Lundi 11 juin 1883

Mon père est mort.
On a reçu la dépêche ce matin à dix heures. C’est-à-dire à l’instant, ces folles en bas disaient qu’il fallait que maman revînt à la minute sans attendre l’enterrement. Et je suis montée ici très émue mais ne pleurant pas seulement lorsque Rosalie est venue me montrer l’arrangement d’une robe je lui ait dit “ce n’est pas la peine, monsieur est mort”.
Et [je] me mis à pleurer, irrésistiblement.
Ai-je des torts envers lui ? Je ne crois pas. J’ai toujours tâché d’être convenable... Mais dans un moment pareil on se croit toujours coupable de quelque chose... Il fallait partir avec maman... mais nos relations n’étaient pas assez tendres pour que mon départ eut raison d’être... Qu’importe il fallait faire plus que ce qui était juste. Mais [Rayé il était innocent, je] ne pourrais pas rester là... il m’avait froissée de mille manières et il faut que tout soit fini pour que j’oublie entièrement.
J’attendais avec une sorte d’impatience un dénouement, sans le désirer, mais cette idée d’un évènement, d’être en grand deuil..., il y avait là une occupation, une nouveauté...
Dois-je me reprocher ces pensées ? Je fais surtout mal en les écrivant, il passe tant de choses par le tête que si on les écrivait...
Il n’avait que cinquante ans, tant souffrir !.. Et n’avoir en somme fait de mal à personne: très aimé chez lui, parfaitement honorable, probe, ennemi de tout tripotage et très bon garçon.