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Tuesday, 23 February 1875
Mardi, 23 février 1875
Adam is drunk, the stove is good for nothing, and we have no luncheon. You must understand that when I am hungry I become ferocious, or else I weep — today I wept. Maman is leaving for San Remo. It is dreadful. The doctors understand nothing of her illness and put everything down to nerves. The doctors’ two ways out^[In Italian in the original: Le duc uscite degli medici — so in the transcription; probably for le due uscite (“the two exits”, i.e. the doctors’ two stock explanations), with Marie’s degli for dei. The reading is uncertain.] — the chest, or the nerves.
Adam est ivre, le fourneau n’est plus bon à rien et nous sommes sans déjeuner. Il faut qu’on sache que, quand j’ai faim, je deviens féroce ou bien je pleure, aujourd’hui j’ai pleuré. Maman part pour San Remo. C’et affreux. Les médecins ne comprennent rien à sa maladie et mettent tout sur le compte des nerfs. Le duc uscite degli medici, la poitrine ou les nerfs.
When she comes to embrace me before leaving, I lifted her lip with my finger and saw pale gums, almost white — one could clearly see there was no blood there. I shuddered, the rosy flesh seeming so frightening in its pallor. At five o’clock Nadia suggests we go to look at the sea — in this wind it must indeed be beautiful. I put on Dina’s hat and looked like one of those little English girls in the picture books, my pèlerine trimmed with skunks^[In English in the original.] over the long brown dress, a white veil, and thus disguised I went out, certain — or rather desirous — not to be recognised.
Quand elle vient m’embrasser avant de partir je soulevai sa lèvre avec le doigt et vit des gencives pâles, blanches presque, on voyait bien qu’il n’y avait pas de sang là. Je frissonnai tant cette chair rosée me parut effrayante par sa pâleur. A cinq heures Nadia me propose d’aller regarder la mer, par ce vent, en effet, elle devait être belle. Je mets le chapeau de Dina et j’avais l’air d’une de ces petites filles anglaises qu’on représente sur les gravures, ma pèlerine garnie de skunks par-dessus la robe marron qui est longue, un voile blanc et ainsi déguisée je sors certaine ou plutôt désireuse de n’être point reconnue.
We threw pebbles into the sea, and after this innocent occupation made our way to the Cercle and turned back. In this wind and at this hour no one was on the Promenade except the little Spaniard who hovered around us and Lucie Durand who passed in her carriage, recognised me, and saluted me several times with a smile — no doubt amused by my long skirt. In the evening — a sad evening, which I spend at table in Maman’s room with Sacha, Nadia, and my aunt, weeping, or rather shedding torrents of hot, salt tears accompanied by bitter words. Sacha tried to reassure me, but in vain.
Nous avons lancé des cailloux dans la mer et après cette innocente occupation allâmes jusqu’au Cercle et de là nous en retournâmes. Par ce vent et à cette heure personne n’était sur la Promenade excepté le petit Espagnol qui tournait autour de nous et Lucie Durand qui passa en voiture et m’a reconnue et saluée à plusieurs reprises en souriant sans doute pour ma robe longue. Le soir, triste soir que je passe à table dans la chambre de maman, avec Sacha, Nadia et ma tante, à pleurer ou plutôt à verser des torrents de larmes chaudes et salées accompagnées de paroles amères. Sacha tâchait de me rassurer mais en vain.
And why was I weeping? For the same thing, always. Do not tell me that, Uncle — you do not even believe it yourself. Men are made to live in society; God gave them speech to express their thoughts, but to whom? To their fellow creatures. Even animals — look at dogs: Victor does not stay alone, he goes to the Promenade — why? Because he finds other dogs there. Wild, ferocious wolves do not live in isolation either; birds fly in flocks, fish swim in shoals. Besides, why am I telling you things you know, that everyone knows? I am not speaking of a society life, of spending one’s time at balls and in company — but I ask only enough to live decently, just decently. Nothing more... and I weep, but face uncovered and head held high. — But, Moussia, he says, you study, you are occupied. — Ah, there it is! Why precisely do I study — why do I have a fine voice, why do I speak several languages? Assuredly not to be locked up between four walls^[In Italian in the original: fra quattro mura.]. Is it so that I may be praised in front of some relative come from Russia? But why do you despair — you whom God has given everything? — Well yes! I will say, like Rosina: what good is wit, what use is beauty^[In Italian in the original: a che serve lo spirito, a che giova la belleza — Rosina’s words in Rossini’s The Barber of Seville.] — shut in as I am, hidden, isolated, wretched?
Et pourquoi pleurais-je, pour la même chose toujours. Ne me dites pas cela, diadia, vous ne le pensez pas même, les hommes sont faits pour vivre en société, Dieu leur a donné la parole pour exprimer leurs pensées, mais à qui ? A leurs semblables. Les bêtes mêmes, voyez les chiens, Victor ne reste pas seul, il va à la Promenade, pourquoi ? parce qu’il y trouve d’autres chiens, les loups sauvages et féroces ne vivent pas non plus isolés, les oiseaux volent par troupes et les poissons nagent par bandes. D’ailleurs pourquoi vous dis-je des choses que vous savez, que chacun sait. Je ne parle pas d’une vie mondaine, de passer son temps aux bals et dans le monde, mais je demande seulement assez pour vivre convenablement, seulement convenablement. Rien de plus... et de pleurer mais la figure découverte et la tête haute. - Mais, Moussia, dit-il, vous étudiez, vous êtes occupée. - Ah voilà ! justement pourquoi étudie-je, pourquoi ai-je une belle voix, pourquoi parlé-je plusieurs langues ? Ce n’est assurément pas pour être enfermée fra quattro mura. Est-ce pour qu’on me loue devant quelque parent venu de Russie ? Mais pourquoi vous désespérez, vous à qui Dieu a tout donné - Eh oui ! Je dirai comme Rosine: a che serve lo spirito, a che giova la belleza enfermée que je suis cachée, isolée, misérable ?
And so it went, all the time. At ten o’clock I go to work, and at eleven I go to bed shattered and desperate. For to my chronic anxieties is added the fear for Maman’s life. I feel particularly sad and alone after her departure — it was never so before. My prayer was one long sob, but once in bed I embark on a long conversation about ways of setting things right, and the result of my calculations is brilliant. God does not wish me to be entirely wretched, and He sends me hope.
Et ainsi, tout le temps, à dix heures, je vais travailler et, à onze heures, me couche brisée et désespérée. Car à mes inquiétudes chroniques se joint la crainte pour la vie de maman. Je me sens particulièrement triste et seule après son départ, jamais ce n’était ainsi. Ma prière était un long sanglot mais une fois couchée j’entame une longue conversation sur les moyens de s’arranger et le résultat de mes calculs est brillant. Dieu ne veut pas que je sois tout à fait malheureurse et il m’envoie l’espérance.