П'ятниця, 18 лютого 1876
Au Capitole, le soir il y a un grand bal paré, costumé et masqué...
A onze heures nous y allons.
Moi, Dina et sa mère. Je n'ai pas mis de domino...
J'avais très peur et n'osais parler à personne...
aucune idée des personnes qu'on rencontre.
— Tiens, voilà Besnard ! dis-je.
— Ah ! ha ! dit Besnard, je te reconnais très bien.
— Vraiment ! alors dis-moi qui je suis.
— Le voulez-vous ?
— Oui, mais à l'oreille.
— Hôtel de Londres.
— Qu'est-ce que ça prouve ?
— Et la voix, vous êtes donc encore enrouée.
— Je suis enrouée pour ce soir, autrement je chante au lieu de parler.
— Je le sais bien, comme un rossignol !
Bon, cet animal m'a reconnue, ainsi que la plupart du monde.
Domenica va s'asseoir, Dina est enlevée par le vieux prince Mechtchersky...
Arrive le duc Cesaro,
— [Mot noirci: Ami] de celui que je cherche, lui dis-je, donne-moi le bras.
— Qui cherches-tu ?
— Antonelli, va-t-il venir ?
— Oui, en attendant reste avec moi, la plus élégante femme de toute la terre.
— Oh ! le voilà !
— Oui, mais...
— Je reste encore avec toi, tu es charmant.
Mais au bout d'un instant nous retrouvons Antonelli.
— Mon cher, je te cherchais.
— Bah !
— Seulement comme c'est pour la première fois que je vais t'entendre...
Il paraît que c'était spirituel car Cesaro et deux autres se sont mis à rire...
— On reconnaît bien la taille, me disait-on de tous côtés, pourquoi n'es-tu pas en blanc ?
— Je crois, ma parole d'honneur que je joue le rôle d'un chandelier...
— Je le crois aussi, dis-je, va-t-en.
Et prenant le bras du jeune fat...
Je le traitais de petit fou, de jeune fat...
— Combien de fois as-tu aimé ? demanda-t-il.
— Deux fois.
— Oh ! ho !
— Peut-être même plus.
— Je voudrais bien être le *plus.*
— Jeune présomptueux !
— Quel âge as-tu ?
— Vingt ans et je suis mariée depuis deux ans.
Alors il se mit à rire car il me reconnaissait...
— Dis-moi, pourquoi tous ces gens m'ont-ils prise pour la dame en blanc ?
— Mais tu lui ressembles, c'est pour cela que je suis avec toi, je suis amoureux d'elle comme un fou.
— C'est peu aimable à dire.
— Que veux-tu ? c'est ainsi.
— Tu la lorgnes Dieu merci assez et elle est contente et elle pose.
— Non, jamais, elle ne pose jamais, on peut tout dire excepté cela !
— On voit bien que tu en es amoureux.
— Je le suis de toi, tu lui ressembles.
— Fi ! mon petit, je suis bien mieux faite.
— N'importe, donne-moi une fleur.
Je lui donnai une fleur et il me donna une branche de lierre en échange.
— Tu as l'air d'un prêtre, est-ce vrai que tu vas être consacré ?
Il se mit à rire.
— Je déteste les prêtres, j'ai été militaire.
— Toi ! tu n'as été qu'au séminaire.
— Je hais les jésuites, c'est pour cela que je suis sans cesse brouillé avec ma famille.
— Mon cher, tu es ambitieux et tu aimeras qu'on te baise la pantoufle.
— Quelle adorable petite main ! s'écria-t-il en me la baisant...
— Pourquoi as-tu si mal commencé avec moi ? demandai-je.
— Parce que je t'avais prise d'abord pour une Romaine et je déteste cette femme.
En effet lorsque j'étais avec Cesaro, il m'offrit de nous asseoir...
— Si tu ne vas pas chasser ce petit fou, ai-je dit à Cesaro, je vais m'en aller.
Et Cesaro a chassé le petit fou.
Je n'ai vu les hommes qu'à la promenade, au théâtre et un peu chez nous.
Doria seul ne perdait pas sa dignité...
Dix fois j'ai quitté mon jeune amusement et dix fois il m'a retrouvée.
Domenica disait de partir mais le petit me retenait...
Je reprends encore Cesaro et lui dis un tas de choses...
Mais je finis par Antonelli, je lui donne rendez-vous à la place Colonna...
suivre, car tous ceux qui m'ont vue dans la rue m'ont reconnue.
Je me suis amusée et désillusionnée.
J'ai encore parlé à une quantité de personnes mais je ne me souviens de rien...
Ah I le misérable fils de prêtre a emporté mon gant...
— Tu sais, dit-il, je ne dis pas que je porterai ce gant toujours sur mon cœur...
Nous avons laissé Fortuné pour détourner les soupçons, il retournera tout seul.