Jeudi 4 décembre 1879

J’ai parlé de l’exposition de Nice à mes maîtres, ils m’approuvent. Mais cela m’éloignerait de l’atelier pendant deux nouvelles semaines et voilà déjà trois semaines que j’en suis sortie et j’ai l’air de tout lâcher. En un mot je suis tracassée, je verrai Tony samedi.
Ce soir dîner chez la Mouzay. Nous, le comte Gurowski (beau-frère de la Reine Isabelle), le comte Mazewski un Polonais du Crédit Foncier, deux Américains Kent et Dubois et enfin Gaillard que j’ai fait inviter pour le complimenter sur son chant des races latines, publié dans la Revue de Mme Adam. C’est un jeune homme d’Avignon à face irrégulière de Sarrasin avec un épi au sommet de l’occiput qui lui donne l’air cocasse avec son emphase et son calme étrange de méridional. La Mouzay le pousse et le suit se débattant dans l’océan parisien, sans amis, tout seul. Elle l’a fait dîner avec L. Ulbach et d’autres et cet avocat doublé d’un poète commence à percer. Il fait de très beaux vers mais il les dit comme [un] cochon. Je crois du reste qu’il finira dans une maison de santé, il a quelque chose de fou dans la figure. Je cause avec lui à cause de ses opinions et des gens qu’il voit et il me propose de faire quelque chose pour la Revue, de lui faire des traductions du russe. Vous pensez bien que je suis enchantée et le ferai quand il le voudra.