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# Sunday, 11 December 1876
Sunday, 11 December 1876
Dimanche 11 décembre 1876
I went to church. The weather is so fine that I went for a walk after trying to skate while there was still no one there. On our way out we ran into Princess Souvoroff, who was walking towards us with d’Aspremont.
J’ai été à l’église. Il fait si beau que je me suis promenée après avoir essayé de patiner pendant qu’il n’y avait encore personne. En sortant de là nous nous sommes vues avec la princesse Souvoroff qui marchait en face de nous avec d’Aspremont.
Further on, Audiffret, Belle-de-jour, etc., to whose greetings I reply by turning away.
Plus loin Audiffret, Belle-de-jour etc. au salut desquels je réponds par un détournement.
crossed out[Two lines crossed out]
[Deux lignes cancellées]
Later, when we were back at the Skating-rink, this celebrated hero was working wonders there with his aides-de-camp.
Plus tard lorsque nous fûmes de nouveau au Skating ce héros célèbre y faisait merveille avec ces aides de camp.
Maman spoke with Lady Cawper’s husband, whom she had met in Rome; my aunt and Dina were surrounded... by General Bihovetz; and I strolled round them with little Olga, both of us eating galettes, showing myself to Princess Kotchoubey, sister-in-law of the prince I saw in Russia. Her husband recognised Maman and greeted her this morning at church — he knew her when she was as tall as I am.
Maman parla avec le mari de lady Cawper avec lequel elle s’est rencontrée à Rome, ma tante et Dina étaient entourées... du général Bihovetz, et moi je me promenais autour d’eux avec la petite Olga mangeant toutes deux des galettes et me montrant à la princesse Kotchoubey, belle-sœur du prince que j’ai vu en Russie. Son mari a reconnu et salué maman ce matin à l’église, il l’a connue grande comme moi.
Meanwhile Girofla glided over to my aunt.
Pendant ce temps Girofla se laissa glisser jusqu’à ma tante.
I went up and complimented him on his skating, with a rather disdainful air. Then I walked away without waiting for him to finish thanking me.
Je m’approchai et lui fis des compliments sur son patinage, d’un air passablement dédaigneux. Puis je m’en retournai sans attendre la fin de son remerciement.
You understand — he is an ill-mannered cad, so I am patronising and disdainful.
Vous comprenez c’est une canaille impolie, aussi suis-je protectrice et dédaigneuse.
As for Belle-de-jour, I do not even look at him.
Quant à Belle-de-jour je ne le regarde même pas.
It is time, it seems to me, to become independent and to stop smiling at people who despise you.
Il est temps, ce me semble de devenir indépendant et de cesser de sourire aux gens qui vous méprisent.
We saw Pelikan, the Anitchkoffs, all the people one always sees. And in the evening I went to the Opera. Hair flat in front, falling behind in barely rolled coils on the nape, and brought round again to be fastened with a cluster of curls in front. This flat, full, tousled head is an innovation and gives me an innocent air; it goes with a sort of Russian costume, a fine linen chemisette under a foulard dress... the same one as at the Paris Opera. Pearls at the neck, no gloves. I did not look like myself; I was a real picture. I do not praise my face — I leave that to others — but I do justice to the style of the whole, to its distinction.
On a vu Pelikan, les Anitchkoff, tous ces gens qu’on voit toujours. Et le soir je suis allée à l’Opéra. Les cheveux plats devant et retombant en torsades à peine roulées sur la nuque, revenait s’attacher par un paquet de boucles devant. Cette tête échevelée plate et grosse est une innovation et me donne l’air innocente, c’est assorti à une sorte de costume russe, chemisette de batiste sous une robe de foulard... la même qu’à l’Opéra de Paris. Des perles au cou, pas de gants. Je ne me ressemblais pas, j’étais un vrai tableau. Je ne fais pas l’éloge de ma figure, je laisse cela aux autres, mais je rend justice à l’ensemble du genre, en cachet.
La Vigier is opposite with Lady Cawper, who tells her a quantity of things while eyeing me through her lorgnette. Girofla does not appear until the third act and eyes me likewise, as do his acolytes. I was remarkable enough to deserve the honour. No one dresses with as much originality, simplicity, and good taste as I — above all good taste.
La Vigier est en face avec lady Cawper et cette dernière lui raconte un tas de choses tout en me lorgnant. Girofla n’apparait que vers le troisième acte, et me lorgne ainsi que ses acolytes. J’étais assez remarquable pour mériter cet honneur. Personne ne s’arrange avec autant d’originalité, de simplicité et de bon goût, que moi, surtout de bon goût.
Mme Anitchkoff leaves well before the end; I pretend to go out and hide, closing the door again, to see what le Surprenant will do — he only comes near my family when I am not there.
Mme Anitchkoff part, beaucoup avant la fin, je fais semblant de sortir et me cache en refermant la porte, pour voir ce que fera le Surprenant ; ne s’approchant près des miens que lorsque je n’y suis pas.
Well — he simply went away. I do not flatter myself it was on my account.
Eh bien, il s’est tout simplement en allé. Je ne m’attribue rien.
A Masked Ball made me dream of Rome’s masked balls... I cannot bear to look at Lady Cawper because in ten days she goes to Rome — the lucky woman!
« Le Ballo in maschera » m’a fait rêver aux bals masqués de Rome... Je ne peux pas voir lady Cawper parce que dans dix jours elle va à Rome, l’heureuse !
Fiouloulou came; I spoke to him in riddles and he left bewildered.
Fiouloulou est venu, je lui ai parlé par énigmes et il est sorti ahuri.
But something rather curious is happening to me. I am beginning to admire Gautier from looking so much at his sisters. They were next to us this evening, and while I was talking to the young lady I saw their brother come into their box — not the one I know, but another, the elder — Michel? Shorter and less handsome than Albert, but as depraved as they come! That debauched air charms me even as it displeases me. This evening he was superb. A matt complexion, the eyes, the family eyes, neat pretty hair... and his whole bearing charming. He brought Larderel and Antonelli back to my mind... they are all of the same breed. He spends his life with the cocottes,1 which gives him that debauched and interesting air that disgusts and charms me... or rather irritates me and gives me wild ideas.
Mais il m’arrive une chose assez curieuse. Je commence à admirer Gautier à force de regarder ses sœurs. Elles étaient à côté de nous ce soir et, pendant que je parlais à la demoiselle, je vis entrer chez eux leur frère, mais pas celui que je connais, un autre, l’aîné, Michel ? Plus petit et moins beau qu’Albert, mais dépravé comme personne ! Cet air dévergondé, me charme tout en me déplaisant. Ce soir il était superbe. Un teint mat, les yeux les yeux de famille, des cheveux propres et jolis... et toute la tenue charmante. Il m’a remis dans l’esprit Larderel et Antonelli... c’est tout la même série. Il passe sa vie avec les cocottes ce qui lui donne cet air dévergondé et intéressant qui me dégoûte et me charme... ou plutôt m’agace et me donne des idées folles.
Since I need to speak of someone, I speak of Michel Gautier — and people laugh at me.
Comme j’ai besoin de parler de quelqu’un, je parle de Michel Gautier et on s’en moque.
Well, now I ought to sleep instead of turning to stone over this wretched Livy.
Bon, à présent il faudrai dormir au lieu de me pétrifier devant ce Tite-Live de malheur.
I detest myself and I detest my writing this evening.
Je me déteste et je déteste mes écrits ce soir.
Monday, 11 December 1876
Lundi 11 décembre 1876
Every day I grow more passionate about painting. I did not stir all day. I played music, and it went to my head and my heart; it took two hours’ conversation about Russian history with Grandfather to bring me back to myself.
Je me passionne chaque jour davantage pour la peinture. Je n’ai pas bougé de la journée. J’ai fait de la musique et cela m’a monté la tête et le cœur, il fallut deux heures de conversation sur l’histoire de Russie, avec grand-papa pour me remettre en état.
I hate being... sensitive... in a young girl it borders on... a great many things... vulgar.
Je déteste être... sensible.... dans une jeune fille cela frise... un tas de choses... triviales.
Grandfather is a living encyclopaedia.
Grand-papa est une encyclopédie vivante.
I cannot think without astonishment mixed with anger of my stupidity with Antonelli. I said what I should not have said, and vice versa. I seemed to be afraid, to be trying to... in a word, it was absurd! You have read it yourselves.
Je ne puis penser sans un étonnement mêlé de colère, à ma stupidité avec Antonelli. J’ai dit ce qu’il ne fallait pas et vice versa. J’avais l’air d’avoir peur, de chercher à... en un mot cela a été absurde ! Vous l’avez lu vous-mêmes.
Cassagnac could make himself adored for his interruptions in the Chamber.
Cassagnac peut se faire adorer pour ses interruptions à la Chambre.
The atrocious and sometimes amusing Broussais brought me a bouquet with these words:
L’atroce et le quelquefois amusant Broussais m’a apporté un bouquet avec ses mots :
— Quasimodo to Esmeralda.2 These flowers are spotless and may be offered to a pure dove such as you. A many-coloured bouquet would be unworthy of you.
— Quasimodo à Esmeralda. Ces fleurs sont candides et peuvent être offertes à une pure colombe comme vous. Un bouquet bigarré serait indigne de vous.
When this man starts joking he is irresistibly funny, but unfortunately his jokes always end in some impropriety — especially at dessert, for this ogre drinks everywhere he goes and goes everywhere he drinks.
Quand cet homme commence à blaguer il est d’un comique irrésistible, mais malheureusement ces blagues finissent toujours par quelque inconvenance, surtout au dessert car cet ogre boit et va partout et boit partout.
Berthe wrote to me and I replied declining the invitation for the 12th — on account of Olga’s portrait, which I wish to finish.
Berthe m’a écrit et je lui ai répondu en refusant l’invitation pour le 12 à cause du portrait d’Olga que je veux finir.
They have described the dress I wore at the Opera the time before last. — “Mlle Bashkirtseff is admired in a gown of matt wool, reminiscent of the antique Roman costume. A band of dull gold in the hair. A toilette of great simplicity.” — It is the first time the Nice papers have understood my dresses.
On a décrit ma robe de l’avant dernière soirée à l’Opéra. — « On admire Mlle Bashkirtseff en robe de laine mate, reminiscence de l’antique costume romain. Cercle or mat dans les cheveux. Toilette d’une grande simplicité ». — C’est la première fois que les journaux de Nice ont compris mes robes.
Do you love Livy3 as I do? I find him as interesting as Alexandre Dumas. Do not laugh at the comparison... you pedants and confounded ignoramuses.
Aimez-vous comme moi Tite-Live ? Je le trouve aussi intéressant qu’Alexandre Dumas. Ne riez pas de la comparaison... vous autres pédants et fichus-ignorants.
— If you were to spend your winter in Rome, said Blanc at Mouzay’s, I should feel for you a sentiment close to contempt.
— Si vous passiez votre hiver à Rome, dit Blanc chez Mouzay, j’aurais pour vous un sentiment presque voisin du mépris.
— I should not feel that, said Cassagnac, but I should pity you sincerely.
— Moi je n’aurais pas ce sentiment-là, dit Cassagnac, mais je vous plaindrais sincèrement.
Well — I am not going, and it is not on account of your words. My ailing throat, Wartel, and the harp lessons — those are what drive me to Paris.
Eh bien, je n’y vais pas et ce n’est pas à cause de vos paroles. Ma gorge malade, Wartel et les leçons de harpe, voilà ce qui me pousse à Paris.
But what will you do for me — you amiable people who have so good an opinion of me?!
Mais que ferez-vous pour moi, vous gens aimables et qui avez si bonne opinion de ma personne ?!
I know someone who loves me, who understands me, who pities me, who devotes his whole life to making me happier; someone who will do everything for me and will succeed; someone who will never betray me again, though he did betray me before. And that someone is Myself!
Je connais quelqu’un qui m’aime, qui me comprend, qui me plaint, qui emploie toute sa vie à me rendre plus heureuse ; quelqu’un qui fera tout pour moi et qui réussira ; quelqu’un qui ne me trahira jamais plus, bien qu’il m’eut trahi avant. Et ce quelqu’un c’est Moi-même !
Let us expect nothing from men — from them we shall have only disappointments and sorrows.
N’attendons rien des hommes, nous n’en aurions que déceptions et chagrins.
But let us believe firmly in God and in our own strength.
Mais croyons fermement en Dieu et en nos propres forces.
And upon my word — since we are ambitious, let us justify our pretensions by something.
Et ma foi puisque nous sommes ambitieux, justifions nos prétentions par quelque chose.
Episode drawing room old Gavronzi house, two beds, Woldemar. Nathalie, etc.
Episode salon vieille maison Gavronzi, deux lits, Woldemar. Nathalie etc.
220 Nathalie, etc.
220 Nathalie etc.
Editors’ note · note des éditeurs de Mon Journal sur la pagination du manuscrit
[Marie numbered the manuscript up to p. 271; p. 272 is missing, and the page numbers 273 and 275 are written in a different hand.]
Marie a noté le manuscrit jusqu’à la p. 271, manque la p. 272, puis la numérotation des pages 273 et 275 est écrite d’une main différente.
Newspaper clipping · Le Figaro, Gazette de la Chambre par Albert Millaud, séance du 4 décembre 1876Gazette of the Chamber 4 December. An incident was expected at the opening of the sitting. Saturday’s event, the comments of the newspapers, the position of M. de Marcère — everything pointed to it.Gazette de la Chambre 4 décembre. On attendait un incident au début de la séance. L’événement de samedi, les commentaires des journaux, la situation de M. de Marcère, tout l’annonçait.The incident has taken place. It was not long, but it was heated.L’incident a eu lieu. Il n’a pas été long, mais il a été chaud.It might have been half past two. The deputies, as yet few in number, were milling about in the hemicycle; people talked out loud, came and went. No one was in his seat; nobody paid any attention to the bell M. Grévy was shaking vigorously to draw attention to M. Serph, who occupied the tribune.Il pouvait être deux heures et demie. Les députés, encore peu nombreux, s’agitaient dans l’hémicycle ; on causait tout haut, on allait, on venait. Personne n’était à sa place, nul ne faisait attention à la sonnette que M. Grévy secouait avec énergie pour attirer l’attention sur M. Serph, qui occupait la tribune.It is thus amid the uproar that the speaker, in a distinct voice, lets fall these words:C’est donc au milieu du tumulte que l’orateur, d’une voix distincte, laisse tomber ces mots :M. Serph. — “At the last sitting the Minister of the Interior declared that the Government accepted M. Laussedat’s order of the day. The rumour has spread that M. de Marcère spoke without the assent of the Cabinet. I beg the Minister of the Interior to be good enough to explain himself on this point.”M. Serph. — « A la dernière séance, le ministre de l’intérieur a déclaré que le gouvernement acceptait l’ordre du jour de M. Laussedat. Le bruit s’est répandu que c’était sans l’assentiment du conseil que M. de Marcère avait parlé. Je prie M. le ministre de l’intérieur de vouloir bien s’expliquer à ce sujet. »These words are scarcely heard. Those nearest, however, have caught a few of them. “Hush! silence!” they cry to their colleagues. The agitation continues. Suddenly M. de Marcère, with slow step, makes for the tribune. He mounts it somewhat as the condemned man mounts the scaffold. He places both hands on the mahogany ledge and, without raising his eyes, head bowed, with a sheepish air, waits for silence.Ces mots sont à peine entendus. Cependant les plus proches ont saisi quelques mots. « Chut ! silence ! » crient-ils à leurs collègues. L’agitation continue. Soudain, M. de Marcère, d’un pas lent, se dirige vers la tribune. Il y monte, un peu comme le condamné à l’échafaud. Il pose ses deux mains sur la tablette d’acajou, et sans lever les yeux, le front courbé, l’air penaud, il attend le silence.Meanwhile the deputies have gone back up to their benches. The hushing redoubles; the agitation subsides. M. Langlois clambers onto his bench. M. Guyot-Montparoux, who is going round with papers, sits down. M. Germain Casse raps on his bench to impose silence. M. de Marcère is still waiting.Pendant ce temps, les députés sont remontés à leur banc. Les chut redoublent, l’agitation se calme. M. Langlois escalade son banc. M. Guyot-Montparoux, qui colporte des papiers, s’assied. M. Germain Casse tape sur son banc pour imposer le silence. M. de Marcère attend toujours.Suddenly a ringing voice rises above all the noise:Soudain une voix sonore domine tous les bruits :— Let the accused speak! it cries.— Laissez parler l’accusé ! crie-t-elle.It is M. Paul Cassagnac who has spoken. M. de Marcère turns pale; M. Grévy blanches. The Lefts have risen as one man and are howling: “Order! order!” The din becomes frightful. M. Grévy, by dint of ringing, at last obtains a few minutes’ attention.C’est M. Paul Cassagnac qui a parlé. M. de Marcère devient pâle ; M. Grévy blêmit. Les gauches se sont levées comme un seul homme et hurlent : « A l’ordre ! à l’ordre ! » Le vacarme devient effroyable. M. Grévy, à force de sonner, finit par obtenir quelques minutes d’attention.M. Grévy. — I invite M. Paul de Cassagnac to withdraw an expression which is insulting.M. Grévy. — J’invite M. Paul de Cassagnac à retirer une parole qui est outrageante.— Order! repeat the furious Lefts.— A l’ordre ! répètent les gauches furieuses.M. de Cassagnac comes down from his bench. M. de Marcère withdraws from the tribune and stands on the bottom step of the stair. M. Paul de Cassagnac appears at the tribune.M. de Cassagnac descend de son banc. M. de Marcère se retire de la tribune et se tient sur la dernière marche de l’escalier. M. Paul de Cassagnac paraît à la tribune.M. Paul de Cassagnac. — I am reproached with having uttered an insulting expression. (Yes! yes!) As I am not in the habit of withdrawing what I say, I maintain it.M. Paul de Cassagnac. — On me reproche d’avoir proféré une parole outrageante. (Oui ! oui !) Comme je n’ai pas l’habitude de retirer ce que je dis, je la maintiens.This time the fury of the Lefts is at its height. “Order! Censure! Expulsion!” — all of it flies to and fro in the air. M. Grévy rings with all his might. M. Paul de Cassagnac returns to his seat and chats with his neighbours.Cette fois, la fureur des gauches est à son comble. « A l’ordre ! la censure ! l’expulsion ! » Tout cela se croise dans l’air. M. Grévy sonne à tour de bras. M. Paul de Cassagnac regagne sa place et cause avec ses voisins.M. Grévy calms the angry waters and, after addressing a severe admonition to M. de Cassagnac, calls him to order.M. Grévy apaise les flots irrités et, après avoir adressé à M. de Cassagnac une sévère admonestation, il le rappelle à l’ordre.That is not enough for the Lefts, who demand more. But M. de Marcère is at the tribune; he has opened his mouth. Curiosity gets the better of anger; the House falls silent, grows calm, listens.Cela ne suffit pas aux gauches, qui réclament davantage. Mais M. de Marcère est à la tribune ; il a ouvert la bouche. La curiosité l’emporte sur la colère, on se tait, on se calme, on écoute.M. de Marcère, Minister of the Interior. — The note published this morning in the Journal officiel makes clear to the Chamber the duty of particular reserve incumbent on all the members of the ministry who were seated on these benches.M. de Marcère, ministre de l’intérieur. — La note publiée ce matin au Journal officiel fait comprendre à la Chambre les devoirs de réserve particulière qui s’impose à tous les membres du ministère qui étaient assis sur ces bancs.I am asked whether the words I pronounced on Saturday did not give rise to certain rumours which are said to have been reproduced by the press. I do not know. Does the Chamber wish to know whether the words printed in the Journal officiel are accurate? I have no hesitation in saying yes. Allow me simply to add that the thing took place in full view of the whole Chamber. (Yes! yes!)On me demande si les paroles que j’ai prononcées samedi n’ont pas donné lieu à certains bruits qui auraient été reproduits par la presse. Je l’ignore. Veut-on savoir si les paroles imprimées au Journal officiel sont exactes ? Je n’ai aucun embarras à dire oui. Qu’il me soit permis d’ajouter simplement que le fait s’est produit au su de toute la Chambre. (Oui ! oui !)When the honourable M. Laussedat expressed the views of the committee in his reasoned order of the day, I was at my bench; hardly any of my colleagues were near me; I rose quickly to answer the question whether I accepted the proposed order of the day; having neither the time nor the means to consult my colleagues, I gave the answer which the Journal officiel has reported. (Loud applause on the left and in the centre.)Lorsque l’honorable M. Laussedat a exprimé la pensée de la commission dans son ordre du jour motivé, j’étais à mon banc ; presque aucun de mes collègues ne se trouvait près de moi ; je me suis levé rapidement pour répondre à la question de savoir si j’acceptais l’ordre du jour proposé ; sans avoir ni le temps ni le moyen de consulter mes collègues, j’ai répondu ce que le Journal officiel a rapporté. (Vifs applaudissements à gauche et au centre.)The Left applauds vigorously. On the Right a few ironical cries are raised. M. Serph reappears and takes note of the Minister’s words. “Had I known the situation,” M. Serph adds, “I should have voted otherwise.”La gauche applaudit énergiquement. A droite, on pousse quelques cris ironiques. M. Serph reparaît et prend acte des paroles du ministre. « Si j’avais connu la situation, ajoute M. Serph, j’aurais voté autrement. »But the Left, for all its applause, is not satisfied. M. de Marcère strikes it as lukewarm; he seems to prefer his colleagues in the Cabinet to his colleagues in the Chamber; he is making excuses to the other ministers; he is backing down.Mais la gauche, tout en applaudissant, n’est pas contente. M. de Marcère lui paraît tiède ; il semble préférer ses collègues du conseil à ses collègues de la Chambre ; il fait des excuses aux autres ministres, il recule.M. Guyot-Montpayroux is most particularly indignant at this. He wants a plainer declaration, and mounts the tribune to ask leave to interpellate the Minister of the Interior “on the exact meaning of the declarations made the day before yesterday.”M. Guyot-Montpayroux en est tout spécialement indigné. Il veut une déclaration plus nette, et monte à la tribune pour demander à interpeller le ministre de l’intérieur « sur le sens exact des déclarations faites avant-hier ».M. Guyot returns to his seat, where he is met with unanimous protests and reproaches. M. Gambetta wants to mount the tribune, and so does M. de Marcère; but M. Grévy will not allow them to speak. “The question is exhausted,” he says. M. Gambetta, on the bottom step of the tribune, gives a despairing groan. “There is no ministry any more. One cannot interpellate,” he cries. M. de Marcère leaves. M. Guyot-Montpayroux, feeling himself abandoned by everyone, withdraws his interpellation, and the incident is closed. M. de Marcère takes his hat and hurries off to catch the 3.25 train, which carries him back to Paris.M. Guyot retourne à sa place, où il est accueilli par des protestations et des reproches unanimes. M. Gambetta veut monter à la tribune, M. de Marcère aussi ; mais M. Grévy ne leur permet pas de parler. « La question est épuisée », dit-il. M. Gambetta, sur la dernière marche de la tribune, pousse un gémissement désespéré. « Il n’y a plus de ministère. On ne peut pas interpeller », crie-t-il. M. de Marcère s’en va. M. Guyot-Montpayroux, se sentant lâché par tout le monde, retire son interpellation et l’incident est clos. M. de Marcère prend son chapeau et se hâte de gagner le train de 3 h. 25 minutes, qui le ramène à Paris.*** The rest of the sitting belongs to the finance budget, the greater part of which was voted.*** Le reste de la séance appartient au budget des finances dont la majeure partie a été votée.There was a pause of some moments over the credit relating to the allowance of the President of the Republic; M. Antonin Proust proposed an annual grant of 300,000 francs for the Marshal’s journeys.On est arrêté quelques instants sur le crédit relatif à la dotation du président de la République ; M. Antonin Proust a proposé une allocation annuelle de 300,000 francs pour les voyages du Maréchal.M. Léon Say declares that the Marshal declines this grant for the present. When the Government has need of it, it will inform the Chamber.M. Léon Say déclare que le Maréchal refuse cette allocation pour le moment. Quand le gouvernement en aura besoin, il le fera dire à la Chambre.M. Antonin Proust insists on loading the President of the Republic with his favours. He wishes him to be able to travel through France in state. He entreats the Minister of Finance to persuade the Head of State to accept M. Proust’s generous liberality.M. Antonin Proust insiste pour combler de ses faveurs le président de la République. Il veut que celui-ci puisse voyager en France avec faste. Il supplie le ministre des finances de faire agréer au chef de l’Etat la généreuse libéralité de M. Proust.But M. Maigne objects. M. Maigne belongs to the Extreme Left. He declares that the Republic does not love pomp, and that its president ought to lead a simple life and travel third class. “We must have pure and disinterested morals,” says M. Maigne. “The Marshal is paid enough already; he must not be heaped with gold that the budget can put to use.” The speaker concludes by moving the rejection of the proposed credit.Mais M. Maigne s’y oppose, M. Maigne appartient à l’extrême gauche. Il déclare que la République n’aime pas le faste, et que son président doit avoir une vie simple et voyager en troisième classe. « Il nous faut des mœurs pures et désintéressées, dit M. Maigne. Le Maréchal est assez payé déjà ; il ne faut pas le combler d’un or utile au budget. » L’orateur conclut au rejet du crédit proposé.M. Léon Say reappears; he has changed his mind. Since the question has taken the turn M. Maigne has given it, the Minister of Finance begs the Chamber to vote the credit, even if its cancellation must later be sought by way of amendment.M. Léon Say reparaît ; il a changé d’avis. Du moment que la question a pris la tournure que lui a donnée M. Maigne, le ministre des finances prie la Chambre de voter le crédit, quitte à demander son annulation par voie d’amendement.The Chamber obeys and votes M. Proust’s credit by 402 votes to 32.La Chambre obéit et vote le crédit de M. Proust par 402 voix contre 32.O Monsieur Maigne! observe how green you have been! Had you not felt the need to show yourself off at the tribune, M. Léon Say would have had the credit thrown out, and you would have been satisfied; but you wanted to speak, and you have handed the Marshal an easy triumph. You have been very green, Monsieur Maigne! very green!O monsieur Maigne ! remarquez combien vous avez été jeune ! Si vous n’aviez pas éprouvé le besoin de vous exhiber à la tribune, M. Léon Say faisait repousser le crédit, et vous étiez satisfait ; mais vous avez voulu parler, et vous avez assuré au Maréchal un triomphe facile. Vous avez été bien jeune, monsieur Maigne ! bien jeune !*** Apart from this rather amusing little question, the debate offers no interest. M. de Gasté asked for a tobacco factory to be established at Brest; M. Lockroy spoke of the phylloxera infesting the department of the Bouches-du-Rhône; M. Lelièvre pleads the cause of the inspectors of stamps and registration; M. Rouveure draws attention to the hardships of the rural postmen; — after which, the finance budget, the last of the budgets, having been voted, the Chamber grants itself two days’ holiday and adjourns until Thursday to discuss the revenue budget. Albert Millaud.*** A part cette petite question assez amusante, la discussion n’offre pas d’intérêt. M. de Gasté a demandé la création d’une manufacture de tabacs à Brest ; M. Lockroy a parlé du phylloxera, qui infeste le département des Bouches-du-Rhône ; M. Lelièvre plaide la cause des vérificateurs du timbre et de l’enregistrement ; M. Rouveure signale les souffrances des facteurs ruraux ; — après quoi, le budget des finances, le dernier des budgets étant voté, la Chambre se donne deux jours de congé et s’ajourne à jeudi pour discuter le budget des recettes. Albert Millaud.
Newspaper clipping · Le Figaro, sommaire du numéro qui annonce la mort du cardinal Antonelli, novembre 1876CONTENTS Cardinal Antonelli: Ignotus. Paris Echoes: Le Masque de Fer. Gazette of the Chamber: Albert Millaud. The Senate: Henry [illegible]. From Paris to Versailles: Baron Grimm. A Word of Correction: Hugues [illegible]. Paris Day by Day. Telegrams and Correspondence: Aug. Marcade. — The municipal elections at Marseilles. — The level-crossing disaster at Marquette (Nord). Miscellaneous News: Jean de Paris. — The Butte des Moulins. The Stock Exchange. Theatre Notes: Gustave Lafargue. The Evening at the Theatre: Un Monsieur de l’orchestre. Serial. — Princess Oghérof: Henry Gréville.
SOMMAIRE Le cardinal Antonelli : Ignotus. Echos de Paris : Le Masque de Fer. Gazette de la Chambre : Albert Millaud. Le Sénat : Henry [illisible]. De Paris à Versailles : Baron Grimm. Un mot de rectification : Hugues [illisible]. Paris au jour le jour. Télégrammes et Correspondances : Aug. Marcade. — Les élections municipales de Marseille. — La catastrophe du passage à niveau de Marquette (Nord). Nouvelles diverses : Jean de Paris. — La butte des Moulins. La Bourse. Courrier des Théâtres : Gustave Lafargue. La Soirée Théâtrale : Un Monsieur de l’orchestre. Feuilleton. — La princesse Oghérof : Henry Gréville.
Newspaper clipping · Le Figaro, Le cardinal Antonelli par Ignotus, novembre 1876CARDINAL ANTONELLI I have already sketched here an Antonelli more intimate than ceremonial. I portrayed him as I saw him at very close quarters. The great statesman is no more. The illustrious dead man has entered into radiant immortality. The statue that lay within the Carrara rock is about to emerge from the block and take on a definite form. It is impossible that Figaro, which was read by the great cardinal — I have had certain proof of it — should not lay upon this tomb that wreath of thornless flowers which it does not, as a rule, care to bestow upon the living. And indeed this glory, which has just been kindled at the fire that burns for ever, lit with a light sometimes violent but always pure the chiaroscuro of this century. It seems to me that this proud soul which has just departed is like a lamp carried out of a drawing room — the brightness is diminished. When Pius departs in his turn, the ideal world will be in darkness. Let us say, then, first of all, that what characterises Cardinal Antonelli is that he belonged to his time. This will seem a paradox only to superficial eyes. Antonelli had a taste for the modern spirit before he fought it. He had a feeling for it even while fighting it. That character, which never broke because it knew how to bend, belongs to the nineteenth century. It is well to remember this against those who will seek to annex him for the Middle Ages. He took his weapons and his language from our age. Having shared all the lofty passions of this time, Antonelli shared all its final and logical disillusionments. Now, one must belong to one’s time to deserve to outlive it. Lastly, this minister had in his department the affairs of the entire world for more than thirty years. His name and his countenance will endure as long as there is a history of mankind in the nineteenth century.LE CARDINAL ANTONELLI J’ai déjà dessiné ici un Antonelli plutôt intime que de grande cérémonie. Je l’ai portraicturé tel que je l’ai vu de bien près. Le grand homme d’Etat n’est plus. L’illustre mort est entré dans l’immortalité rayonnante. La statue qui était dans le rocher de Carrare va sortir du bloc et prendre une forme définie. C’est impossible que Figaro, qui était lu par le grand cardinal — j’en ai eu des preuves certaines — ne jette pas sur cette tombe cette couronne de fleurs sans épines, que d’ordinaire il n’aime point donner aux vivants. Aussi bien cette gloire qui vient de s’allumer au feu qui dure toujours, a-t-elle éclairé d’une lumière parfois violente, mais toujours pure, le clair-obscur de ce siècle. Il me semble que cette âme superbe qui vient de partir est comme une lampe qu’on emporte d’un salon — la clarté est diminuée. Quand Pie partira à son tour, le monde idéal sera dans l’obscurité. Donc, disons tout d’abord que ce qui caractérise le cardinal Antonelli, c’est qu’il fut de son temps. Cela ne semblera un paradoxe qu’aux regards superficiels. Antonelli a eu le goût de l’esprit moderne avant de le combattre. Il en eut le sens même en le combattant. Ce caractère qui ne se brisait point parce qu’il savait plier, appartient au dix-neuvième siècle. Il est bon de le retenir contre ceux qui voudront l’accaparer au profit du moyen âge. Il a pris à notre époque ses armes et son langage. Après avoir partagé toutes les hautes passions de ce temps, Antonelli en a partagé toutes les dernières et logiques désillusions. Or, il faut être de son temps pour mériter de lui survivre. Enfin, ce ministre a eu dans son département les affaires du monde entier pendant plus de trente ans. Son nom et sa figure resteront tant qu’il y aura une histoire de l’humanité au dix-neuvième siècle.In 1846 Antonelli was among those who sought to baptise Liberty according to the Catholic rite — Liberty, which may perhaps soon die a freethinker and be given a civil burial. 1848 came. It seemed as though all the déclassés of Italy had staked on that number and won a quaterne in the lottery. It was a veritable Bacchanal. Reality shattered Antonelli’s fine dream. Pius IX was driven from Rome by those whose chains he had broken. On his return he changed his royal manner. Antonelli was the chief instigator of that reaction, the responsibility for which the revolutionaries must bear. Revolutions are alone to blame for the death of liberties. In 1846 the new papacy had boldly, or imprudently, set its nest upon the storm-beaten heights; in 1848 it abandoned it, as an eagle never returns to a nest that has been touched.En 1846, Antonelli fut de ceux qui voulurent baptiser, selon le rite catholique, la Liberté, qui va peut-être mourir bientôt en solidaire et avoir un enterrement civil. 1848 vint. Il sembla que tous les déclassés d’Italie avaient mis sur ce numéro et avaient gagné un quaterne à la loterie. Ce fut une vraie Bacchanale. La réalité brisait le beau rêve d’Antonelli. Pie IX fut chassé de Rome par ceux dont il avait brisé les chaînes. A son retour, il changea sa manière royale. Antonelli fut le principal instigateur de cette réaction dont les révolutionnaires assument la responsabilité. Les révolutions sont les uniques coupables de la mort des libertés. La papauté nouvelle avait hardiment ou imprudemment, en 1846, placé son nid sur les sommets battus par les tempêtes : en 1848, elle l’abandonna, comme un aigle ne revient plus à son nid qu’on a touché.To the new right, born of the formula “Equality, Liberty, Fraternity,” it resolutely opposed the old right. History alone will be able to say whether Antonelli lost his illusions too soon. But it will grant him a superior gift of foresight. There was something of the prophet in him. He had sensed the storms of today, like those great birds of the North whom a mysterious instinct makes suddenly forsake certain shores. He had foreseen the enormous conflict of the individual conscience with the lay State. He sought, there and then, to set up an entrenched camp in the religious and political order before the whole army of the Ideal should be destroyed. He sounded the tocsin in men’s hearts before the fire broke out. In those days he was understood as little as he is well understood today. And Antonelli brought to this new role the three essential qualities of the statesman: — perseverance, — knowledge, — courage. When people said to him: “Eminence, the social and anti-religious revolution is crushed; the man of the nineteenth century will not return to the excesses of 1793, which disgust him!” Antonelli would answer: “I tell you that man, like the dog in the Book, will return to his vomit!” And he did not lie.Au nouveau droit, produit de la formule « Egalité, Liberté, Fraternité » elle opposa résolûment l’ancien droit. L’histoire seule pourra dire si Antonelli s’est trop tôt désillusionné. Mais elle lui reconnaîtra un don supérieur de pressentiment. Il a eu du prophète. Il avait pressenti les orages d’aujourd’hui, comme ces grands oiseaux du Nord, à qui un instinct mystérieux fait quitter tout à coup certains parages. Il avait prévu le conflit énorme de la conscience individuelle avec l’Etat laïque. Il voulut, dores et déjà, établir dans l’ordre religieux et politique un camp retranché, avant que ne fût entièrement détruite toute l’armée de l’Idéal. Il sonna dans les cœurs le tocsin, avant que ne s’allumât l’incendie. En ce temps, on le comprit aussi peu qu’on le comprend bien aujourd’hui. Et Antonelli mit dans ce nouveau rôle les trois qualités essentielles de l’homme d’Etat : — la persévérance, — la science, — le courage. Alors qu’on lui disait : « Eminence, la révolution sociale et anti religieuse est écrasée ; l’homme du dix-neuvième siècle ne reviendra pas aux excès de 1793, dont il a dégoût ! » Antonelli répondait : « Je vous dis que l’homme, comme le chien du Livre, reprendra son vomissement ! » Et il ne mentait pas.The role Antonelli played was not of his choosing. He loved “sub lege libertas.” But he had understood the great contemporary truth which our fathers had not even glimpsed; I will explain. Christ cast all truths into the universe, as his Father had cast all the stars into it. Just as the light of some of those stars has taken more than three thousand years to reach the earth, so the truth of which I speak remained in shadow for nearly nineteen centuries. This truth is: — Democracy can do man nothing but harm, and every liberty that comes from below destroys nations. So Antonelli, measuring his resistance to the vigour of the attack, and exaggerating, as all initiators do, the truth they teach, condemned all democracy and all liberty. I am one of those who love the second, if they do not love the first. I am therefore quite at ease in explaining Antonelli’s attitude. He was, however, under no illusion. He did not hide from his intimates that the temporal papacy would be broken. When it was, he admitted that he would not see it reborn in his lifetime. He did not have the ecstasy of Ezekiel, who in the Babylonian captivity saw the Temple rebuilt in a dream. Events were able to overthrow Antonelli; they never surprised or astonished him. Defeat was part of his system. To measure and understand the whole of the cardinal’s system one would have to live a hundred years — for this system takes more account of the future than of the present — one would need to have one’s feet in this century and one’s head in the next. The God in whom Antonelli believed did not guarantee him Today, but Tomorrow!Le rôle qu’a joué Antonelli ne fut pas de son choix. Il aimait « le sub lege libertas ». Mais il avait compris la grande vérité contemporaine, que nos pères n’avaient pas même entrevue ; je m’explique. Le Christ a jeté dans l’univers toutes les vérités, comme son père y avait jeté toutes les étoiles. De même que la lumière de quelques unes de ces étoiles est restée plus de trois mille ans à venir sur la terre ; de même la vérité dont je parle est restée dans l’ombre pendant près de dix-neuf siècles. Cette vérité est celle-ci : — La démocratie ne peut faire que du mal à l’homme, et toute liberté, qui vient d’en bas, détruit les peuples. Alors Antonelli mesurant sa résistance à la vigueur de l’attaque, et exagérant, comme tous les initiateurs, la vérité qu’ils enseignent, condamna toute démocratie et toute liberté. Je suis de ceux qui aiment la seconde, s’ils n’aiment pas la première. Je suis donc fort à l’aise pour expliquer l’attitude d’Antonelli. Cependant il ne s’abusa point. Il ne cachait point à ses intimes que la papauté temporelle serait brisée. Quand elle le fut, il confessait qu’il ne la reverrait pas renaître, lui vivant. Il n’avait pas l’extase d’Ezechiel qui, dans la captivité de Babylone, voyait en rêve rebâtir le Temple. Les évènements ont pu renverser Antonelli ; il ne l’ont jamais surpris et étonné. Etre vaincu entrait dans son système. Pour mesurer et comprendre tout le système du cardinal, il faudrait vivre cent ans, — car ce système tient compte plus de l’avenir que du présent — il faudrait avoir les pieds dans ce siècle et la tête dans l’autre. Le Dieu en qui croyait Antonelli ne lui garantissait pas Aujourd’hui, mais Demain !Antonelli sought, not to kill the Revolution — he could not — but to render it sterile. Above all he sought to extricate the papacy, for a moment compromised, from contemporary adventures. It is true to say that Pius IX had entrusted a kingdom to him, and that Antonelli, in dying, has handed back to Pius IX nothing but a wreck. But that wreck marks the reef. Was this system a good one? Would a system of concessions and temporising have been preferable? I do not think so. But assuredly the spiritual papacy, of which Antonelli was the first servant, is not diminished. One man alone could take up the defence of France against Prussia in 1870, and that man was Pius IX. His cabinet was still, on the eve of his death, like the golden milestone of old from which all the Roman roads set out across the world. The Revolution was able to take the walls of Rome without winning its souls — just as one may conquer mountains without winning their eagles! Antonelli was stronger than Force. Without him no one would have dared to protest against the politics of the accomplished fact and of profit. He is the spiritual against the material. He is thought against the body. He is, in short, the most resounding protest against those two modern powers, the cannon and money. While the Pope’s voice seems to come down from heaven, his seems to rise up from our depths. It is the better understood. Instead of clearing the tree of Liberty of its caterpillars, he preferred to uproot it. That is a little brutal; but it is so much in human nature to take revenge on things for the faults of peoples. And Antonelli was a man. Pius is a saint. Antonelli believed in miracles, but he did not count on them. He looked towards heaven, but also at his feet. His known work is immense. But greater still is his unknown work, the work that will begin tomorrow upon his tomb. It is a book whose pages only the future will turn. On its success Antonelli has staked his life and his glory. Let us hope he wins. But how sorely he will be missed, first of all, by the great conservative party, by civil society as much as by religious society! We shall soon see, when the cardinal lies in his tomb, what an immense abyss his red cassock concealed!Antonelli a voulu non point tuer la Révolution — il ne le pouvait pas — mais la rendre stérile. Il a voulu surtout dégager des aventures contemporaines la papauté un moment compromise. C’est vrai de dire que Pie IX lui avait confié un royaume, et qu’Antonelli, en mourant, n’a remis à Pie IX qu’une épave. Mais cette épave indique l’écueil. Ce système fut-il bon ? Un système de concessions et d’atermoiements eût-il été préférable ? Je ne le crois pas. Mais à coup sûr, la papauté spirituelle dont Antonelli a été le premier serviteur, n’est pas diminuée. Un seul homme a pu prendre en 1870 la défense de la France contre la Prusse, et ce fut Pie IX. Son cabinet était encore, à la veille de sa mort, comme l’ancien milliaire doré d’où partaient dans l’univers toutes les voies romaines. La Révolution a pu prendre les murs de Rome, sans en avoir les âmes — de même on peut conquérir des montagnes sans en avoir les aigles ! Antonelli a été plus fort que la Force. Sans lui, personne n’aurait osé protester contre la politique du fait et du profit. Il est le spirituel contre le matériel. Il est la pensée contre le corps. Il est enfin la protestation la plus éclatante contre ces deux puissances modernes, le canon et l’argent. Alors que la voix du pape semble descendre du ciel, la sienne semble monter de nos abîmes. On la comprend mieux. Au lieu d’écheniller l’arbre de la Liberté, il a préféré l’arracher. C’est un peu brutal ; mais c’est si bien dans la nature humaine que de se venger, sur les choses, des fautes des peuples. Et Antonelli fut un homme. Pie est un saint. Antonelli croyait aux miracles, mais il ne comptait pas sur eux. Il regardait vers le ciel ; mais aussi à ses pieds. Son œuvre connue est immense. Mais plus grande encore est son œuvre inconnue ; celle qui commencera demain sur sa tombe. C’est un livre dont l’avenir seul tournera les pages. C’est sur son succès qu’Antonelli a joué sa vie et sa gloire. Espérons qu’il gagnera. Mais combien il va manquer tout d’abord au grand parti conservateur ; à la société civile, aussi bien qu’à la société religieuse ! On va voir tout à l’heure, quand le cardinal sera couché dans sa tombe, quel abîme immense cachait sa soutane rouge !In closing, I may repeat a few words from my former portrait of the cardinal, which the reader has no doubt forgotten. “Today this magnificent heart is struggling against the fatigue of its half-century’s labour. Three quarters of his hair has fallen out. Hair falls out for less. The face has lengthened and grown, as it were, pallid. But the eye remains black, like that of Pius IX; by turns, according to the impressions of the soul, a dull black or a brilliant one. His pupil has, they say, the elasticity of those that look suddenly at the sun after looking at the night. Indeed, he has seen apotheoses and cataclysms by turns. In short, here would be a great man, if two great men could dwell in the same house — the Vatican. The son of a poor family, he very soon acquired, with his fine supple figure, a lofty patrician air. All these Romans have sucked the milk of one and the same she-wolf of noble breed... While the Pope seems a supernatural figure, Antonelli is one of us. He has our features and our veins. He is not a priest. That half-profane face preserves his individuality beside the quasi-celestial personality of Pius. From that nearness he has kept a religious fragrance — like a golden candlestick that we lend for Corpus Christi and that comes back to us smelling of incense.”En terminant, je puis redire quelques mots de mon ancien portrait du cardinal et que le lecteur a sans doute oubliés. « Aujourd’hui ce cœur magnifique lutte contre la fatigue de son œuvre mi-séculaire. Les trois quarts de ses cheveux sont tombés. Les cheveux tombent à moins. Le masque s’est allongé et a comme blêmi. Mais l’œil demeure noir, comme celui de Pie IX ; tour à tour selon les impressions de l’âme, d’un noir mat ou brillant. Sa prunelle a, dit-on, l’élasticité de celles qui regardent brusquement le soleil après avoir regardé la nuit. En effet, il a vu tour à tour les apothéoses et les cataclysmes. Bref, ce serait là un grand homme, si deux grands hommes pouvaient demeurer dans la même maison — le Vatican. Fils d’une famille pauvre, il eut bien vite, avec sa belle taille souple, un grand air de patricien. Tous ces Romains ont tété le lait d’une même louve de grande race… Alors que le pape semble une figure surnaturelle, Antonelli est des nôtres. Il a notre masque et nos veines. Il n’est pas prêtre. Cette face demi-profane lui conserve une individualité à côté de la personnalité quasi-céleste de Pie. Il a gardé de cette approche une senteur religieuse — comme un chandelier d’or que nous prêtons pour la Fête-Dieu et qui nous revient avec une odeur d’encens ».*** What I said there is true. The great cardinal’s personality was somewhat absorbed by the light that surrounds Pius IX like a halo. His silhouette will take on more defined outlines as he leaves the Pope to enter the tomb. His statue can never be made too high. Every man in whom there still remain the instinct for the ideal and a disgust for certain triumphs of brute force will subscribe to that statue. I do not care to treat certain questions of religion, and I have been able to avoid them in this second portrait of Antonelli. Nevertheless I will say that in calling the Catholic religion to battle he necessarily gave it a manly energy which it perhaps lacked in Italy. It seemed to be growing feeble under the homage of a passionate crowd, as the toe of the St Peter in the basilica wears away under the kisses of the faithful. As regards the domain of speculative politics, Antonelli’s influence was enormous. He will have been the genius of the conservative party’s resistance. He will have been the most energetic defender of the principle of authority. Of all this noise that is made two metres above the eternal silence, there will at least remain to the great cardinal the murmur of admiration of souls of every religion who protest against materialist policies, by whatever names they are adorned. First servant of the papacy, he could say that he had always been “standing before men or on his knees before God.” Indeed, his life was like the churches of Rome, where there is nothing to rest on and one must kneel or stand. He kept the oath he had sworn — he never left his master, and, a voluntary prisoner, he never came out of his prison. Dead, he will not come out of it. His body will pass straight from his bed in the Vatican to the vaults of St Peter’s in Rome, the chapel of the papacy.*** Ce que je disais là est vrai. La personnalité du grand cardinal était un peu absorbée par la lumière qui entoure Pie IX comme une auréole. Sa silhouette va reprendre des contours plus définis en quittant le pape, pour entrer dans la tombe. On ne fera jamais trop haute sa statue. Tout homme chez qui restent encore l’instinct de l’idéal et le dégoût de certains triomphes de la force brute, souscrira à cette statue. Je n’aime point traiter certaines questions de religion, et j’ai pu les éviter dans ce second portrait d’Antonelli. Cependant, je veux dire qu’en appelant la religion catholique à la lutte, il lui a nécessairement donné une énergie virile dont elle manquait peut-être en Italie. Elle semblait se débiliter sous les hommages d’une foule passionnée, comme l’orteil du saint Pierre de la basilique s’use sous les baisers des fidèles. Quant à ce qui regarde le domaine de la politique spéculative, l’action d’Antonelli a été énorme. Il aura été le génie de la résistance du parti conservateur. Il aura été le plus énergique défenseur du principe d’autorité. De tout ce bruit qui se fait à deux mètres au-dessus du silence éternel, il restera du moins au grand cardinal le murmure d’admiration des âmes de toute religion qui protestent contre les politiques matérialistes, de quelque noms qu’on les décore. Premier serviteur de la papauté, il a pu dire qu’il avait toujours été « debout devant les hommes ou à genoux devant Dieu. » En effet, sa vie fut comme les églises de Rome où il n’y a rien pour se reposer et où il faut être à genoux ou debout. Il a tenu le serment qu’il avait fait, — il n’a jamais quitté son maître, et prisonnier volontaire il n’est pas sorti de sa prison. Mort, il n’en sortira pas. Son corps ira de plain-pied de son lit du Vatican aux caveaux de Saint-Pierre-de-Rome, la chapelle de la papauté.Pius IX, a white and marble-like figure, will go and kneel on the slab of Antonelli’s tomb — that is worth a mausoleum by Michelangelo!Pie IX ira, figure blanche et marmoréenne, s’agenouiller sur la dalle de la tombe d’Antonelli — cela vaut un mausolée de Michel-Ange !All the flags of the great causes vanquished in Europe will tie a knot of crape to the staff!! — That is worth a funeral oration by Bossuet. Ignotus.Tous les drapeaux des grandes causes vaincues en Europe vont prendre à la hampe la cravate de crêpe !! — Cela vaut une oraison funèbre de Bossuet. Ignotus.
Newspaper clipping · Le Figaro, nouvelle de la mort du cardinal Antonelli, novembre 1876Cardinal Antonelli died at the Vatican during the night of Sunday to Monday; the news was transmitted to the nunciature by the Ministry of Foreign Affairs; yesterday at six in the evening the Pope’s nuncio in Paris had not yet received the official announcement from his government.Le cardinal Antonelli est mort au Vatican dans la nuit de dimanche à lundi ; la nouvelle a été transmise à la nonciature par le ministère des affaires étrangères ; hier, à six heures du soir, le nonce du pape, à Paris, n’avait pas encore reçu la déclaration officielle de son gouvernement.The celebrated minister of Pius IX succumbed to an attack of suffocation brought on by gout.Le célèbre ministre de Pie IX a succombé dans un accès de suffocation produit par la goutte.On 3 November, although very ill, he was still in the audience chamber beside the Pope.Le 3 novembre, quoique très souffrant, il était encore dans la salle d’audience, auprès du Pape.During the night of the 5th to the 6th he received the pontifical blessing; a few moments later the last sacraments were administered to him.Dans la nuit du 5 au 6, il reçut la bénédiction pontificale ; quelques instants après, les derniers sacrements lui furent administrés.Cardinal Jacques Antonelli was born at Sonino, a small village near Terracina, on 1 April 1806; he was consequently seventy years of age.Le cardinal Jacques Antonelli, était né à Sonino, petit village situé près de Terracine, le 1er avril 1806, il avait par conséquent soixante-dix ans.It is Mgr Vannutelli, Substitute of the Secretariat of State, who is provisionally discharging the functions of Secretary of State.C’est Mgr Vannutelli, substitut de la secrétairerie d’Etat, qui remplit à titre provisoire les fonctions de secrétaire d’Etat.Cardinal Antonelli has bequeathed to the Vatican his collection of precious stones and objets d’art.Le cardinal Antonelli a légué au Vatican sa collection de pierres précieuses et d’objets d’art.
Newspaper clipping · coupure de journal non identifiée[Pasted press clipping, illegible in the facsimile]
[Coupure de presse collée, illisible sur le fac-similé]
Notes
Cocottes — courtesans, kept women of the demi-monde. ↩
Quasimodo and Esmeralda — characters from Victor Hugo’s Notre-Dame de Paris (1831); the hunchbacked bellringer who loves in vain the beautiful Gypsy dancer. ↩
Livy — Titus Livius (59 BC–AD 17), Roman historian, author of the Ab Urbe Condita chronicle of Rome from its founding. ↩