Четвер, 8 травня 1873
# Jeudi 8 mai 1873
Beau, mais vent.
A dix heures au bain, moi, Dina et ma tante nous nous sommes baignées, maman nous a accompagnées (robe blanche, chapeau rose, bien). Assez de monde sur la plage sans doute. J'ai bien et beaucoup nagé.
A deux heures et demie, à la gare pour reconduire les Howard, beaucoup de monde sont venus les reconduire. Notre cercle était fort grand, moi, Dina et Hélène nous nous sommes promenées dans la gare. Il n'y avait personne du monde qui reste à Nice (robe neuve, bien). Hélène est une enfant gâtée, mais je l'aime parce qu'elle n'admire pas les vues, ne prétend pas une adoration pour les fleurs, ne se dit pas sensible, sentimentale, ne se compare pas à une fleur (comme Mlle Collignon). Elle admire sans doute les vues et les fleurs plus que les personnes qui le disent sans cesse, car elles sont tellement occupées à le faire voir aux autres qu'elles n'ont pas le temps de le faire vraiment. J'ai des idées peut-être plus poétiques que Mlle Collignon (qui néglige son devoir, me fait perdre le temps, cela me révolte, je ne puis voir des personnes sans conscience !) mais je ne le crie pas à tous les passants. Les gens qui ne me comprendront pas, je ne tiens pas à eux; mais ceux à qui je tiens me comprendront.
Dina affecte un air désintéressé, indolent, assoupi, dit à chaque instant, lorsqu'on parle du mariage, qu'elle veut épouser un vieux, riche et bête, Dina a des idées les plus stupidement sentimentales, des *demoiselles* russes. Nous allâmes jusqu'à Monte-Carlo avec les Howard, j'étais à côté d'Hélène, nous nous convenons assez, elle m'a fait mille protestations d'amitié, pas sur paroles comme les *sentimentales fleurs douces et charmantes,* mais sans le dire, elle l'a dit par ses yeux, ses paroles brèves, même brusques parfois et en parlant de choses indifférentes. Je l'ai priée de m'écrire. Ils partent pour l'Italie. Nous nous sommes quittées avec toute la famille, tout à fait amicalement. Comme la mère adore Hélène...
Puis dans la salle, sur le balcon, au jardin, puis il fallait partir, j'ai pris maman qui n'est pas encore très forte, et nous partîmes à six heures et demie.
En pas*sa*nt par la gare sa voiture nous passa, je l'avais vu près de la gare attendant quelqu'un, mais la personne n'était pas venue, la voiture partit vide, je ne sais si je me trompe, mais maman a reconnu la voiture, je crois qu'elle a quelques soupçons car je rougis quand on parle de lui, etc. etc. C'est sans doute pour un autre qu'était la voiture.