Lundi 28 mars 1881

Je fais le concours le matin, quant aux après-midi je me promènerai. Nous allons chez la reine où il y a une foule de monde; ça m’ennuyait d’y aller, je n’étais pas à l’aise connaissant si peu la marquise d’Altavilla, sa dame d’honneur et la marquise de Merced, femme du chambellan. Voilà huit mois que nous n’y sommes allées. Ces dames ont été très aimables, de sorte que la glace est rompue et que j’y retournerai avec plaisir.
La reine nous a dit qu’elle donnerait des fêtes après Pâques et nous y a invitées. Et puis des choses gentilles que j’ai des yeux intelligents, enfin me voilà tranquille. Vous savez chacun passe à son tour comme chez Laferrière, après nous venaient les Appletcheieff, vous savez que madame a été fille publique. Du reste sa tenue est si peu correcte que Mme d’Altavilla m’a demandé d’un air singulier si je pouvais lui dire qui était Mme Appletcheieff avant son mariage. J’ai dit que je ne savais rien. Miranda n’est plus à l’ambassade, le poste qu’il occupait est supprimé, au surplus il a beaucoup d’ennemis, il paraît aussi qu’il n’est pas très immaculé. Le voilà coulé et il y a longtemps que nous aurions dû aller voir sa fille, aussi quand nous sommes arrivées Rosita et le père ont été ravis. J’ai été très aimable exprès pour qu’ils ne pensent pas que leur changement de situation m’influence.
Grâce à Saint Amand on parle beaucoup du bal costumé que nous allons donner, ce sera la plus belle des fêtes, un grand succès, tout le monde en parlera, il y aura les personnalités les plus en vue, les femmes les plus élégantes, les grands noms. Plus de deux cents personnes. Enfin il se l’ai mis en tête. L’enfant est élégante, jolie, intelligente etc. etc. Un succès chez Dalmas, puis il faut le succès de la soirée et enfin le tableau.
Il s’en charge, Saint Amand.
J’ai un cordonnier qui s’appelle Delmas et qui fait de mon pied, déjà petit, un objet de curiosité. On ne comprend pas comment on marche avec ça, c’est étroit, pointu, pas naturel mais joli et étonnant. Cela a causé une sorte de stupéfaction aux dames du Palais, et M. de Merced ne cache pas son étonnement, il regarde le pied. Je ne crois même pas qu’on trouve cela joli mais c’est extraordinaire. Et surtout c’est que les talons sont très bas, ou avec de hautes talons c’est facile à faire mais c’est large et laid.

Poznámky

The Queen: Queen Isabella II of Spain (1830–1904), who had been living in exile in Paris since 1868. She held court at the Palais de Castille and was a fixture of the Bonapartist social set. ↩