Samedi 18 novembre 1882

Mme Gavini est venue, papa est très malade et j’ai vu Tony et le portrait.
Je le trouve mauvais ce portrait. Ce n’est pas moi, ce n’est pas mon expression ni ma bouche, ni mon teint. Je ne suis pas si pâle, j’ai les yeux beaucoup plus vifs et la bouche infiniment plus enfantine, quant au nez il m’a fait des arêtes et des duretés entre les yeux que je n’ai pas. Toute ma figure enfin est trop délayée, malgré cette dureté déplacée du nez, et la pose n’est pas de moi, je ne suis jamais si raide que ça et je n’ai jamais eu les joues soufflées comme ça ni les cheveux aussi bien peignés.
Enfin, pourvu que ma famille le trouve bien, car c’est quatre mille francs... à payer.
Je ne dis rien de ce que j’en pense, au contraire je tâche d’admirer, mais ce soir en face du portrait cela m’a été impossible. Enfin, ce ne serait pas ressemblant, ce serait embelli ou enlaidi, mais ça aurait pu être une jolie chose, une peinture bonne à voir, enfin une œuvre d’art agréable (j’entends par agréable non pas doux, maniéré et bourgeois, mais tout ce qui est agréable aux yeux de gens intelligents, enfin une bonne chose). Et ce n’est pas cela.
Tout est travaillé jusqu’à épuisement, tout est affadi...
Bojidar arrive pendant le dîner. Il a pris des airs homme et blague Sarah.

Poznámky

Sarah Bernhardt (1844–1923), the great actress. Three days earlier Marie wrote that Bojidar used to believe in "la virginité de Sarah Bernhardt dont le fils a été à l'école avec lui" (097.0073); now, putting on "the airs of a man", he jokes about her private life, which was the subject of endless gossip. ↩