Середа, 28 травня 1873
# Mercredi 28 mai 1873
Je me suis baignée dans la mer, il n'y avait presque personne.
Mme de Mouzay nous a invitées aujourd'hui à dîner. C'est son anniversaire de naissance. Je ne voulais pas aller, mais comme elle a tant prié dans sa lettre je suis allée (robe rose). J'espérais qu'il n'y aura pas *ces* jeunes gens de cinquième qualité et français, encore un grade de moins. Mais malheureusement il y en avait un et je l'ai mis entre moi et Dina. Je crois que Mme de Mouzay croit me faire plaisir en le mettant à côté de nous. Mais c'est tout simplement une punition pour moi. Autant j'aime la société d'hommes du monde, des gens qui, je [ne] sais comment dire, enfin de la première qualité, autant je déteste la société de ces hommes détestables.
J'étais récompensée d'ailleurs, nous avions la plus fameuse canaille de toute la ville, et même plus, c'est le Révérend Père Lavigne. C'est un ex-moine jésuite, chassé du couvent, venu à Nice sans un seul sou. Maintenant il est riche, mange et boit plus que bien et a bâti une splendide église à l'avenue de la Gare, par le produit de ses quêtes et par ses sermons. Il parle bien mais c'est un jésuite, une canaille, un prêtre catholique, aristocrate, c'est tout dire. Il nous a prêché toutes sortes d'absurdités à dîner: "Il faut prier et ne rien faire pour être au ciel. Si on travaille toute la journée, on ne mérite rien, si on prie toute la journée on est au ciel". Canaille qu'il est ! Nous allons voir son église vendredi à deux heures. Il
a beaucoup de succès par ses sermons, quant à moi je ne lui aurais pas donné un sou pour toutes les balivernes qu'il dit. C'est une curiosité d'ailleurs de voir *le Révérend Père Lavigne* et je ne suis pas fâchée d'être allée à ce dîner.
Nous sommes retournées à neuf heures.
Je vais apprendre l'A B C russe à Palajka.