Sunday, 7 March 1875
# Dimanche, 7 mars 1875
J'étais si enchantée de mon minois qui, sans me flatter, était adorable, que je ne pus rien faire que jouir du plaisir de me voir admirer. Je ne sais pourquoi, dis-je, je suis si gaie aujourd'hui. Il y a de quoi, des asperges, des concombres frais et un nouvel opéra !
On donne pour la première fois "Il conte Ory". Nous avons le numéro quatre au bel étage.
Allard me fait une coiffure genre Empire, et je mets la robe blanche de soie avec la robe juive. Se sentir jolie, élégante, gaie, et personne ! Chien de chiens !
La salle est pleine, mais je m'ennuie à rester seule comme une poupée, me taire et n'avoir personne à regarder. Aussi vers le milieu de la soirée je suis engourdie, mon gosier se dessèche et il me semble qu'il aurait fallu quelque chose comme le diable... O dérision ! ô cœur humain, ô femme !...
Dans le salon d'attente je vois défiler tout ce monde de Nice, que je hais et méprise par dépit, et parce qu'il le mérite. 0 la triste salle, cette Prodgers et cette Vigier qui plongeaient leurs becs dans le parterre comme des oiseaux de proie affamés. Cet éternel Gros qui voltigeait de loge en loge pour donner un peu à toutes le bonheur d'un cavalier... ce pâle, jaune et bilieux comte polonais qui voyant que je ne le regardais pas dans sa loge va, au parterre et s'appuyant contre une loge, les bras croisés me fixe, quand cette manœuvre ne réussit pas, il va dans la grande loge et, de là, me persécute encore.
Il y avait bien Arnim, mais pour peu de temps. Puis cette Volkenstein aux bras rouges, et plusieurs autres misères dans ce genre.