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Wednesday, 29 December 1875
Mercredi, 29 décembre 1875
Walking this morning with Collignon and Victor, I met the American introduced by Winslow, and he walked with us the whole time.
En me promenant ce matin avec Collignon et Victor, j’ai rencontré l’Américain présenté par Winslow, et il a marché tout le temps avec nous.
Little Émile, who had his migraine, drives quietly about in his little two-wheeled gig while we listen to the band.
Petit Emile qui a eu migraine se promène tranquillement sur sa charrette à deux roues, pendant que nous écoutons la musique.
We go to see Mme de Mouzay again and she gives me seven letters of introduction for Rome. God grant they serve me as well as this dear, excellent woman — who loves me so — desires! Let her be at ease: her kindness is not addressed to an ingrate; I love her with all my heart. I am so little spoiled that the smallest attention goes straight to my heart. And yet I wished to love everyone — but everyone spits on me.
Nous allons encore voir de Mouzay et elle me donne sept lettres de recommandation pour Rome. Dieu veuille qu’elles me servent autant que le désire cette chère et excellente femme qui m’aime tant ! Qu’elle soit tranquille, sa sympathie ne s’adresse pas à une ingrate, je l’aime de tout mon cœur. Je suis si peu gâtée que la moindre attention me va droit au cœur. Et pourtant je voulais aimer tout le monde, mais tout le monde me crache dessus.
Coming down the staircase I can see the windows of the Cercle de la Méditerranée all lit up and the shadows of the dancers. Matinée every Wednesday.
En descendant l’escalier je vois les fenêtres du Cercle [de la] Méditerranée éclairées et les ombres des danseurs. Matinée chaque mercredi.
At dinner, little by little I lose mastery of myself and end up in tears. Collignon takes me on her lap and coaxes and consoles me. Bless her! But she cannot console me. I wept even more because I could not tell her my troubles. She knows well what makes me despair, but I am ashamed to say it to her.
A dîner, peu à peu je perds empire sur moi-même et finis par pleurer. Collignon me prend sur ses genoux et me cajole et me console. Merci à elle ! Mais elle ne peut me consoler. Je pleurais encore plus, parce que je ne pouvais pas me plaindre à elle. Elle sait bien ce qui me désespère, mais j’ai honte de le lui dire.
Oh! I think I am going to die — I weep too much; I do not have a single moment’s peace.
Ah ! je crois que je vais mourir, je pleure trop, je n’ai pas un instant de tranquillité.
— And yet this morning you seemed in a good humour, quite cheerful, Collignon tells me.
- Pourtant ce matin, vous sembliez bien disposée, bien gaie, me dit Collignon.
Yes, indeed, I was not screaming — but one cannot scream always, and am I even quite sure I was not screaming inwardly?
Oui, en effet, je ne hurlais pas, mais on ne peut pas hurler toujours, et encore suis-je bien sûre de ne pas avoir hurlé intérieurement ?
It is wrong to despair at my age. I am not yet seventeen.
C’est mal de désespérer à mon âge. Je n’ai pas encore dix-sept ans.
Until now I... no...
Jusqu’à présent je., non...
Will it never change? Will I never, never, never live like other people? I watch all those people pass by in their carriages. They are happy, tranquil!
Est-ce que ça ne changera pas ? Est-ce que jamais, jamais, jamais je ne vivrai comme les autres ? Je vois passer tous ces gens en voiture. Ils sont heureux, tranquilles !
No doubt each person has their grief — one is ill, another is in love, another wants for money, another is tormented by an absence or a death; each has their grief, even several — but not like mine.
Sans doute chacun a son chagrin, l’un est malade, l’autre amoureux, l’autre désire de l’argent, un autre encore est ennuyé ou par une absence, ou par une mort, chacun a son chagrin, même plusieurs, mais pas comme moi.
For me, my whole life is grief.
Moi, toute ma vie est un chagrin.
You are no doubt saying: poor little idle girl, she thinks she alone is unhappy, when in fact she is happier than many. Not a bit of it — I understand life well enough to judge it clearly. And my grief is the most abominable of all. One loses a loved one; one weeps for a year, two years, one remains sad perhaps for all one’s life — but one has moments of forgetting, everything fades. The greatest sorrow loses its force with time. But an incessant, eternal torment!
Vous dites sans doute, pauvre petite désœuvrée, elle se croit seule malheureuse, tandis qu’elle est plus heureuse que bien des gens. Ah que nenni, je comprends assez bien la vie pour juger sainement. Et mon chagrin est le plus détestable de tous. On perd un être cher, on pleure, pendant un an, deux ans, on en reste triste pour toute la vie quelquefois, mais on a des moments où on oublie, tout s’efface. La plus grande douleur perd de sa force avec le temps. Mais un tourment incessant, éternel !
My age makes people think I am some little madwoman who... Oh! it exasperates me! If no one believes me, if no one understands me — so much the worse!
Mon âge fait croire que je suis une petite folle qui... Ah ! ça m’ennuie ! Si on ne croit pas, si on ne me comprend pas, tant pis !
I have just read Mme de Mouzay’s letters — one cannot be better; one cannot be more charming.
Je viens de lire les lettres de Mme de Mouzay, on ne peut pas être meilleure, on ne peut pas être plus charmante.
Oh! if only there were many like her!
Ah ! s’il y en avait beaucoup comme elle !
And yet, see — more often than not, those who wish to help cannot!
Et voyez, pour la plupart du temps ceux qui veulent ne peuvent pas !
She left Rome six years ago, and I rather doubt that her acquaintances will remember her. And besides, her influence was never very great.
Il y a six ans qu’elle a quitté Rome, et je doute bien que ses connaissances se souviennent. Et puis son influence n’a jamais été grande.
She gave seven letters: one for Miss Sophie Haigh, the aunt of Sir Haigh who is always with the Duke of Edinburgh; one for Monsignor de Falloux, at the Palazzo Ruspoli; one for the Abbé Litsz; one for Countess Antonelli née Garcia, Palazzo Antonelli; one for His Eminence Cardinal Antonelli, the Vatican Palace; one for Baron Visconti, former director of the Empirisme; and one for the Marquis d’Épinay, sculptor.
Elle a donné sept lettres, une pour Miss Sophie Haigh, la tante de sir Haigh qui est toujours avec le duc d’Edinbourg, une pour monseigneur de Falloux, au palais Ruspoli, une pour l’abbé Litsz, une pour la comtesse Antonelli née Garcia, palais Antonelli, une pour son Eminence le cardinal Antonelli , palais du Vatican, une pour le baron Visconti ancien directeur de l’Empirisme et une pour le marquis d’Epinay , sculpteur.
What will come of it? God knows.1
Qu’en résultera-til ? Dio lo sa.
So much do I doubt, so accustomed am I to misfortune, that I fear the name of Mme de Mouzay will actually do us harm. I fear it because it seems to me that everything friendly to us must be rejected and ill-treated, just as we are.
Tellement je doute et tellement j’ai l’habitude des ennuis que je crains que le nom de Mme de Mouzay ne nous fasse du tort. Je le crains, parce qu’il me semble que tout ce qui nous est ami doit être rejeté et maltraité comme nous.
What can one expect — I have paid dearly enough to know it!
Que voulez-vous, je suis payée pour cela !
This evening there is a grand performance at the Opera and Sivori will play. I am not going. There were only two boxes free — one on the first tier and the other next to the Surprising One’s. The first-tier one could do at a pinch, but I have no inclination to go. What a pleasure! To meet only unknown or unfriendly faces!
Ce soir grande représentation à l’Opéra et Sivori jouera. Je n’y vais pas. Et il n’y avait que deux loges libres, l’une au premier et l’autre à côté du Surprenant. A la rigueur celle du premier pourrait me satisfaire, mais je n’ai pas envie d’aller. Quel plaisir ! Ne rencontrer que des faces inconnues ou ennemies !
Notes
In Italian in the original: Dio lo sa. ↩