Neděle 31. ledna 1875
Dimanche, 31 janvier 1875
Un vent plus que terrible pour que l'on comprenne son intensité je dirai que je fis fermer la voiture. Nous sommes tous devenus fous et l'intérieur de cette voiture était des plus bêtes, moi, Marie et Olga dans le fond, Paul, Cima et Luba sur le devant, chacun un ballon rouge à la main, et tout cela riant, rugissant et par des chiquenaudes envoyant les ballons à la figure les uns aux autres. Excepté à moi bien entendu, je modérais et retenais les cinq furieux.
Heureusement le sifflement du vent et le grondement des vagues couvraient leurs rires et leurs cris. Beaucoup de gens regardaient en souriant comme pour dire voilà des enfants qui s'amusent.
On pense bien qu'après un tel travail de langue et de gosier chacun eut faim, on se rua sur la table et on dévora un poulet mais qu'était-ce qu'un poulet ? Moins que les sept poissons et les cinq pains pour les quatre mille affamés.
Après dîner pendant lequel on a parlé du magnétisme, de Hume (je ne sais pas écrire ce nom), de Cagliostro, j'amène le bataclan au premier du pavillon, et là Cima, qui se pique d être magnétiseur [Rayé: commence], se met à endormir Olga, pendant que, de mon côté, je tâchais d'endormir Marie.
Au bout d'une demi-heure ou trois quarts d'heure je ne fis que lui donner un mal de tête, mais Olga dormait. J'étais tout yeux, et retenais l'haleine.
J'avais entendu parler, j'avais lu des choses étranges mais jamais je n'en ai vues. Elle se leva, se tordant les bras et sanglotant [...]
J'étais stupéfaite.
Mais tant que la petite resta dans la même chambre que Cima elle ne cessa *de* trembler.
Le comte de J. Balsamo me revint à l'esprit et je voulus absolument être endormie [...]
On ne pouvait douter en la voyant les yeux fermés, prête à tomber, se tordant les bras et pleurant, avec une telle expression de souffrance sur la figure que nous eûmes peur.
Mais mon tour vint. Oh ! faites-moi dormir, mais tout à fait, et puis faites-moi parler, faites-moi voir, je vous en prie, M. Cima, non ne me faites pas parler.
Bien, comme vous voudrez, *je* vais essayer, d'ailleurs si vous voulez savoir quelque chose, je vous ordonnerai et vous verrez sans parler.
Bien, commencez, je crois, faites - et je m'assis résolument et croyant en effet, et fermai les yeux.
Mais au bout d'une demi-heure au plus, je ne sentis qu'une pesanteur dans la tête, j'eus chaud aux pieds et froid aux doigts.
J'espérais, folle que j'étais, en dormant voir, comme Lorenzo, voir le duc [...]
Le reste de la soirée se passa en bêtises, mais je ne cessais de penser aux choses que j'ai vues et je vais m'occuper de magnétisme, j'y crois. Cima dit qu'il appartient à une société de magnétiseurs de Genève et je le suppliai de m'y faire recevoir.
Je crois qu'il parle un peu de Cagliostro, il me promit d'écrire à Genève. Ah ! si c'était vrai. Ah ! si ce n'était pas une plaisanterie ! Ah ! si je pouvais vraiment en faire partie !