
Ensuite, pendant que je prenais le thé avec les autres ils ont appelé Dourassoff et lui ont dit en termes grossiers que si je leur disais encore des impertinences ils se vengeraient. Dourassoff est venu me le répéter. Bref c’est tout bonnement un scandale. Quelle idée aussi de s’imaginer qu’un Allemand borné soit un Français intelligent. Je suis excessivement si dérangée par tout cela que je tremble de colère et de honte... quand je vous disais que Mon Dieu viendrait à mon secours pour m’appliquer une correction quelconque...
Dourassoff will go and tell everyone. I wish I were I do not know where...
Dourassoff ira le raconter à tout le monde. Je voudrais être je ne sais où..
Dourassoff left at three; the poor fellow had a narrow escape — a little more and there would have been a scene.
Dourassoff est parti à trois heures, le pauvre garçon l’a échappé belle, encore un peu et il y aurait eu une histoire.
At last! I told Mme Abaza what I had made plain to Schwarz, and she says it is very good, because she left yesterday under the impression of that no, thank you, which called for revenge. Poor woman — I am quite mad. I have just written something like this to Doenhoff. Here, by the way, is the draft.
Enfin ! J’ai dit à Mme Abaza ce que j’ai signifié à Schwarz et elle dit que c’est très bien parce qu’elle est partie hier sous l’impression du non-merci qui demandait une vengeance. Pauvre femme, je suis bien folle. Je viens d’écrire à Doenhoff quelque chose comme ceci. Voici d’ailleurs le brouillon.
Copied letter · Lettre de Marie à un comte, ami de la famille, Soden, 15 août 1878Soden 15 August 1878 Dear Count, I begin by telling you that I am at Soden with my aunt, Maman being kept in Paris by the grave state of my grandfather’s health. Could you tell me what sort of person a Prince Auguste de Hohenhole-Oehringen is? Here, moreover, is what it is about. One of our friends made his acquaintance, and recently, when our whole party — which is quite numerous and charming — was gathered together, our friend wished to introduce M. de Hohenhole to us, and he said, loudly enough to be heard by all of us: No, thank you. I confess that this shocked me utterly and, taking the part of all our ladies, I was foolish enough to tell him that, had I been consulted, it is I who would not have wished to make his acquaintance. Perhaps I was wrong, but you must admit too that the gentleman was rather rude, all the more so as the next day he went and said that I had said impertinent things to him without knowing him and without reason (which makes me pass for a madwoman), and that he would take his revenge. An old princess from Petersburg, whom you know well, said he looked stupid, not knowing that he understood Russian; and I drew his caricature, but frankly those are not insults grave enough to make anyone as furious as he became. One must suppose either that he is mad or that there is a third person involved. I am receiving extraordinary letters which, though unsigned, seem very clearly to be written by him. Who knows whether some imbecile is not amusing himself by writing letters to him as if they came from me or from someone in our party? In any case I am sorry to have got mixed up in all this, the more so as my remark will not correct the gentleman if he is ill-bred or narrow by nature. I do not know where my letter will find you, but knowing that you are still our great friend, I thought of you for information about this gentleman, who goes about everywhere speaking ill of me because we made a little fun of him; and he is very ill, and consequently very spiteful. Answer me quickly and send us your news at Soden, Kurhaus. Au revoir. My sincere regards. Marie Bashkirtseff
Soden 15 août 1878 Cher Comte, Je commence par vous dire que je suis à Soden avec ma tante, maman étant retenue à Paris par l’état grave de la santé de mon grand-père. Ne pourriez-vous me dire ce que c’est qu’un Prince Auguste de Hohenhole-Oehringen ? Voici d’ailleurs ce dont il s’agit. Un de nos amis a fait sa connaissance et dernièrement pendant que toute notre société, qui est assez nombreuse et charmante, était réunie, notre ami a voulu nous présenter M. de Hohenhole qui a dit assez haut pour être entendu de nous tous: Non merci. J’avoue que cela m’a choquée tout à fait et prenant le parti de toutes nos dames j’ai eu la bêtise de lui dire que si l’on m’avait consultée c’est moi qui n’aurait pas voulu faire sa connaisance. J’ai peut-être eu tort mais avouez aussi que le monsieur a été passablement grossier d’autant plus que le lendemain il est allé dire que le lui avais dit des impertinences ne ne le connaissant pas et sans raison (ce qui me fait passer pour folle)et qu’il se vengerait. Une vieille princese de Pétersbourg et que vous connaissez bien dit qu’il avait l’air bête sans savoir qu’il comprenait le russe; et moi j’ai fait sa caricature, mais franchement ce ne sont pas là des insultes assez graves pour devenir furieux comme il l’est devenu. Il faut supposer ou qu’il est fou ou qu’il y a une troisième personne qui est en jeu. Je reçois des lettres extraordinaires qui quoique non signées semblent très-clairement écrites par lui. Qui sait si quelque imbécile ne s’amuse pas à lui en écrire comme venant de moi ou de quelqu’un de notre société ? Dans tous les cas je suis désolée de m’être mêlée dans tout cela, d’autant plus que ma remarque ne corrigera pas le monsieur s’il est mal élevé ou borné de nature. Je ne sais où vous trouvera ma lettre mais sachant que vous êtes toujours notre grand ami j’ai pensé à vous pour avoir des renseignements sur ce monsieur qui va partout dire du mal de moi parce que nous nous sommes un peu moqués de lui et il est très- malade par conséquent très-méchant. Répondez-moi vite et donnez-nous de vos nouvelles à Soden Kurhaus. Au revoir. Mes amitiés sincères. Marie Bashkirtseff
I am ashamed before these Russians, who know us only very slightly and who will have a strange idea of me if they are told that I went and spoke to that gentleman. A curse on all of it!
Je suis honteuse devant ces Russes qui ne nous connaissent que fort peu et qui auront une drôle d’idée de moi si on leur raconte que je suis allée parler à ce monsieur. Malédiction sur tout cela !
Grand-papa is dying... I think we shall go straight to Paris.
Grand papa est mourant... je crois que nous allons aller droit à Paris.
I am very fond of Rosalie, but I am going to get rid of her. She saw me talking to the prince, just as she had seen me near the Aquarium in Naples, and the whole Kurhaus saw me. Soden has ended like the others. And to think that if Dourassoff were less stupid and had not told me about his last interview with the Gans, I would be almost content.
J’aime beaucoup Rosalie mais je vais m’en défaire. Elle m’a vue parlant au prince, tout juste comme elle m’avait vue auprès de l’Aquarium de Naples, et tout le monde du Kurhaus m’a vue. Soden a fini comme les autres. Et dire que si Dourassoff était moins bête et ne m’aurait pas raconté sa dernière entrevue avec les Gans je serais presque contente.
I gave Céline thirty marks and told her that I did not want to receive any more anonymous letters, for I knew where they came from, and that I had already asked the black prince to stop this joke. The same story to Rosalie, who went and said to the Jew:
J’ai donné trente marks à Céline et je lui ai dit que je ne voulais plus recevoir de lettres anonymes car je savais d’où elles me venaient et que j’ai déjà prié le prince noir de cesser cette plaisanterie. Même histoire à Rosalie qui est allée dire au juif :
— Ah! ha, monsieur, mademoiselle will receive no more anonymous letters.
- Ah ! ha monsieur, mademoiselle ne recevra plus de lettres anonymes.
— And why not?
- Et pourquoi ?
— Because she told the prince herself that she knows they come from him, and she seriously begs him to stop.
- Parce qu’elle a dit elle-même au prince qu’elle sait que cela vient de lui et qu’elle le prie sérieusement de cesser.
The same story to the Coubes and the Cancrines, with whom we dine and sup, and from whom we have just taken leave — tenderly from the former, amiably from the latter.
Même histoire aux Coubé et aux Cancrine avec lesquels nous dînons, soupons et venons de faire des adieux tendres avec les premiers, aimables avec les seconds.
Madame Cancrine was born Greig; her father is Minister of Finance, of which we are proud, but our mamma was a dancer, and here are the circumstances in which the marriage came about. The Emperor liked to surprise his ministers; one day, when he called on M. Greig, the latter was working at his desk while beside him a lady was doing tapestry work. The Emperor went up to the lady and kissed her hand, and as soon as he had gone M. Greig had his carriage made ready and asked the lady to get in, saying: Come to church, my dear; His Majesty, by kissing your hand, has treated you as Mme Greig, so you must become her in reality. Ourassoff is the most amiable man on earth; perhaps he can be of use to me... if he wished, he could do anything. I forgot to say that when the Emperor kissed the hand of the minister’s companion, they were already happy and having a great many children. written across the page At that time he was not yet Minister of Finance.
Madame Cancrine est née Greig, son père est ministre des finances, ce dont nous sommes fière mais notre maman était danseuse et voici dans quelles circonstances le mariage se fit. L’Empereur aimait à surprendre ses ministres, un jour qu’il entra chez M. Greig, celui-ci travaillait à son bureau et à côté de lui une dame faisait de la tapisserie, l’Empereur s’approcha de la dame et lui baisa la main et dès qu’il fut parti M. Greig fit atteler sa voiture et pria la dame d’y monter en disant: venez à l’église ma chère, sa Majesté en vous baisant la main vous a considérée comme Mme Greig, il faut donc que vous le soyez en réalité. Ourassoff est l’homme le plus aimable de la terre, il pourra peut- être me servir... s’il le voulait il pourrait tout. J’oubliai de dire que lorsque l’Empereur baisa la main de la compagne du ministre ils étaient déjà heureux et faisaient beaucoup d’enfants. en travers A ce moment il n’était pas encore ministre des finances.
I am still frightened by the business with the Gans; my aunt’s shamefaced air is odious to me... as I was telling you, I fell the other day — it is a very bad sign. Soden was a ravishing nest where I saw more people than in Paris and from which I could have gone away carrying a clean memory... and in an instant everything is spoiled, tarnished, sullied! A picture one has been working on for six weeks, and someone blots it with ink when it is finished.
Je suis encore effrayée de l’affaire des Gans, l’air honteux de ma tante m’est odieux... quand je vous disais., je suis tombée l’autre jour, c’est très mauvais signe. Soden était un ravissant nid où je voyais plus de monde qu’à Paris et d’où je pouvais m’en aller en emportant un souvenir propre... et à un instant tout est gâté, terni, sali ! Un tableau auquel on travaille depuis six semaines et qu’on vous tache avec de l’encre quand il est fini.
I am appalled at what I wrote yesterday about God.
Je suis épouvantée de ce que j’ai écrit hier de Dieu.
I feel a little better, but I am very sorry to have spoiled Soden. It will make me very good at Ems... if poor Grand-papa is better.
Je me sens un peu mieux mais je suis désolée d’avoir abîmé Soden. Cela me fera être bien sage à Ems... si pauvre grand-papa va mieux.
Soden, Schwarz and Gans were three words that made me laugh... now they are subjects of disgust.
Soden, Schwarz et Gans étaient trois mots qui me faisaient rire... maintenant ce sont des sujets de dégoût.
Notes
The prince Marie confronted is August Karl Prinz zu Hohenlohe-Öhringen (1854–1884), son of Hugo, 4th Prince of Hohenlohe-Öhringen and Duke of Ujest; he died unmarried at San Remo on 27 January 1884 (thepeerage.com). His younger brother Hans (b. 1858) is the one Marie nicknamed “Gans” (Mon Journal t.12 index: «Hohenlohe-Oeringen (Hans) [Ganz]»). ↩