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Thursday, 5 August 1875
Jeudi 5 août 1875
At home they have got it into their heads that Audiffret is in love with me — I am furious; they will all look on me as a jilted woman.
A la maison on s’est fait l’idée qu’Audiffret est amoureux de moi, je suis furieuse, ils vont tous me regarder comme une délaissée.
They think me a superior creature, a conqueror in the manner of Alexander the Great. Why the devil do they think so — it seems to me that until now nothing justifies this idea.
Ils me pensent une créature supérieure, une conquérante dans le genre d’Alexandre le Grand. Pourquoi diable le pensent-ils, il me semble que jusqu’à présent rien ne justifie cette idée.
We are held in no regard anywhere — small wonder, then, that I am not either. I can accomplish nothing except through my looks. And that is pitiful. Looks should provide for luxuries, not for necessities. But let it be understood: it is not because I love Audiffer that I am shattered, but because it seems to me he is turning away, as so many others have turned away.
Nous ne sommes considérés nulle part, quoi d’étonnant que je ne le sois pas moi. Je ne puis rien que par ma figure. Or c’est pitoyable. La figure doit pourvoir au superflu et non au nécessaire. Or qu’on comprenne bien que ce n’est pas parce que j’aime Audiffer que je suis décollée, mais parce qu’il me semble qu’il se détourne comme se sont détournés tant d’autres.
And that thought causes me so much pain that I cannot even convey an idea of it.
Or cette pensée me fait tant de mal que je n’en puis donner même une idée.
First, I am wounded by that. Second, I am thwarted in my amorous schemes. Third, I am thwarted in my promenading schemes. The noise of carriages, the bustle1 of the streets jangle my nerves. The only pleasure I have is going to the Bois. It is cold, damp, it rains... All these vexations together put me in the most sullen humour imaginable. Others do not suffer from it — on the contrary I am amiable and I laugh — but for myself I am dreadful; I am bored, I am bored, I am bored, a hundred thousand times I am bored.
Je suis blessée par cela premièrement et, deuxièmement je suis contrariée dans mes combinaisons amoureuses. Troisièmement je suis contrariée dans mes combinaisons de promenade. Le bruit des voitures, le bustle des rues m’énervent. Je n’ai de plaisir que aller au Bois. Il fait froid, humide, il pleut... Toutes ces contrariétés mises ensemble me rendent de l’humeur la plus maussade imaginable. Les autres n’en souffrent pas, au contraire je suis aimable et je ris, mais pour moi-même je suis affreuse, je m’ennuie, je m’ennuie, je m’ennuie, cent mille fois je m’ennuie.
The fact remains that at the bottom of everything I find the eternal Girofla! I cannot forgive myself for thinking about him when he does not think of me.
Tant il y a qu’au fond de tout je trouve l’éternel Girofla ! Je ne me pardonne pas de penser à lui quand lui ne pense pas à moi.
Only someone who could measure my pride would understand my vexation.
Celui seul comprendrait mon dépit qui pourrait mesurer ma fierté.
I forgive myself very easily for adoring the Duke, for I find him worthy of me in every respect. But I do not forgive myself for my inclination toward this man. To test myself I tried to say to him, in imagination, “I love you” — or: “ah, how I love him!” And I find it impossible. I am distressed to think that people may perhaps suppose I loved the man and was unwilling to admit it. One is tempted to believe it, given how incredibly preoccupied I am with him.
Je me pardonne très facilement l’adoration pour le duc car je le trouve digne, sous tous les rapports, de moi. Mais je ne me pardonne pas mon penchant vers cet homme. Pour me rendre compte j’ai essayé de lui dire, en imagination, je vous aime, ou bien ah ! combien je l’aime. Et cela m’est impossible. Je suis désolée de penser qu’on pensera peut-être que j’aimai l’homme et ne voulais pas l’avouer. On est tenté de croire cela, par la façon incroyable dont je m’en occupe.
The fact is he pleases me and I should be delighted, charmed to be loved by him; as for loving him myself — that is another matter. I am too proud for that. I say I adore the Duke because, for me, he is not a man like the others — he is in the clouds — but I am certain that if I knew him, if I spoke with him, while still loving him I would esteem myself so far above even him, as a woman, purely as a woman, that I should look down on him from the top of Notre-Dame’s bell tower. It is ridiculous, and I understand very well that I am nothing — but for me, as woman to man, I consider myself a goddess.
Le fait est qu’il me plaît et que je serais enchantée, charmée d’en être aimée; quand à l’aimer moi-même c’est autre chose. Je suis trop fière pour cela, je dis que j’adore le duc parce que pour moi il n’est pas un homme comme les autres, il est dans les nuages, mais je suis certaine que si je le connaissais, si je lui parlais, tout en l’aimant je m’estimerais tellement au-dessus même de lui, comme femme, rien que comme femme, que je le regarderais du haut du clocher de Notre-Dame. C’est ridicule, et je comprends très bien que je ne suis rien, mais pour moi, de femme à homme je me considère déesse.
The landau comes and I go for a drive with Machenka and Smirnoff to the Bois in an execrable rain. I love to drive out when it rains — I do not speak, and I compose in silence a superb drama, with myself, Girofla, and a third character as its heroes. I have dreamed up such notions of grandeur that it is frightening. If I do not realise these dreams I shall be miserable.
Le landau vient et je vais me promener avec Machenka et Smirnoff au Bois par une pluie exécrable. J’aime me promener quand il pleut, je ne parle pas et compose en silence un drame superbe, ayant pour héros moi, Girofla et un troisième personnage. Je me suis fait de telles idées de grandeur que c’est effrayant. Si je ne réalise pas ces rêves je serai malheureuse.
I am rather pale and the fear of an illness like last summer makes me tremble. I hope God will have pity on me.
Je suis assez pâle et la crainte d’une maladie comme l’été dernier me fait trembler. J’espère que Dieu aura pitié de moi.
Laferrière is making me a gown in the First Empire style. I shall have my portrait done at Walery’s in this style. It suits me admirably.
Laferrière me fait une robe genre du Premier Empire. Je ferai ainsi mon portrait chez Walery. Ce genre me va admirablement.
What a bore, to go to Schlangenbad! Everything seems tedious; I see everything in grey, through rain and fog. I am a woman of sunshine — I no longer live when it does not warm me. I was foolish enough to detest it; I was mistaken — it is sunshine that makes me live. When the sun does not shine I am ready to lie down on the ground and remain there, numbed, desiring nothing; I find everything ugly, everything sad; I find myself ugly, stupid, ignorant.
Quel ennui d’aller à Schlangenbad ! Tout me semble ennuyeux, je vois tout en gris, à travers la pluie et le brouillard. Je suis une femme de soleil, je ne vis plus quand il ne me chauffe pas. J’ai eu la bêtise de le détester, je me trompais, c’est lui qui me fait vivre. Quand le soleil ne brille pas je suis prête à me coucher par terre et à rester ainsi engourdie sans rien désirer, je trouve tout laid, tout triste, je me trouve laide, bête, ignorante.
Doucet is making me linen of the utmost elegance. How I love pretty things — no one loves and understands them as I do. I am going to read. Good night.
Doucet me fait du linge de la dernière élégance. Que j’aime les jolies choses, personne ne les aime et ne les comprend comme moi. Je vais lire. Bonsoir.
Notes
“Bustle” in English in the original. ↩