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Jeudi 11 décembre 1879
Nous allons nous promener en traîneau avec Mme Gavini et elle nous apprend que Multedo se marie.Après le premier moment de surprise j’en suis contente... C’est un bon garçon et il épouse une jeune et jolie personne de bonne famille et assez riche, 300.000 francs de dot. Et puis cela m’évitera les scènes. J’ai failli plusieurs fois me quereller avec les Gavini qui voulaient que je l’épouse et comme je refusai ils voulaient toujours que ce soit parce que j’avais quelque chose contre lui. J’avais beau jurer que je n’avais rien mais que simplement il ne me plaisait pas. C’est à ce point que Mme Gavini l’a dit plusieurs fois à Multedo. Chaque fois qu’il parlait de nous elle lui disait de se taire, que je le détestais et que c’était bien fini. Samedi dernier encore il m’a demandé si je le détestais vraiment alors je lui ai franchement expliqué que mon indifférence seule était cause des idées que c’était forgées Mme Gavini, que je n’avais rien contre lui et que si je n’étais pas amoureuse de lui ce n’était pas une raison pour croire que je le haïssais.
Donc nous rentrons de promenade après avoir passé chez les Randouin où nous laissons Mme Gavini et nous trouvons à la maison mes mères et Bojidar auxquels nous apprenons la nouvelle. Alors mes mères sont surprises et vexées, elles ont cru que Multedo allait mourir d’amour pour moi et maman commence à gémir qu’elle voudrait bien être à la place de Mme de Lattena (c’est le nom de la future belle-mère) qu’elle serait sûre au moins et mourrait tranquille. Moi, vous comprenez, je l’ai priée doucement de ne pas répéter de telles choses parce que bien que tout le monde sache que c’est moi qui ai refusé ce monsieur, en entendant la mère tenir ce langage tout le monde dira que nous sommes abandonnées. Surtout de moi cela se dira facilement, j’ai tant de guignon; On a bien dit que Janvier de la Motte n’avait pas voulu de moi quand je l’avais refusé avec colère avant qu’il me fût présenté.
Que croyez-vous que ma mère a répondu ? Elle a répondu que cela ne la regardait pas et qu’elle répéterait devant tout le monde ce qu’elle venait de dire que... et là-dessus une querelle, la résurrection de tous les anciens griefs, et serment sur l’honneur que c’est moi que me compromet et me perds et que tout le monde sait que je me fiche d’elle, qu’elle peut dire ce qu’elle veut et qu’elle dira devant tout le monde ses regrets et ses jalousies etc. etc.
Et moi je vous le jure je ne faisais que démontrer en termes très modérés, que de pareilles choses nous compromettaient et m’humiliaient.
Mais allez-donc ! Elles sont folles et elles diront plutôt tout le diable que de convenir que j’ai raison quand nous sommes en famille et qu’il n’y a personne et qu’on peut se concerter. Et devant le monde une servilité affectée qui fait dire que je mène toute la maison. Enfin, des folles... Moi, je lâche tout.
Je lâche Arnaud qui ne s’occupe pas de moi.
La soirée finit en farce, ces dames, la Princesse, Bojidar, Alexis et Blanc s’en vont aux Variétés et nous, Dina, de Toulouse et moi tirons un souper au champagne de l’armoire et après avoir soupé, nous arrangeons quatre couverts pour qu’on pense qu’il y a eu du monde et je verse de l’eau au vin blanc dans la bouteille de champagne vidée que je bouche soigneusement; même truc pour le foie gras que je recolle. Ils reviendront tous souper. Bon appétit.