Vendredi 17 novembre 1882

Ainsi je vais désormais être moins que n’importe qui, incomplète, infirme... J’aurai besoin de la complaisance et de la complicité des miens, de la délicatesse des étrangers. L’indépendance, la liberté tout cela est fini.
Moi si fière, il me faudra rougir et me défier de moi à chaque instant. J’écris ceci pour m’en pénétrer mais je n’y crois pas encore. C’est tellement horrible, mais je ne me rends pas encore compte, c’est si cruel, si incroyable...
La vue de ma figure fraîche et rose dans une glace me remplit de pitié... Oui, tout le monde le sait ou va le savoir, tous ceux qui étaient déjà si heureux de me décrier... Elle est sourde...
Mais Mon Dieu pourquoi tout à coup cette chose épouvantable, affreuse, atroce ? Pourquoi pas une jambe cassée, ou une dent ou même est-ce que je sais. Pourquoi cela ?
Je n’y crois pas encore.
Nous avons été chez les Gavini, toujours mêmes amitiés, mêmes conversations, on meurt d’ennui à Paris, il n’y a personne etc. Dans six semaines on s’amusera beaucoup et l’année prochaine en novembre elle va de nouveau dire, que c’est une calamité, que cette année on ne voit personne etc., jusqu’à ce que les salons se rouvriront de nouveau.
J’ai aussi vu Julian mais pas longtemps, il a eu pourtant le temps de parler du grand bonapartiste et je lui ai demandé ce qu’il reçoit par mois pour entretenir cette flamme dans mon cœur.

Poznámky

The «great Bonapartist»: Paul de Cassagnac (1842–1904). ↩