Субота, 19 лютого 1876
J'ai rêvé d'Audiffret, et avant d'aller à notre balcon du Corso, nous racontons nos impressions d'hier soir.
Comme je disais mon opinion sur Antonelli :
— Ma chère, me dit maman, les déclarations d'amour du monde entier ne te feront aucun plaisir...
— Ce sont des bêtises, dis-je tout haut.
C'est parfaitement vrai, dis-je tout bas.
— Il te plaît, continua maman, et tu lui plais aussi.
— Cela ne se voit pas.
— Eh bien, voilà justement par où il te tient.
Je laisse dire, je comprends le sentiment de vantardise que doit éprouver chaque mère bien née.
C'est le premier jour du carnaval. Le Corso est peu animé...
On m'apporte de la poste une "Vie Mondaine"...
— "Il était de taille moyenne, nerveux, vigoureux mais mince et élégant..."
Tout cela lui composait une physionomie que les femmes ne voyaient pas avec indifférence...
— Dans cela, faites je vous prie la part du roman.
[En travers: D'un mauvais roman.]
Un homme comme cela doit être beau avec le costume d'Hamlet.
Cela avec plusieurs autres choses met le comble à mon humeur désespérée...
J'attends avec impatience la mascarade de l'Apollo. J'irai en domino.
Pourvu que je ne crève pas avant. Je suis si misérable que je crains de mourir.
Dieu si je pouvais trouver un endroit pour pleurer à mon aise !
Et on ose me demander pourquoi je ne retourne pas à Nice ! Cap de Biou !
Mon Dieu, mon Dieu, donnez-moi la patience d'attendre, calmez-moi !
Et si l'attente est vaine, si le procès est perdu, ou s'il traîne encore !
Ma tête allait éclater et je me suis permis de pleurer...
Ah ! ma chambre, ah ! mon malheur.
Ai ! que c'est embêtant la vie !
Il paraît que ça n'a pas eu lieu le 14, et la représentation de Vigier est remise au 19.