Mercredi, 3 décembre 1879

J’ai oublié de garder le journal avec le mot de Gambetta; M. de Baudry d’Asson, le fils des géants, le Vendéen, le grand chasseur devant le Seigneur, monte à la tribune et commence: « Dans les circonstances actuelles et ne voulant pas faire le jeu d’un ministère aux abois... M. le Président. » M. Baudry d’Asson, je vous engage à employer un style moins cynégétique.
Cela causa une gaieté qui dura près de cinq minutes, le mot ne pouvait tomber plus à pic. Il m’a d’autant plus fait plaisir que l’on reproche à Gambetta de ne pas avoir le trait.
L’autre soir avec De Daillens nous avons decide d’essayer une reprise des cinq femmes et voilà la lettre que je lui envoie. Je crains bien que cela ne soit inutile, mais [si] cela réussissait ce serait joliment drôle, [manque].
Ce soir dîner d’artistes. Robert-Fleury, Julian, Bojidar, Alexis, Berthe et Tchoumakoff. Maman trouve Tony très beau. C’est pourtant vrai, je le croyais petit, il est grand et a quarante et un ans et il n’en paraît pas plus de trente-deux à trente-quatre.
Ils sont très drôles avec Julian. Je m’amuse beaucoup. Julian magnétise Dina et Berthe, nous assistons à une séance pleine d’intérêt. On ne se sépare qu’à une heure et demie et Alexis me dit que Joseph est un beau mâle. Cela aussi. Je l’ai devant les yeux depuis lundi. Oui c’est un beau mâle, c’est peut-être pour cela qu’il m’a troublée. On voit que je lis Zola.